Macao Portugaise

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Jerome Couturier
publié le 21 juin 2021
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Disponible dans ces autres langues: anglais, portugais
Port of Portuguese Macao (by Bjoertvedt, CC BY-SA)
Port de la Macao Portugaise
Bjoertvedt (CC BY-SA)

Macao (Macau) est située sur une péninsule dans l'estuaire du delta de la Rivière des Perles, dans le sud-est de la Chine. Elle fut une colonie portugaise de 1557 à 1999. Macao était un important comptoir commercial de l'empire portugais qui, grâce à son accès unique au marché chinois, était en mesure de fournir à la Chine de l'argent, du poivre et du bois de santal.

Les commerçants de Macao avaient accès aux grandes foires chinoises de la soie et pouvaient ainsi l'exporter de même que d'autres marchandises très demandées en Asie et en Europe, comme la porcelaine Ming, le musc et l'or. L'établissement connut son apogée entre le milieu du 16ème et celui du 17ème siècle, après quoi Macao dût faire face à la concurrence féroce d'autres commerçants européens, notamment les Hollandais et les Britanniques. Comme sa voisine Hong Kong, Macao fut rendue aux Chinois en 1999 et devint une Région Administrative Spéciale de la République Populaire de Chine.

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L'Empire Portugais

Les Portugais s’efforcèrent de construire un empire à partir de 1497-9, après que Vasco de Gama (vers 1469-1524) eut contourné le Cap de Bonne-Espérance et montré les possibilités d'une route maritime entre l'Europe et l'Asie. La ville portugaise de Cochin fut fondée en 1503, et celle de Goa en 1510. Malacca, en Malaisie, fut prise en 1511. Les Portugais naviguaient sans relâche vers l'est, et en 1517, une flotte partit de Malacca pour atteindre la ville chinoise de Guangzhou, plus connue des Européens sous le nom que lui donnèrent les Portugais, Canton. Cette incursion dans les affaires chinoises débuta sous des auspices défavorales lorsque deux des navires portugais furent coulés et que les émissaires furent exécutés. Les Chinois, alors dirigés par la dynastie isolationniste Ming (1368 à 1644), considéraient ces étranges visiteurs comme des cannibales et étaient hautement méfiants quant à les laisser entrer dans leur réseau commercial d'Asie orientale. Les Chinois n'étaient guère impressionnés par le fait que les Portugais tiraient des canons, avaient construit un fort sans autorisation et commis diverses autres maladresses diplomatiques.

Fondation de Macao

À MACAO, LES PORTUGAIS POUVAIENT ACCÉDER AUX MARCHANDISES LOCALES et DISPOSER D'UN PORT UTILE POUR LEURS NAVIRES DE COMMERCE.

Les Portugais ne furent pas découragés et finirent par négocier un accord avec les Chinois. Les spécialistes ne s'accordent pas sur la manière précise dont ils s'y prirent, car il existe plusieurs versions des événements. Selon une version, entre 1555 et 1557, des navires portugais armés de canons débarrassèrent la région de pirates gênants, et en remerciement, les autorités chinoises donnèrent aux Portugais le droit d'établir un comptoir commercial sur le continent. Cette région était Macao, située sur la péninsule du delta de la Rivière des Perles, à une centaine de kilomètres de Canton, sur le continent chinois. Hong Kong est situé de l'autre côté du même estuaire.

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Portuguese Colonial Empire in the Age of Exploration
L'Empire Colonial Portugais à I' Époque des Grandes Découvertes
Simeon Netchev (CC BY-NC-SA)

Selon une autre version des événements, le gouvernement chinois était désireux de commercer avec des marchands ayant accès aux marchandises d'Afrique de l'Est et d'Inde. Par conséquent, les Portugais furent invités à établir une colonie sur la péninsule de Macao, à condition qu'ils ne construisent aucune fortification. D'un autre côté, en investissant dans un établissement permanent, les Portugais pouvaient accéder aux marchandises locales et fournir un port utile à leurs navires de commerce, qui pouvait servir de tête de pont pour naviguer vers le nord, au Japon, ou vers le sud, en Indonésie. On attribue souvent à un négociant portugais du nom de Lionel de Sousa l'obtention de l'autorisation des autorités cantonaises d'établir le premier comptoir commercial privé à Macao. Un point crucial fut qu'un certain nombre des premiers commerçants européens furent autorisés à passer plusieurs semaines à Canton pour participer à ses célèbres foires de la soie, organisées chaque année en janvier et en juin.

Quels qu'aient été les événements précis qui menèrent à sa création, la fondation de la colonie de Macao, contrairement à d'autres colonies portugaises, fut largement due à des commerçants et à des missionnaires plutôt qu'à des flottes directement soutenues par la Couronne. C'est en raison de ce dernier point que Macao n'est pas devenue une colonie portugaise officielle avant le début du 17ème siècle. À partir du premier groupe de marchands ayant la même optique, une communauté autonome de chefs de famille (moradores) se développa. Les autorités chinoises laissèrent largement cette communauté naissante à la domination portugaise, à la condition que les Européens ne perturbent pas les affaires intérieures ou le commerce chinois. En retour, les Chinois obtinrent un accès facile à des marchandises très recherchées comme le poivre d'Inde, l'argent des Amériques et du Japon, et le bois de santal d'Indonésie.

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LES NAVIRES PORTUGAIS SOUS LICENCE DE LA COURONNE TRANSPORTAIENT LEURS MARCHANDISES DE LISBONNE, GOA et COCHIN VERS MACAO.

Le port de Macao était petit - il couvrait 5 km² - mais il était en plein essor, et il finit par devenir le plus peuplé et le plus prospère de tous les ports portugais d'Asie orientale. En 1601, Macao comptait environ 600 Portugais - marchands, soldats et marins, dont beaucoup étaient en transit. En 1669, on comptait plus de 300 colons permanents portugais mariés (casados). Beaucoup de ces colons venaient d'autres colonies, notamment d'Inde.

Les colons étaient soumis à un gouverneur qui avait autorité sur les affaires militaires. Le pouvoir politique était entre les mains du Conseil Municipal (câmara), institution à laquelle le vice-roi des Indes à Goa avait donné sa charte de privilèges en 1586. En 1623, fut nommé le premier capitaine permanent de la colonie de Macao, représentant officiel du roi du Portugal. En rappel de l'histoire de la colonie comme un établissement de marchands, la câmara avait le contrôle total des finances de Macao, elle était indépendante pour ce domaine des fonctionnaires de la Couronne portugaise. Une autre source de pouvoir de la câmara était la situation diplomatique avec les représentants de l'Empereur de Chine, lesquels ne traitaient qu'avec elle, et non avec le gouverneur ou tout autre fonctionnaire nommé.

Portuguese Macao Map
Plan de la Macao Portugaise
Sémhur (CC BY-SA)

Un évêque fut nommé comme chef spirituel de la communauté. En 1568, Dom Belchior Carneiro établit un hôpital à Macao, et la Santa Casa da Misericórdia fut créée pour aider les pauvres et mener des actions caritatives. Il y avait un collège jésuite, une cathédrale, un monastère et au moins deux couvents qui offraient une éducation aux orphelins ainsi que des soins aux femmes défavorisées.

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Aux 17ème et 18ème siècles, Macao servit de base aux missionnaires catholiques en Asie de l'Est - en particulier l'Ordre des Jésuites - même si les autorités chinoises tentèrent à plusieurs reprises de limiter la conversion des Chinois au Christianisme au sein de la colonie.

Commerce

La croissance de l'Empire Portugais s'accompagna de celle de son réseau commercial. En Asie, les épices et autres marchandises étaient ré-échangées contre de l'or, de l'argent, des textiles fins et du riz. Les navires portugais sous licence de la Couronne transportaient leurs marchandises de Lisbonne, Goa et Cochin à Macao. En plus de ce commerce intercontinental, leur présence à Macao permettait aux Portugais de participer au commerce lucratif de l'Asie du Sud-Est entre la Chine, le Japon, la Malaisie et l'Indonésie.

Une présence commerciale portugaise permanente fut établie à Nagasaki, au Japon, et chaque année, de 1555 à 1618, un seul gros navire de charge, le ‘Grand Navire’, naviguait de Macao vers le Japon (venant de Goa). De 1619 à 1639, ce navire unique fut remplacé par une flotte de vaisseaux plus petits. Les grandes caraques qui empruntaient la route entre Macao et Nagasaki avaient des pilotes chinois, mais étaient remplis de marchandises et de commerçants portugais que l'on peut voir sur les peintures de paravent japonaises de l'époque.

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Des navires de commerce circulaient régulièrement entre les Îles aux Épices (les Moluques) en Indonésie, et Macao, entre Goa et Macao, et entre Macao et l'Indonésie, le Siam et Timor. Macao établit des liens étroits avec Manille aux Philippines, un commerce qui atteignit son apogée au 18ème siècle. Ainsi, des marchandises précieuses traversaient les océans, telles que la soie brute et les tissus de soie (en provenance de Chine), la noix de muscade et les clous de girofle (Îles aux Épices), le bois de santal (Timor), la laque (Pegou/Bago, Myanmar), l'argent, les paravents peints, les kimonos et les épées (Japon), les cotonnades, le poivre et l'ivoire (Inde), la cannelle (Ceylan) et les diamants (Bornéo). Macao jouissait d'un monopole presque total sur certaines marchandises comme le poivre pour le marché chinois et le transport du bois de santal de Timor. Dans l'autre sens, Macao envoyait à Goa et Lisbonne des marchandises telles que de la porcelaine Ming, la nacre, les perles, le musc, l'or, le thé et diverses racines et herbes de Chine considérées comme des médicaments utiles.

Société de Macao

Les marchands de Macao tiraient grand profit de leur commerce. Comme dans d'autres colonies, les citoyens nés en Europe formaient l'aristocratie du comptoir, suivis des Européens nés dans l'empire, et des métis. Une grande partie de l'élite européenne de Macao vivait dans de grandes maisons garnies avec les plus beaux meubles et objets d'art disponibles en Asie. Des esclaves, tant africains que chinois, étaient utilisés pour y servir.

Les femmes européennes étaient en effet rares à Macao - une seule fut recensée comme habitante dans les années 1630, par exemple - les Portugais épousaient donc des femmes asiatiques, généralement des esclaves ou des femmes ‘achetées’ à cette fin, le plus souvent des Japonaises ou des Malaises. Les enfants métis issus de ces mariages portaient très souvent des noms portugais, étaient baptisés et élevés en catholiques. Le portugais était la langue officielle, mais avec les mariages entre races, il s'était rapidement développé une importante population de citoyens bilingues. De même, la culture devint un mélange d'éléments européens et locaux, phénomène particulièrement évident dans l'alimentation et l'habillement. Les ressortissants chinois faisaient également du commerce en tant que marchands résidents permanents dans la colonie, et la plupart des petites entreprises telles que les boutiques et les ateliers d'artisanat qui répondaient aux besoins des résidents étaient dirigées par des Chinois.

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Rivaux Européens

À partir du 17ème siècle, les Britanniques et les Hollandais s'intéressèrent activement à l'Asie orientale et défièrent la tentative du Portugal d'imposer un monopole sur le commerce. Les deux pays formèrent des sociétés commerciales très efficaces. En 1601, les Portugais appréhendèrent des navires néerlandais à Tidore, dans les Îles aux Épices, et à Macao, et exécutèrent les équipages, mais cela ne fit que renforcer la détermination de leurs rivaux européens. Les deux parties se considéraient en guerre. Les Hollandais prirent le contrôle direct des Îles aux Épices à la fin du 16ème siècle et attaquèrent Macao en 1622 et 1626. Causant de graves problèmes dans tout l'Empire Portugais, les Hollandais finirent par s'emparer de Malacca (1641), Colombo (1656) et Cochin (1663), de sorte que seuls Macao et Timor restèrent aux mains des Portugais en Asie orientale.

Les relations avec le Japon se dégradèrent également à partir de 1639, lorsque le shogunat Tokugawa était au pouvoir (1603-1868). Les chefs militaires japonais se méfiant de plus en plus des étrangers, tous les Portugais furent expulsés du pays et le commerce fut interrompu avec les pays comme Macao. Celle-ci envoya des ambassadeurs au shogun Tokugawa pour négocier une réouverture du commerce, mais ces malheureux émissaires furent exécutés et le commerce ne fut jamais relancé.

Portuguese Macao Panorama
Panorama de la Macao Portugaise
Unknown Artist (Public Domain)

Au moins, les relations avec la Chine furent renforcées au cours de cette période. Macao envoya des mercenaires dans au moins cinq expéditions pour aider la Dynastie Ming dans sa lutte contre les Mandchous entre 1621 et 1647. Cependant, la lutte entre les Ming et les Qing en Chine entraîna de graves perturbations à Macao dans les années 1650 et 1660, lorsque les populations côtières reçurent l'ordre de migrer vers l'intérieur des terres. En outre, les négociants chinois étaient de plus en plus présents en Indonésie, coupant les marchés sur lesquels les Portugais avaient joui d'un quasi-monopole. Autre coup dur, en 1684, les autorités chinoises autorisèrent d'autres nations européennes - essentiellement les Hollandais, les Anglais et les Français - à commercer directement avec les marchands chinois. Les Européens étaient particulièrement intéressés par le commerce du thé, puis de l'opium. Les Chinois devinrent désireux de contrôler les commerçants européens, et en 1757, ceux-ci ne pouvaient résider qu'en un seul endroit du territoire chinois, Macao.

Histoire Moderne

Macao continua à prospérer en tant que port de commerce, même si ses jours de gloire n'étaient plus qu'un lointain souvenir. Au milieu du 18ème siècle, la colonie comptait environ 30 000 habitants, en majorité des Chinois, mais aussi une population importante et cosmopolite d'Européens et d'Asiatiques de l'Est.

LES FORTUNES DE LA COLONIE FURENT GRAVEMENT AFFECTÉES PAR L'ENSABLEMENT DU PORT et PAR L'ESSOR DE LA PUISSANCE VOISINE, HONG KONG.

En 1808, Macao fut brièvement occupée par les Britanniques, alors qu'elle était, du moins du point de vue de Pékin, territoire chinois. Lorsque l'empereur chinois reçut la nouvelle de cette incursion, il ordonna aux Britanniques de se retirer de Macao. Peu désireux de déclencher une guerre avec un partenaire commercial apprécié et alors que la Chine fournissait la majeure partie de la nourriture de la colonie, les Britanniques - en fait une force de l'East India Trading Company - se retirèrent quatre mois après le débarquement.

Tout au long du 19ème siècle, les navires de commerce britanniques faisaient fréquemment escale à Macao sur leur route vers Canton. C'est au cours de cette période que Macao connut son véritable déclin et qu'elle fut victime de la négligence dont souffraient de nombreux autres avant-postes de l'Empire Portugais. Les fortunes de la colonie furent gravement affectées par l'ensablement du port et par l'essor de la puissance voisine, Hong Kong.

En 1951, Macao devint officiellement une province d'outre-mer du Portugal. En 1987, le gouvernement portugais accepta de remettre la colonie à la souveraineté chinoise en 1999 - bien que personne n'ait pu fournir de document historique montrant que la Chine avait jamais cédé Macao en premier lieu. Une partie de l'accord prévoyait que le système capitaliste de Macao devait pouvoir se poursuivre pendant 50 ans. Ainsi, tout comme Hong Kong, Macao devint une Région Administrative Spéciale de la République Populaire de Chine. En 2005, l'UNESCO a classé les bâtiments historiques de Macao - cathédrales, églises et villas - au Patrimoine Mondial.

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Traducteur

Jerome Couturier
Je suis médecin, spécialisé en Génétique. J'aime l'Histoire et l'Antiquité depuis mon plus jeune âge. J'ai toujours eu un interêt pour la recherche dans divers domaines scientifiques, dont l'archéologie.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur d'articles historiques installé en Italie. Il s'intéresse plus particulièrement à la poterie, à l’architecture, aux mythologies du monde et à la découverte des idées partagées par toutes les civilisations. Il est titulaire d’un Master en philosophie politique et éditeur en chef de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2021, juin 21). Macao Portugaise [Portuguese Macao]. (J. Couturier, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19861/macao-portugaise/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Macao Portugaise." Traduit par Jerome Couturier. World History Encyclopedia. modifié le juin 21, 2021. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19861/macao-portugaise/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Macao Portugaise." Traduit par Jerome Couturier. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 21 juin 2021. Web. 14 août 2022.

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