Emmanuel Kant

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 18 janvier 2024
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Disponible dans ces autres langues: anglais, espagnol, Turc
Immanuel Kant, c. 1790 (by Unknown Artist, Public Domain)
Emmanuel Kant, vers 1790
Unknown Artist (Public Domain)

Emmanuel Kant (1724-1804) était un penseur allemand du siècle des Lumières et est largement considéré comme l'un des philosophes les plus importants de toutes les époques. Parmi ses œuvres de philosophie critique les plus célèbres figure la Critique de la raison pure, qui remet en question la domination de l'empirisme et du rationalisme dans la pensée des Lumières et déplace l'objectif de la philosophie vers l'examen de concepts et de catégories généraux.

Jeunesse

Emmanuel Kant vit le jour à Königsberg, en Prusse orientale (aujourd'hui Kaliningrad, en Russie), le 22 avril 1724. Ses parents, tous deux luthériens piétistes, étaient peut-être d'origine écossaise. Son père gagnait modestement sa vie en fabriquant des harnais et des selles, mais Emmanuel eut la possibilité de poursuivre ses études grâce à un prêtre qui reconnut ses talents intellectuels précoces. À l'âge de 16 ans, Kant commença à étudier à l'université de Königsberg, en commençant par la théologie. Il obtint son diplôme en 1746 et travailla comme professeur particulier pour différentes familles pendant la majeure partie de la décennie suivante. Il retourna à son ancienne université et obtint une maîtrise en 1755. Il obtint une licence de Privatdozent et continua à gagner sa vie en enseignant des matières plus académiques, telles que les mathématiques, les sciences naturelles et l'histoire, à des étudiants privés. Sa situation s'améliora considérablement en 1770 lorsqu'il obtint un poste de professeur de logique et de métaphysique à l'université de Königsberg, poste qu'il occuperait jusqu'en 1796. Kant devint ensuite recteur de l'université.

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Caractère

Kant vécut une vie d'étude et d'enseignement remarquablement calme, comme le résume l'historien H. Chisick:

Kant n'était pas seulement un penseur profond et original, mais aussi un professeur éloquent et populaire. Il menait une vie privée très disciplinée, consacrant des heures fixes et longues à l'étude, mais il appréciait également la compagnie et était socialement accompli.

(238)

S. Blackburn note que "sa vie était ordonnée jusqu'à la caricature" (258). On dit même que les habitants de Königsberg réglaient leurs montres sur la régularité des promenades quotidiennes de Kant. Kant ne se maria jamais et passa toute sa vie à Königsberg.

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House of Immanuel Kant
Maison d'Emmanuel Kant
Friedrich Heinrich Bils (Public Domain)

Un trio de critiques

Kant s'était toujours intéressé à la philosophie, matière qu'il enseignait à ses étudiants. Il admirait beaucoup le philosophe écossais David Hume (1711-1776), dont Kant disait qu'il l'avait sorti de son "sommeil dogmatique" (Gottlieb, 196). Kant était également un admirateur du philosophe suisse Jean-Jacques Rousseau (1712-1778); il n'avait qu'un seul tableau dans son cabinet de travail, et c'était un portrait de Rousseau.

LA PHILOSOPHIE FUT OBLIGÉE DE SE RETOURNER CONTRE ELLE-MÊME ET D'EXAMINER D'UN ŒIL CRITIQUE LES TERMES ET CONCEPTS GÉNÉRAUX UTILISÉS POUR FORMULER LES RÉPONSES À DES QUESTIONS SÉCULAIRES.

La première publication personnelle de Kant date de 1763, avec son ouvrage intitulé "L'unique fondement possible d'une démonstration de l'existence de Dieu". Même après une longue carrière de recherche philosophique, Kant revint au sujet de la théologie en 1793 avec sa Religion dans les limites de la simple raison. En 1775, Kant publia un traité sur les sciences naturelles, son Histoire universelle de la nature et théorie du ciel, mais son premier grand ouvrage de philosophie fut publié en 1781, la Critique de la raison pure, qui exposait ses vues sur la bataille intellectuelle entre la métaphysique et le rationalisme. En 1788, il publia la Critique de la raison pratique, qui traite de l'éthique, et en 1790, la Critique de la faculté de juger, qui présente ses réflexions sur l'esthétique.

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La contribution la plus importante de Kant à la pensée des Lumières fut peut-être de remettre en question la domination de l'empirisme, c'est-à-dire la réduction de l'importance de la métaphysique fondée sur la croyance que les penseurs doivent se concentrer sur les faits et les mesures fondés sur l'expérience sensorielle, c'est-à-dire sur le monde physique qui nous entoure. Les penseurs éclairés, en réaction à la longue domination des opinions religieuses dans la pensée occidentale, avaient écarté de nombreux sujets métaphysiques comme ne méritant pas d'être étudiés parce qu'ils pensaient qu'on ne pourrait jamais trouver de réponses prouvables à certaines questions comme "Dieu existe-t-il?" et "Pourquoi l'univers est-il ainsi fait?" Les penseurs recherchaient désormais la certitude. Kant était en partie d'accord avec cette approche empirique de la connaissance, mais dans sa Critique de la raison pure, il suggère que l'expérience sensorielle et la sensation ne peuvent jamais être pleinement réalisées; tout ce que nous pouvons faire, c'est expérimenter des aspects des "choses en soi". En d'autres termes, même les empiristes avaient une prétention douteuse à la certitude absolue.

Kant estimait que certaines connaissances devaient être indépendantes de la sensation, par exemple nos concepts d'espace et de temps, de liberté (au sens de choix et d'intention), d'immortalité et de Dieu. Ces choses sont des connaissances a priori, des choses auxquelles nous pouvons penser sans jamais en faire l'expérience directe, des choses que notre esprit peut imposer à nos expériences. Kant va même jusqu'à dire que l'expérience sans ces idées a priori est impossible. "Kant a ainsi redonné à la métaphysique une place centrale dans la philosophie" (Chisick, 239), même s'il estimait lui-même qu'un métaphysicien devait faire très attention à ne pas perdre de temps à étudier ce qu'il appelait le monde nouménal, le monde au-delà du monde sensible, qui ne peut jamais être connu avec certitude.

Immanuel Kant, 1768
Emmanuel Kant, 1768
Johann Gottlieb Becker (Public Domain)

Les réflexions de Kant sur la connaissance a priori ont conduit la philosophie occidentale à la sombre conclusion que ces "vérités a priori, indubitablement connaissables, sont fondées sur nos propres règles ou habitudes, finalement arbitraires, d'utilisation des mots et des symboles, et ne donnent aucune information sur le monde" (Berlin, 180). La philosophie fut obligée de se retourner contre elle-même et d'examiner d'un œil critique les termes et concepts généraux utilisés pour formuler les réponses à des questions de recherche séculaires. En bref, la méthode pour trouver les réponses était devenue aussi complexe que les réponses elles-mêmes. C'est ainsi que la philosophie se distingua radicalement de la science.

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Kant et l'éthique

Les réflexions de Kant sur l'importance de la métaphysique ont eu une conséquence importante pour l'éthique. Une explication purement empirique du monde fait de l'homme un simple réactif aux événements extérieurs, un organisme biologique uniquement. Kant souhaitait insister sur le fait que, puisque les êtres humains peuvent penser par eux-mêmes, ils sont leurs propres agents moraux en possession d'une "causalité libre" (Yolton, 262) qui peut agir sur le monde des sens qui les entoure et l'influencer. Kant pensait également que les jugements moraux étaient fondés sur la raison et non sur les sentiments, comme le suggéraient d'autres penseurs.

Pour Kant, tout le monde est un être rationnel et tout le monde est égal.

Un autre aspect important de l'éthique de Kant est que la valeur morale découle des intentions d'une personne et non des résultats de ses actions, qui peuvent être accidentels et involontaires (par exemple, donner de l'argent à un mendiant pour qu'il puisse acheter de la nourriture, mais le mendiant l'utilise ensuite pour acheter des drogues nocives). Nous devrions avoir de bonnes intentions en raison de notre sens du devoir moral, qui repose sur la raison, laquelle, à son tour, nous fournit des maximes à suivre telles que "traite les autres comme tu voudrais toi-même être traité". Kant suggéra que ces maximes sont en fait des "impératifs catégoriques", sans conditions, sans si et sans mais, encore une fois parce que les conséquences sont toujours sans importance. Un autre exemple d'impératif moral est "ne pas voler", c'est-à-dire en toutes circonstances. Une personne ne peut pas se dire: "Je peux voler parce que je suis désespéré en ce moment" ou "Je peux voler parce que je ne pense pas être pris cette fois-ci". Kant suggéra que l'on peut vérifier si une maxime est digne d'être suivie en se demandant si elle est universelle, c'est-à-dire si tout le monde devrait la suivre. Ainsi, la maxime "ne jamais voler" passe le test, alors que la maxime "il est parfois acceptable de voler" ne le passe pas. Kant a écrit une phrase célèbre:

Il n'y a donc qu'un seul impératif catégorique, à savoir celui-ci: n'agis qu'en fonction de la maxime dont tu peux en même temps vouloir qu'elle devienne une loi universelle.

(Popkin, 46)

Statue of Immanuel Kant
Statue d'Emmanuel Kant
Andreas Toerl (CC BY-SA)

Un autre test de Kant pour la validité d'une maxime est de déterminer si une action n'utilise pas d'autres personnes simplement comme un moyen pour atteindre une fin, parce que tout le monde est un être rationnel et que tout le monde est égal. Il a écrit:

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Agis donc de manière à traiter l'humanité, qu'il s'agisse de ta propre personne ou de celle d'un autre, dans tous les cas comme une fin en soi, et jamais comme un simple moyen.

(ibid)

Kant reconnaît qu'un bon comportement moral peut ne pas apporter sa propre récompense (de nombreuses personnes malhonnêtes réussissent dans la vie), mais il utilise cela comme un argument en faveur de la vie après la mort, puisque c'est à ce moment-là que le bon comportement moral est vraiment récompensé.

Critique de Kant

Les critiques de la théorie éthique motiviste de Kant soulignent qu'il n'autorise aucune exception à ses maximes (on peut mentir pour sauver sa vie ou celle de quelqu'un d'autre, par exemple). Une deuxième critique est que deux maximes peuvent être en conflit et que l'agent moral ne sait donc pas quelle action entreprendre (par exemple, mentir pour protéger une promesse faite précédemment de garder un secret: il faut soit rompre la promesse, soit mentir). Une troisième critique est que le système de Kant exclut l'émotion de la manière dont les gens décident des actions qu'ils entreprennent. Une quatrième critique est que Kant, en utilisant l'argument "Et si tout le monde faisait cela?" pour juger de la validité morale d'une action, semble ignorer son propre conseil de ne pas considérer les conséquences des actions et de lier les actions morales exclusivement aux intentions.

La paix entre les nations

Dans les affaires politiques plus pratiques, Kant pensait que les États devaient encourager la tolérance religieuse. Il croyait aussi fermement en une plus grande tolérance des idées et que "la liberté de la plume est la seule sauvegarde des droits du peuple" (Robertson, 395). Kant prônait l'éducation pour tous afin que chaque individu de la société puisse apprendre à penser par lui-même, quel que soit son statut social.

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En ce qui concerne la politique internationale, Kant était fermement convaincu que seule l'unification des intérêts au sein d'une confédération de nations permettrait de parvenir à une paix durable, ce qu'il appelait "une existence cosmopolite universelle" (Cameron, 22). Kant était conscient que les sociétés progressent généralement par le biais de conflits et parfois de la violence en raison de ce qu'il appelait "l'insociable sociabilité" inhérente à l'humanité (Robertson, 683), mais il soutenait également que les États devaient finalement être obligés de coopérer mutuellement et de former une volonté unifiée, tout comme les individus l'avaient fait pour laisser derrière eux les inconvénients de l'état de nature et former des sociétés politiques. Les États, tout en restant des nations indépendantes, doivent trouver un moyen de coopérer pour créer une paix perpétuelle. Pour ces raisons, il était opposé aux armées permanentes et aux brutalités du colonialisme, même s'il pensait que les Européens pouvaient s'installer sur de nouveaux continents, à condition de conclure des traités respectant le mode de vie existant des peuples autochtones qu'il considérait (sauf dans ses premiers écrits) comme égaux en droits aux colonisateurs. Toutes ces idées sont exposées dans son essai Vers la paix perpétuelle, publié en 1795.

Tomb of Immanuel Kant
Tombeau d'Emmanuel Kant
A.Savin (CC BY-SA)

Principales œuvres de Kant

Les œuvres les plus importantes d'Emmanuel Kant sont les suivantes :

L'unique fondement possible d'une démonstration de l'existence de Dieu (1763)
Histoire universelle de la nature et théorie du ciel (1775)
La critique de la raison pure (1781)
Prolégomènes à toute métaphysique future (1783)
Qu'est-ce que les Lumières? (1784)
Fondements de la Métaphysique des Mœurs (1785)
Principes métaphysiques de la science de la nature (1786)
Critique de la raison pratique (1788)
Critique de la faculté de juger (1790)
La religion dans les limites de la simple raison (1793)
Vers la paix perpétuelle (1795)
La métaphysique des mœurs (1797)

Mort et héritage

Emmanuel Kant souffrit de démence sénile dans les dernières années de sa vie. Il mourut à Königsberg le 12 février 1804 et fut enterré dans la cathédrale de la ville. Chisick décrit Kant comme "probablement le philosophe le plus important et le plus influent du XVIIIe siècle" (217), et ce malgré "la difficulté notoire de lire Kant, aggravée par son penchant pour la systématisation scolastique et la terminologie obscure" (Blackburn, 260). En effet, la difficulté de déterminer exactement ce que Kant avait dit dans son œuvre peut expliquer pourquoi "la philosophie kantienne complète... était connue de très peu d'hommes au dix-huitième siècle" (Hampson, 196).

La philosophie critique de Kant a peut-être mis du temps à s'ancrer dans la pensée européenne, mais il a montré qu'il existait un juste milieu entre les deux extrêmes que sont l'empirisme et le rationalisme, qui avaient jusqu'alors fracturé la philosophie. Ce faisant, Kant n'a rien fait d'autre que de donner à la philosophie une toute nouvelle orientation et, comme guide pour ceux qui l'ont suivi, un encouragement audacieux: "Sapere aude! Aie le courage de te servir de ton propre entendement! (Robertson, 30).

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Questions & Réponses

Pour quoi Emmanuel Kant est-il connu ?

Emmanuel Kant était un philosophe allemand des Lumières qui tenta de trouver un juste milieu entre la métaphysique et l'empirisme. Kant pensait que les philosophes devaient examiner avec soin et de manière critique les concepts qu'ils utilisaient pour expliquer ce qui est connaissable et ce qui ne l'est pas.

Quelle était la principale philosophie d'Emmanuel Kant ?

La principale philosophie d'Emmanuel Kant était qu'il existe des choses au-delà du monde sensoriel que nous ne pouvons pas connaître. Il croyait en la tolérance et en l'égalité de tous en tant qu'agents rationnels et moraux motivés par des maximes éthiques universelles.

Emmanuel Kant croyait-il en Dieu ?

Emmanuel Kant croyait en Dieu dans le sens d'un créateur divin, mais il reconnaissait qu'il était impossible de savoir avec certitude s'il y avait un dieu ou non.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que toutes les civilisations peuvent nous offrir. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2024, janvier 18). Emmanuel Kant [Immanuel Kant]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19704/emmanuel-kant/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Emmanuel Kant." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le janvier 18, 2024. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19704/emmanuel-kant/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Emmanuel Kant." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 18 janv. 2024. Web. 12 avril 2024.

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