L'Enryaku-ji est un complexe monastique bouddhiste situé sur le mont sacré Hiei, près de Kyoto, au Japon. Le site fut choisi par le moine Saichō pour devenir le siège de la secte Tendai, qu'il fonda au Japon au début du IXe siècle de notre ère. L'Enryaku-ji devint l'un des grands centres d'apprentissage et comptait entre 20 000 et 25 000 résidents à son apogée. Détruit au XVIe siècle après être devenu un bastion militaire gênant, nombre de ses bâtiments ont depuis été restaurés et il est aujourd'hui inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Saichō et la fondation de l'Enryaku-ji
Saichō (767-822) était un moine qui, déçu par la mondanité croissante du bouddhisme, décida en 785 de vivre en ermite ascétique sur les pentes du mont Hiei (Hieizan), près de Kyoto. C'est là qu'il construisit en 788 le premier sanctuaire de ce qui allait devenir un immense complexe religieux. Il commença à étudier tout ce qu'il pouvait sur toutes les variantes du bouddhisme et à attirer des disciples. En 798, Saicho lança ce qui allait devenir une importante série de conférences annuelles sur le mont Hiei. Le moine se rendit ensuite en Chine Tang en 804, où il étudia différentes branches du bouddhisme, puis revint avec une multitude de manuscrits et d'objets rituels afin de commencer à diffuser la parole au Japon.
Saichō chercha à simplifier les enseignements du bouddhisme et fonda ainsi la secte éclectique Tendai (Tendaishu), basée sur la secte chinoise Tiantai et le Sûtra du Lotus (les derniers enseignements de Bouddha, également appelés Hokekyo). Saichō croyait que le moyen le meilleur et le plus rapide d'atteindre l'illumination était de passer par des rituels ésotériques, c'est-à-dire des rites auxquels seuls les prêtres et les initiés avaient accès. En même temps, les enseignements du Sûtra du Lotus permettaient de nombreuses façons différentes d'atteindre l'illumination.
Le bouddhisme Tendai finit par obtenir l'approbation royale et le mont Hiei fut considéré comme le protecteur du côté nord-est de la capitale de l'époque, Heiankyo (Kyoto), le côté de la ville où se trouvait la Porte du Diable, jugée particulièrement vulnérable aux attaques des esprits maléfiques. À sa mort en 822, Saichō reçut le titre honorifique de Dengyo Daishi et fut considéré comme un bodhisattva, c'est-à-dire quelqu'un qui a atteint le nirvana mais qui reste sur terre pour guider les autres. En 823, la secte Tendai fut officiellement reconnue en tant que secte indépendante par l'empereur.
Un centre d'érudition
Le siège du bouddhisme Tendai à l'Enryaku-ji, tel qu'il fut connu à partir de 824 (du nom de la période du règne de l'empereur Kammu: Enryaku), devint encore plus populaire après la mort de son fondateur et, comme le Tendai encourageait l'étude de tous les textes bouddhistes, le complexe devint un important centre d'apprentissage au Japon, comptant jusqu'à 3 000 bâtiments et 25 000 résidents à son apogée. De nombreux grands noms du bouddhisme étudièrent à l'Enryaku-ji, notamment Eisai (1141-1215), qui établit le bouddhisme zen Rinzai au Japon; Dogen (1200-1253), qui contribua à la diffusion du bouddhisme zen; Nichiren (1222-1282), qui fonda la secte qui porte son nom; Ippen (1239-1289), fondateur de la secte Ji; Honen (1133-1212), fondateur de la secte de la Terre pure et Shinran (1173-1262), le disciple le plus influent de Honen.
Histoire médiévale
L'Enryaku-ji ne jouissait pas de l'existence paisible que l'on pourrait supposer d'un monastère, et le site fut attaqué à plusieurs reprises par des temples rivaux et des seigneurs de guerre. Il est notamment célèbre pour avoir repoussé une armée de 20 000 hommes du temple Kofuku-ji de Nara en 1113. Cela s'explique par le fait que les moines s'immisçaient fréquemment dans la politique et que, à plusieurs reprises, des moines guerriers (sohei) descendaient de leur retraite sur le mont Hiei pour manifester, voire attaquer, la capitale. Selon le Heike monogatari, l'empereur Go-Shirakawa (r. de 1155 à 1158) aurait déclaré: "Trois choses refusent d'obéir à ma volonté: les eaux de la rivière Kamo, la chute des dés de backgammon et les moines du temple Enryaku-ji" (Whitney Hall, 683).
Néanmoins, l'Enryaku-ji prospéra pendant les siècles suivants et, comme beaucoup d'autres monastères à travers le monde, il fit plutôt bonne figure dans la vente d'alcool (du saké dans ce cas précis) et les moines avaient une activité secondaire lucrative dans le prêt d'argent, la délivrance de licences commerciales, l'acceptation de pots-de-vin pour des exonérations fiscales sur leurs terres, et même le racket. Le site du temple avait également des rivaux religieux, notamment le temple Mii-dera (alias Onjo-ji) près du lac Biwa. Cette rivalité donna naissance à un mythe impliquant le légendaire moine guerrier géant Benkei qui, selon la légende, se serait rendu au Mii-dera dans sa célèbre armure laquée noire et aurait volé leur grande cloche en bronze. Lorsqu'il revint à l'Enryaku-ji avec son trophée, l'abbé le réprimanda pour son comportement inconvenant, et Benkei renvoya la cloche au Mii-dera d'un simple coup de pied nonchalant. Dans une autre version du mythe, la cloche fut renvoyée à ses propriétaires légitimes parce qu'elle refusait de sonner dans sa nouvelle demeure et ne faisait que sonner "Je veux retourner au Mii-dera". En récompense de son acte, Benkei eut le droit de manger un copieux repas, et le chaudron dans lequel il mangea est encore visible aujourd'hui dans le complexe, avec les marques de dents et tout le reste.
Le monastère connut son plus grand désastre en 1571, lorsqu'il fut détruit par Oda Nobunaga, le seigneur féodal ou daimyo. Nobunaga s'inquiétait de la puissance du monastère d'Enryaku-ji et de sa grande armée de moines guerriers qui descendaient encore de la montagne chaque fois qu'ils estimaient ne pas recevoir leur part des subventions de l'État. Nobunaga résolut le problème en faisant encercler les pentes du mont Hiei par ses troupes et en incendiant la forêt. Des milliers de personnes, dont des femmes et des enfants, périrent en tentant d'échapper aux flammes, et le site sacré fut réduit en cendres. Heureusement pour les générations futures, l'Enryaku-ji retrouva sa gloire d'antan à partir de 1595.
Le complexe
L'Enryaku-ji comprend trois enceintes distinctes réparties sur plusieurs kilomètres à travers les pentes boisées de la montagne: Yokawa, To-to (pagode orientale), la première zone colonisée par Saichō, et Sai-to (pagode occidentale). Le bâtiment le plus important du site est le Konponchu-do, construit à l'emplacement de la première cabane de Saichō sur la montagne, aujourd'hui l'enceinte orientale. La version actuelle est une reconstruction qui date de 1642. À l'intérieur se trouvent un autel et une flamme éternelle, qui aurait été allumée depuis la fondation du site. Le Daiko-do, ou grande salle de conférence, abrite de nombreux portraits d'anciens élèves célèbres de l'Enryaku-ji. À côté de la grande salle de conférence se trouve la cloche de la bonne fortune, suspendue dans sa propre structure couverte. Parmi les autres bâtiments de l'enceinte To-to, on trouve le Kaidan-in ou Salle d'ordination, qui fut construit pour remplacer un bâtiment plus ancien commémorant la reconnaissance de la secte Tendai par l'empereur au IXe siècle, la Salle Amida, qui fut reconstruite en 1937 et qui possède une pagode à deux étages, et la porte Monju-ro.
Le Chu-do ou pavillon central de l'enceinte Yokawa fut construit au IXe siècle par le célèbre moine et abbé de l'Enryaku-ji, Ennin, mais il fut ensuite détruit par la foudre. Il fut reconstruit en 1971. La structure la plus importante de l'enceinte occidentale est le Shaka-do, qui fut déplacé de son emplacement d'origine au temple Mii-dera en 1595 et construit à l'origine par Encho, disciple de Saichō. Entre les enceintes Sai-to et To-to, nichés dans la forêt, se trouvent la tombe de Saichō et le Jodo-in ou salle de culte. Comme le bouddhisme Tendai reconnaît l'existence des kami ou esprits shintoïstes, plusieurs petits sanctuaires shintoïstes sont disséminés dans le complexe, dont beaucoup sont dédiés à Oyamakui, l'esprit shintoïste du mont Hiei, ainsi que plusieurs torii ou portes sacrées.
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