Mort de Davy Crockett à Fort Alamo

Récit de José Enrique de la Peña sur la reddition
Joshua J. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
Translations
Version Audio Imprimer PDF

La mort de Davy Crockett lors de la bataille de Fort Alamo (6 mars 1836) est considérée comme une ultime rèsistance héroïque depuis au moins 1880, date à laquelle l'historien texan Reuben M. Potter rejeta les témoignages oculaires selon lesquels Crockett s'était rendu, les qualifiant de "calomnie à l'encontre du héros" et insistant sur le fait que Crockett s'était battu jusqu'au bout (Kilgore, 27).

Portrait of Davy Crockett
Portrait de David "Davy" Crockett  John Gadsby Chapman (Public Domain)

D'autres historiens ont ensuite suivi l'exemple de Potter, et l'image dominante de la mort de Crockett est devenue celle qui conclut la mini-série Davy Crockett (1954-1955) des studios Disney, dans laquelle Crockett, encerclé par les troupes ennemies, dernier homme debout à Alamo, brandit vaillamment son fusil contre ses assaillants tandis que l'écran devient noir.

Supprimer la pub
Publicité

Potter cherchait à établir un récit pour l'État du Texas, et les rapports selon lesquels Crockett s'était rendu ou avait été fait prisonnier puis exécuté ne correspondaient pas à sa propre vision des choses. Cependant, des rapports faisant état de la reddition des défenseurs d'Alamo circulaient dès le 11 mars 1836, moins d'une semaine après la bataille, et la nouvelle selon laquelle Crockett était l'un d'entre eux était répétée dès le 27 mars 1836.

La vision de Potter a toutefois prévalu aux États-Unis jusqu'aux années 1970, lorsque le journal du colonel José Enrique de la Peña, publié en espagnol au Mexique en 1955, a été traduit en anglais en 1975 par Carmen Perry et publié par Texas A&M University Press sous le titre With Santa Anna in Texas: A Personal Narrative of the Revolution (Avec Santa Anna au Texas : récit personnel de la révolution). Le livre a suscité une vive controverse à propos d'un passage dans lequel Peña, qui participa à l'assaut de Fort Alamo, décrit la capture et l'exécution de Davy Crockett.

Supprimer la pub
Publicité

Premiers signes de capitulation

Le siège de 13 jours de Fort Alamo prit fin le matin du 6 mars 1836 lorsque les forces mexicaines du président/général Antonio López de Santa Anna prirent d'assaut le fort et, ayant reçu l'ordre de ne faire aucun prisonnier, massacrèrent la garnison. Le lieutenant-colonel William Barret Travis, commandant de l'Alamo, avait régulièrement envoyé des demandes de renforts depuis le début du siège, mais aucune aide n'était venue, à l'exception de 32 volontaires de Gonzales.

Les récits de la reddition furent censurés car ils ne correspondaient pas au discours national qui exigeait une mort héroïque pour tous les défenseurs de fort Alamo.

L'Alamo était impossible à défendre avec les quelques hommes sous le commandement de Travis (généralement estimés entre 185/187 et 250) face à des milliers de soldats mexicains bien équipés, et Travis l'avait clairement indiqué dans ses lettres. Le général Sam Houston rejeta toutefois ses rapports, les qualifiant d'exagérés. Houston ne croyait pas que Santa Anna ait pu arriver au Texas dès le 23 février et affirmait que Travis ne faisait que jouer la comédie pour tenter de gagner du soutien et prendre la place de Houston en tant que général de l'armée régulière.

Supprimer la pub
Publicité

Le 11 mars, deux Tejanos de San Antonio de Béxar, Andrés Barcena et Anselmo Vergara, se présentèrent à Gonzales, où Houston organisait ses troupes, pour lui annoncer la chute de Fort Alamo. Houston les accusa d'être des espions qui avaient fabriqué ce rapport et les fit arrêter. En privé, cependant, il craignait que ces informations ne soient vraies et envoya le soir même une lettre au colonel James W. Fannin à Goliad pour lui faire part de ses inquiétudes. Dans sa lettre, il mentionna pour la première fois dans un document écrit la reddition des défenseurs de l'Alamo:

Après la prise du fort, sept hommes se sont rendus et ont appelé Santa Anna et demandé quartier... Ils ont été assassinés sur son ordre.

(Kilgore, 17)

Le chercheur Dan Kilgore poursuit:

Des voyageurs venus du Texas et arrivés à La Nouvelle-Orléans le 27 mars 1836, trois semaines après l'assaut, apportèrent les premières nouvelles de la bataille. Le New Orleans Post-Union rapporta que "Crockett et d'autres avaient tenté de se rendre, mais qu'on leur avait répondu qu'il n'y aurait aucune pitié pour eux". Les journaux du Nord reprirent cette nouvelle, qui fut probablement la première information reçue à travers les États-Unis concernant la chute de l'Alamo et la mort de Davy Crockett.

(17-18)

Ramon Martinez Caro, secrétaire personnel de Santa Anna, consigna la reddition de "cinq hommes" immédiatement après la bataille. Bien que le nombre d'hommes diffère de celui rapporté à Houston, les détails sont similaires à ceux fournis par Barcena et Vergara: le général Castrillon trouva des survivants après Alamo, leur promit sa protection et les amena à Santa Anna, qui ordonna leur exécution.

The Fall of the Alamo
Chute de Fort Alamo Robert Jenkins Onderdonk (Public Domain)

Ce ne sont pas les seuls récits qui circulaient en 1836, car d'autres officiers présents le matin du 6 mars 1836 firent des rapports similaires, certains dans les jours qui suivirent la bataille de San Jacinto (21 avril 1836) et d'autres plus tard. Ces récits furent supprimés uniquement parce qu'ils ne correspondaient pas au discours national qui exigeait une mort héroïque pour tous les défenseurs de Fort Alamo qui, suivant l'exemple de Travis dans sa célèbre lettre "La victoire ou la mort", auraient décidé de "ne jamais se rendre ni battre en retraite".

Supprimer la pub
Publicité

Controverse Peña

Lorsque With Santa Anna in Texas fut publié en 1975, ces premiers rapports sur la capture et l'exécution de Crockett avaient été depuis longtemps oubliés, et la conception dominante de la mort de Crockett provenait de deux survivants de Fort Alamo, Susanna Dickinson et Joe, l'esclave de Travis.

Dickinson, alors qu'elle quittait la chapelle d'Alamo le matin du 6 mars, affirma avoir vu le corps de Crockett "entouré d'un tas d'assaillants", et Joe rapporta avoir vu la même chose, le cadavre de Crockett "entouré d'un tas d'ennemis tués" (Groneman, 22-23). Aucun des deux n'a jamais affirmé avoir vu Crockett mourir, seulement l'avoir vu mort, mais le rapport faisant état d'un "tas d'ennemis tués" a suggéré l'image populaire de Crockett tombant au combat. Kilgore note cependant:

Ce que les deux survivants ont observé pendant qu'ils étaient escortés à travers les troupes en mouvement de Santa Anna a dû être vu dans un contexte de stress intense voire même dans l'ombre d'une mort imminente. Tous deux ont simplement déclaré avoir vu les corps de Crockett et de plusieurs autres personnes gisant dans la cour ouverte. Tous deux ont décrit la scène telle qu'elle aurait pu apparaître si Crockett et les autres avaient été amenés devant Santa Anna et exécutés.

(41)

Malgré cela, lorsque l'ouvrage de Peña fut publié en anglais en 1975, il fut rejeté comme étant un faux. Il y avait des raisons de soupçonner que l'ouvrage original, édité et auto-publié en 1955 au Mexique par Jesús Sanchez Garza, bien qu'il ait compris des documents, semblait sortir de nulle part et, de manière opportuniste (selon certains), exactement au moment où la "Crockett mania" balayait les États-Unis grâce à la mini-série Davy Crockett de Disney.

Supprimer la pub
Publicité
Fess Parker as Davy Crockett
Fess Parker dans le rôle de Davy Crockett ABC Television Promotion (Public Domain)

Cette dernière objection n'a guère de sens, car le livre fut publié au Mexique, qui n'a pas connu la "Crockett mania", et, de plus, comme il fut publié en espagnol, les chercheurs américains ne savaient même pas qu'il existait. Cependant, lorsqu'il fut publié en anglais en 1975, le premier point – "d'où venait le manuscrit original ?" – devint primordial. Garza ne révéla jamais où le journal de Peña avait été conservé pendant plus de cent ans ni comment il l'avait obtenu.

Comme indiqué, la controverse sur l'authenticité de l'ouvrage portait principalement sur le passage décrivant la mort de Davy Crockett, et de nombreux chercheurs ont consacré d'énormes efforts à démystifier le livre. Un aspect du récit qui semble avoir suscité la colère de nombreuses personnes dans les années 1970 (et plus tard) est que Crockett aurait capitulé, mais Peña ne le dit jamais, il dit seulement que certains défenseurs survécurent à la bataille et furent amenés par Castrillon à Santa Anna. Néanmoins, comme cela était considéré comme une "capitulation", cela est devenu un point sensible qui a conduit à discréditer l'ensemble du livre.

En octobre 2001, le professeur David B. Gracy II de la Graduate School of Library and Information Science de l'université du Texas à Austin a établi l'authenticité de With Santa Anna in Texas, concluant que l'ouvrage "est bien ce qu'il prétend être" (Crisp, 102). Bien que certains chercheurs continuent de rejeter cet ouvrage, le livre de Peña, y compris son récit de la mort de Crockett, est aujourd'hui généralement accepté comme un compte rendu fidèle des événements tels qu'ils sont présentés.

Vous aimez l'Histoire?

Abonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire gratuite!

Texte

L'extrait suivant est tiré de With Santa Anna in Texas: A Personal Narrative of the Revolution de José Enrique del la Peña, traduit et édité par Carmen Perry, pp. 52-54. Le récit commence après la fin de la bataille d'Alamo, lorsque Santa Anna tente de remonter le moral des troupes qui ont subi de lourdes pertes lors de l'assaut lancé tôt le matin contre le fort.

Vers la fin du passage, de la Peña évoque la falsification par Santa Anna du nombre de défenseurs de Fort Alamo dans son rapport officiel, affirmant qu'ils étaient plus de 600 alors que, selon de la Peña, ils n'étaient pas plus de 253. Il suppose que cela avait été fait pour faire de la chute de Fort Alamo une victoire honorable, car dans la fiction de Santa Anna, il avait affronté une importante force de soldats professionnels et sa perte de 400 à 600 hommes était donc justifiable.

En réalité, bien sûr, Santa Anna avait lancé un assaut inutile contre une fortification en ruine qui aurait pu être facilement réduite par des tirs de canon ou en poursuivant le siège jusqu'à ce que les défenseurs ne soient forcés de se rendre par manque de nourriture, d'eau et de munitions. De plus, la plupart des défenseurs de l'Alamo n'étaient pas des soldats professionnels, et c'est tout à leur honneur d'avoir tenu le fort aussi longtemps et d'avoir emporté avec eux tant de leurs ennemis lorsqu'ils sont tombés.

Supprimer la pub
Publicité

Le général s'adressa ensuite à ses bataillons décimés, louant leur courage et les remerciant au nom de leur pays. Mais on ne percevait guère dans ses paroles la magie que Napoléon exprime dans les siennes, auxquelles, nous assure le comte de Ségur, il était impossible de résister.

Les vivas furent repris froidement, et le silence n'aurait guère été rompu si, saisi par l'une de ces impulsions déclenchées par l'enthousiasme ou formées pour éviter la réflexion, qui dissimule les sentiments, je ne m'étais pas adressé aux vaillants chasseurs d'Aldama, saluant la république et eux-mêmes, un acte qui, accompli en présence du commandant à qui tant d'honneurs immérités avaient été accordés, prouvait que je ne flatte jamais ceux qui détiennent le pouvoir.

Peu avant le discours de Santa Anna, un épisode déplaisant s'était produit qui, comme il avait eu lieu après la fin de l'escarmouche, était considéré comme un meurtre ignoble et qui avait grandement contribué à la froideur qui régnait.

Sept hommes environ avaient survécu au massacre général et, sous la protection du général Castrillon, ils furent amenés devant Santa Anna. Parmi eux se trouvait un homme de grande stature, bien proportionné, aux traits réguliers, sur le visage duquel se lisait l'empreinte de l'adversité, mais chez qui on remarquait aussi une certaine résignation et une noblesse qui lui faisaient honneur. Il s'agissait du naturaliste David Crockett, bien connu en Amérique du Nord pour ses aventures inhabituelles, qui s'était lancé dans l'exploration du pays et qui, se trouvant à Bexar au moment même de la surprise, s'était réfugié à Alamo, craignant que son statut d'étranger ne soit pas respecté.

Santa Anna répondit à l'intervention de Castrillon en faveur de Crockett par un geste d'indignation et, s'adressant aux sapeurs, les soldats les plus proches de lui, ordonna son exécution. Les commandants et les officiers furent scandalisés par cette décision et n'obéirent pas immédiatement à l'ordre, espérant qu'une fois la fureur du moment passée, ces hommes seraient épargnés; mais plusieurs officiers qui se trouvaient autour du président et qui, peut-être, n'avaient pas été présents au moment du danger, se distinguèrent par un acte infâme, surpassant les soldats en cruauté.

Supprimer la pub
Publicité

Ils se précipitèrent, afin de flatter leur commandant, et, l'épée à la main, se jetèrent sur ces malheureux hommes sans défense, comme un tigre bondit sur sa proie. Bien que torturés avant d'être tués, ces malheureux moururent sans se plaindre et sans s'humilier devant leurs bourreaux. La rumeur disait que le général Sesma était l'un d'entre eux; je ne peux en témoigner, car bien que présent, je me suis détourné, horrifié, afin de ne pas assister à une scène aussi barbare.

Vous souvenez-vous, camarades, de ce moment terrible qui nous a tous frappés d'effroi, qui a fait trembler nos âmes, assoiffées de vengeance, quelques instants auparavant? Vos cœurs résolus ne sont-ils pas encore remués et pleins d'indignation contre ceux qui ont si ignoblement déshonoré leurs épées avec du sang? Quant à moi, j'avoue que le simple souvenir de cet événement me fait trembler et que mon oreille entend encore le son pénétrant et lugubre des victimes.

À qui ce sacrifice a-t-il été utile et quel avantage a-t-on tiré de l'augmentation du nombre de victimes? Il a été payé cher, alors qu'il aurait pu en être autrement si ces hommes avaient été forcés de marcher sur le sol recouvert des cadavres sur lesquels nous avons marché, s'ils avaient été généreusement réhabilités et contraints de communiquer à leurs camarades le sort qui les attendait s'ils ne renonçaient pas à leur cause injuste. Ils auraient pu informer leurs camarades de la force et des ressources dont disposait l'ennemi.

D'après les documents trouvés parmi ces hommes et les informations ultérieures, les forces présentes à Alamo comptaient 182 hommes, mais d'après le nombre que nous avons compté, elles en comptaient 253. Il ne fait aucun doute que le total ne dépassait aucun de ces deux chiffres, et en tout état de cause, le nombre est inférieur à celui mentionné par le commandant en chef dans son communiqué, qui affirme que plus de 600 corps furent enterrés dans les excavations et les tranchées. Quel était le but de cette fausse déclaration? Certains pensent qu'elle visait à donner plus d'importance à l'épisode, d'autres qu'elle visait à excuser nos pertes et à les rendre moins douloureuses.

Supprimer la pub
Publicité

Questions & Réponses

Qu'est-ce que "With Santa Anna in Texas" de José de la Peña?

"With Santa Anna in Texas" est la version publiée du journal intime tenu par le colonel mexicain José de la Peña entre 1836 et 1838, comprenant ses témoignages oculaires de la révolution texane et son désormais célèbre rapport sur l'exécution de Davy Crockett.

Le livre "With Santa Anna in Texas" de José de la Peña est-il une source fiable?

Oui. En 2001, après des années de controverse, l'authenticité du livre "With Santa Anna in Texas" de de la Peña a été confirmée par le professeur David B. Gracy II de la Graduate School of Library and Information Science (École supérieure de bibliothéconomie et des sciences de l'information) de l'université du Texas à Austin.

Pourquoi les récits de l'exécution de Crockett après la bataille ont-ils été censurés?

La mort de Crockett, exécuté après la bataille d'Alamo, ne correspondait pas à l'image que l'on se faisait des défenseurs de Fort Alamo à la fin du XIXe siècle. Elle fut donc occultée et remplacée par celle de Crockett tombant au combat.

Y a-t-il une part de vérité dans l'histoire selon laquelle Davy Crockett aurait survécu à la bataille d'Alamo et aurait vécu au Mexique?

Non. La légende selon laquelle Davy Crockett aurait survécu à la bataille de Fort Alamo et aurait été emmené au Mexique pour travailler dans une mine est une fiction créée pour vendre des livres sur la bataille de l'Alamo et augmenter le recrutement dans l'armée texane.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Joshua J. Mark
Joshua J. Mark est cofondateur et Directeur de Contenu de la World History Encyclopedia. Il était auparavant professeur au Marist College (NY) où il a enseigné l'histoire, la philosophie, la littérature et l'écriture. Il a beaucoup voyagé et a vécu en Grèce et en Allemagne.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2025, décembre 05). Mort de Davy Crockett à Fort Alamo: Récit de José Enrique de la Peña sur la reddition. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2835/mort-de-davy-crockett-a-fort-alamo/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Mort de Davy Crockett à Fort Alamo: Récit de José Enrique de la Peña sur la reddition." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, décembre 05, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2835/mort-de-davy-crockett-a-fort-alamo/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Mort de Davy Crockett à Fort Alamo: Récit de José Enrique de la Peña sur la reddition." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 05 déc. 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2835/mort-de-davy-crockett-a-fort-alamo/.

Soutenez-nous Supprimer la pub