Évasions de Colditz

Le célèbre camp de prisonniers de la Seconde Guerre mondiale
Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Le château de Colditz, en Saxe (Allemagne), se dresse au sommet d'une falaise escarpée qui surplombe un affluent de la Mulde. Construit au XIe siècle, ce château austère servit tour à tour d'asile psychiatrique, de sanatorium pour les riches et, dans les années 1930, de prison pour les ennemis de l'Allemagne nazie. En 1939, le château endossa son rôle le plus célèbre: celui de camp pour les prisonniers de guerre alliés qui avaient tenté à plusieurs reprises de s'échapper de camps moins sécurisés. Considéré à l'épreuve de toute évasion par les autorités militaires allemandes qui le dirigeaient, les prisonniers de Colditz avaient d'autres idées en tête, dont certaines se soldèrent par de grotesques échecs, mais beaucoup d'autres furent des succès plein d'audace.

Colditz Castle
Château de Colditz SKOMP46866 (CC BY)

L'impénétrable Colditz

Le camp de prisonniers du château de Colditz ouvrit ses portes en 1939 et reçut la désignation Offizier Lager IVC (Oflag IV-C), qui indiquait sa fonction de camp pour officiers. Les premiers détenus étaient des officiers polonais et français capturés lorsque les tactiques de Blitzkrieg de l'armée allemande apportèrent une série de victoires spectaculaires au cours de la première année de la guerre. Au fur et à mesure que la guerre se prolongeait, de nombreuses autres nationalités rejoignirent le camp. Parmi les détenus notables de Colditz figuraient l'as de la RAF Douglas Bader, le général Tadeusz Bór-Komorowski, chef de l'insurrection de Varsovie, et le lieutenant-colonel David Stirling, fondateur du Special Air Service (SAS).

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MALGRÉ TOUTES LES DIFFICULTÉS, ENVIRON 300 HOMMES RÉUSSIRENT À S'ÉVADER DU CHÂTEAU DE COLDITZ.

L'imposant château était certainement un bon choix pour un camp de prisonniers. Creuser un tunnel, la méthode d'évasion traditionnelle de premier choix, était presque impossible car le château était construit sur de la roche solide et des détecteurs de bruit étaient en place. Contrairement à d'autres camps, qui n'étaient généralement entourés que de clôtures métalliques pouvant être coupées n'importe où, il y avait très peu de possibilités d'entrer et de sortir du château. Les minuscules fenêtres des quartiers des prisonniers étaient grillagées et la plupart donnaient sur un vide d'au moins 30 mètres. Il y avait des douves sèches, un haut mur d'enceinte, des rangées de barbelés, des postes de garde réguliers, des chiens de garde et des projecteurs qui restaient allumés en permanence, même pendant les raids aériens. Par ailleurs, la force de la garnison de Colditz était toujours supérieure à celle des prisonniers.

Même si les prisonniers parvenaient à s'échapper, ils se retrouvaient à 650 km du territoire non nazi le plus proche. Il semblait donc tout à fait raisonnable de supposer que le château était réellement à l'épreuve de toute évasion. D'un autre côté, pour les prisonniers alliés, s'évader était considéré comme un devoir, et ils n'avaient rien d'autre à faire que de passer leur temps à élaborer des plans d'évasion allant du ridicule au sublime. Les régulières découvertes de projets d'évasion et les peines d'isolement ou de privation de privilèges qui s'ensuivaient ne refroidissaient en rien l'enthousiasme des prisonniers pour leur tentatives d'évasion de Colditz.

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WWII Red Cross Parcel
Colis de la Croix-Rouge de la Deuxième Guerre mondiale Imperial War Museums (CC BY-NC-SA)

En vertu de la Convention de Genève, les prisonniers de guerre devaient être logés et nourris selon les mêmes normes que les troupes en garnison. La correspondance avec leur famille restée au pays était autorisée. Jusqu'à ce qu'Heinrich Himmler ne l'interdise en 1944, les prisonniers pouvaient même recevoir des colis "de réconfort" de la Croix-Rouge, mais à Colditz, ces colis n'arrivaient que de manière irrégulière. Selon la Convention, la peine maximale pour une tentative d'évasion ratée ne devait pas dépasser un mois à l'isolement.

Pour être couronnées de succès, les évasions nécessitaient très souvent une aide extérieure. Tout comme dans d'autres camps de prisonniers de guerre, les gardes de Colditz pouvaient être amenés à fermer les yeux ou de fournir des éléments essentiels tels que des outils, de l'argent allemand, une boussole et des documents tels que des cartes et des laissez-passer, qui permettaient au fugitif de traverser le territoire contrôlé par les Allemands sans être repéré. Des faussaires fabriquaient des documents spécifiques, tels que des cartes d'identité, en utilisant des documents volés comme modèles. Le chocolat, les cigarettes et tout autre article obtenu grâce aux colis de la Croix-Rouge pouvaient être utilisés comme pots-de-vin. Les gardes pouvaient se retrouver victimes de chantage et obligés d'aider à des tentatives d'évasion s'ils étaient piégés et amenés à adopter un comportement compromettant. Parfois, les gardes jouaient le jeu, pour ensuite informer le commandant du camp et faire échouer l'évasion en cours. Les évadés devaient également se méfier de leurs propres camarades. Certains prisonniers servaient en effet d'informateurs aux gardes, et de nombreux plans d'évasion furent ainsi déjoués.

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Les évasions

Un château médiéval est à l'origine conçu pour empêcher les gens d'entrer, pas pour les retenir à l'intérieur. Ce fait, combiné à l'insatiable soif de liberté des prisonniers, donna lieu à des centaines de tentatives d'évasion. Celles-ci allaient d'improvisations impulsives de type "sauter sur l'occasion" à des plans qui nécessitaient des mois de préparation. De nombreuses tentatives furent déjouées avant même d'avoir commencé en raison des inspections et des fouilles régulières. Les tentatives téméraires qui visaient à creuser un tunnel, à utiliser le réseau d'égouts, à descendre du toit à l'aide d'une corde ou à couper les barreaux des fenêtres étaient très vite découvertes à cause du bruit qu'elles provoquaient. Une tentative un peu trop ambitieuse qui consistait à essayer de s'échapper sous le couvert d'un déguisement de femme échoua. Se cacher dans des sacs poubelles ou sauter imprudemment des murs du château fonctionnait parfois, mais les gardes étaient aussi expérimentés que les prisonniers dans l'art de la fuite. Malgré toutes ces difficultés, environ 300 hommes réussirent à s'échapper du château.

Colditz Glider Plans
Plans du planeur surnommé "coq de Colditz" Imperial War Museums (CC BY-NC-SA)

S'échapper du château n'était bien sûr que la moitié du travail. Tous les hommes devaient se présenter quatre fois par jour à l'appel, de sorte que si quelqu'un s'échappait, son absence était rapidement remarquée. Le commandant changeait également régulièrement les horaires des appels. Le véritable défi consistait donc à ne pas se faire prendre dans les heures et les jours qui suivaient l'évasion, lorsque les autorités fouillaient toutes les routes et toutes les gares à la recherche du fugitif qui tentait de traverser l'Europe occupée par l'Allemagne pour atteindre un territoire neutre comme l'Espagne ou la Suisse. Les ressources nécessaires aux forces allemandes pour mener ces fouilles étaient l'une des raisons pour lesquelles les tentatives d'évasion étaient encouragées.

Un homme réussit à s'échapper du château caché dans un vieux matelas lors du remplacement de la literie; il fut rattrapé deux semaines plus tard à Vienne et fut renvoyé à Colditz, ce qui était courant car les Allemands restaient convaincus que Colditz était le meilleur endroit pour les prisonniers accros à l'évasion. Les prisonniers ne se laissaient jamais décourager par leurs échecs. Le but ultime était, bien sûr, de rentrer chez eux et de reprendre activement la guerre, et cette réussite a été surnommée "home run" par les prisonniers. Pendant la guerre, 30 "home runs" furent réalisés depuis Colditz.

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Le saute-mouton

Le "home run" le plus simple depuis Colditz fut peut-être celui du lieutenant français Pierre Mairesse-Lebrun. Il s'était déjà échappé une fois, mais avait été rattrapé à la gare locale alors qu'il tentait de dépenser un billet de 100 francs qui n'était plus valable. De retour à Colditz, loin d'être découragé, Lebrun tenta à nouveau sa chance. Colditz disposait d'une petite aire d'exercice, où lui et quelques autres prisonniers français jouaient à saute-mouton. Soudain, Lebrun fut soulevé et passa par-dessus la clôture métallique, haute de 2,7 mètres. Il lui fallait ensuite escalader le mur du parc. Il fut repéré par les sentinelles des deux tours adjacentes, mais il fit semblant de prendre son élan; les gardes tirèrent alors, mais le manquèrent. Pendant que les gardes rechargeaient leurs armes, Lebrun escalada le mur, courut se réfugier dans les arbres et se cacha dans un champ de blé jusqu'à ce que la fièvre des recherches immédiates ne retombe. Il ne fut jamais rattrapé. Après plusieurs semaines, il rejoignit la frontière suisse à vélo. L'audace de cette évasion apparemment simple fut répétée un an plus tard par un officier britannique, mais celui-ci fut abattu au cours de sa tentative.

Colditz Glider
Le planeur surnommé "coq de Colditz" US Army Photographer (CC BY-SA)

Le déguisement

La première évasion britannique de Colditz fut organisée par Pat Reid, l'officier britannique chargé des évasions. Le plan consistait à faire entrer le lieutenant Airey Neave et le lieutenant néerlandais Tony Luteyn dans le poste de garde allemand depuis les pièces situées au-dessus, ce qui impliquait de creuser un tunnel sous la scène de la salle de théâtre des prisonniers. Les sentinelles n'auraient jamais imaginé que des prisonniers puissent venir de cette direction et les auraient donc probablement laissés sortir du château sans les inspecter de près. Les évadés avaient confectionné leurs propres uniformes allemands à partir de manteaux hollandais similaires, qu'ils avaient teints. Les boutons et insignes allemands étaient fabriqués à partir de plomb fondu, tandis que les ceintures et étuis en cuir étaient faits de linoléum. La nuit, ces déguisements pourraient bien passer sans problème. Le plan fonctionna. Les fugitifs retirèrent ensuite leurs uniformes pour laisser apparaître leurs vêtements civils. Bien qu'ils aient été arrêtés par la police, ils réussirent à s'échapper à nouveau presque immédiatement. Neave et Luteyn parvinrent tous deux à rejoindre la Suisse. Neave finit par atteindre la Grande-Bretagne, où il fut utilisé par les services de renseignement militaires britanniques pour fournir des conseils d'évasion qui pouvaient être transmis à d'autres prisonniers de guerre.

Le "coq de Colditz"

Sans aucun doute, le plan d'évasion de Colditz le plus audacieux visait à s'envoler du château à l'aide d'un planeur artisanal. Les plans de cet appareil, méticuleusement dessinés à l'échelle sur une grande feuille de papier rose, ont été conservés. L'appareil fut conçu par le lieutenant d'aviation L. J. E. Goldfinch, qui avait remarqué que les flocons de neige étaient soufflés vers le haut au-dessus du toit du château en raison d'un courant ascendant. Goldfinch pensait que ce courant ascendant pourrait être suffisant pour faire décoller un planeur s'il était lancé depuis un toit en pente raide. Pour faciliter le décollage, une baignoire remplie de gravats serait simultanément larguée du toit pour servir de contrepoids. On espérait que le planeur propulsé resterait en vol juste assez longtemps pour traverser la rivière Mulde. Plus ambitieux encore, le planeur était conçu pour transporter non pas un, mais deux hommes. Le châssis était construit à partir de bois provenant de sommiers et de planchers, tandis que le revêtement extérieur était fait de housses de matelas. Le planeur, connu sous le nom de "coq de Colditz", avait une envergure de 9,7 mètres, mais il ne fut jamais testé, car Hitler avait décrété en 1944 que désormais, tout prisonnier évadé serait abattu s'il était capturé. Colditz fut libéré en avril 1945, et le planeur, qui prenait la poussière dans un grenier, provoqua l'étonnement des troupes alliées qui le découvrirent, rappelant de manière poignante les efforts extraordinaires que les prisonniers étaient prêts à déployer pour s'échapper du château de Colditz.

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Bibliographie

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur, à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que partagent toutes les civilisations. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2025, septembre 09). Évasions de Colditz: Le célèbre camp de prisonniers de la Seconde Guerre mondiale. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2791/evasions-de-colditz/

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Cartwright, Mark. "Évasions de Colditz: Le célèbre camp de prisonniers de la Seconde Guerre mondiale." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, septembre 09, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2791/evasions-de-colditz/.

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Cartwright, Mark. "Évasions de Colditz: Le célèbre camp de prisonniers de la Seconde Guerre mondiale." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 09 sept. 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2791/evasions-de-colditz/.

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