Accords de Locarno

Le traité qui remporta le prix Nobel de la paix
Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
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Stresemann, Chamberlain, & Briand, Locarno, 1925 (by Bundesarchiv, Bild 183-R03618, CC BY-SA)
Stresemann, Chamberlain et Briand, Locarno, 1925 Bundesarchiv, Bild 183-R03618 (CC BY-SA)

Les Accords de Locarno, qui regroupent en réalité sept traités, furent signés le 1er décembre 1925 dans le but de maintenir la paix en Europe malgré le rejet par le gouvernement allemand du traité de Versailles, qui avait officiellement mis fin à la Première Guerre mondiale (1914-1918). Les Accords tirent leur nom de la ville suisse de Locarno, où se réunirent les délégués de sept nations européennes.

Les principaux points couverts par les Accords de Locarno comprenaient des traités de garantie mutuelle visant à protéger les frontières existantes en Europe occidentale et l'engagement de ne pas recourir à la guerre comme outil de politique étrangère et de résoudre les différends par la voie diplomatique. Il est important de noter que les Accords ne réglaient pas la question des frontières orientales de l'Allemagne, en particulier avec la Pologne. Les Accords de Locarno ont certes assuré la paix pendant 11 ans, mais ils furent irréversiblement rompus lorsque Adolf Hitler, le dirigeant de l'Allemagne nazie, envahit la Rhénanie démilitarisée en 1936, une violation qui fut suivie d'une série d'autres actes d'agression plus graves, qui finirent par conduire à la Seconde Guerre mondiale en 1939.

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Le traité de Versailles

L'Allemagne perdit la Première Guerre mondiale et la Conférence de paix de Paris, qui rédigea le traité de Versailles en juin 1919, décida de ses nouvelles frontières. Le traité stipulait également que l'Allemagne était responsable de la guerre, qu'elle devait verser des réparations aux vainqueurs et que ses forces armées seraient limitées tant en nombre qu'en types d'armes. Les termes du traité de Versailles avaient suscité une vive indignation dans l'opinion publique allemande, mais dans les années 1920, celle-ci s'était apaisée et le seul véritable sujet de mécontentement était le redécoupage des frontières de l'Allemagne.

Les vainqueurs de la Première Guerre mondiale estimaient que le moment était venu de faire preuve d'un peu d'indulgence envers l'Allemagne.

L'Allemagne avait été contrainte de restituer à la France les régions d'Alsace et de Lorraine, elle avait perdu le contrôle de la région riche en charbon de la Sarre et de Dantzig (Gdańsk), et la Rhénanie avait été démilitarisée. La Belgique avait reçu Eupen-Malmedy et le Danemark avait obtenu le Schleswig du Nord. L'Allemagne avait perdu toutes ses colonies. Les questions les plus controversées du point de vue allemand étaient l'acquisition par la Pologne de la région industrielle de Haute-Silésie et d'un corridor territorial menant à la côte baltique (le "corridor polonais"). Ce corridor coupait la Prusse orientale du reste de l'Allemagne. Au total, les Alliés avaient réduit le territoire allemand d'environ 13 % par rapport à son état d'avant-guerre.

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Europe after The Treaty of Versailles
L'Europe après le traité de Versailles Simeon Netchev (CC BY-NC-ND)

Pour régler ces questions, plusieurs délégations d'États européens se réunirent en 1925 dans la ville lacustre suisse de Locarno. L'Allemagne n'avait plus de monarchie (l'ancien empereur Guillaume II avait endossé une grande partie de la responsabilité de la Première Guerre mondiale en tant que belliciste invétéré), mais était alors une république constitutionnelle, son économie se redressait et elle payait ses réparations de guerre. Il semblait alors aux vainqueurs de la Première Guerre mondiale que le moment était venu de faire preuve d'un peu d'indulgence à l'égard de ce que beaucoup considéraient comme un traité de Versailles trop sévère.

Les délégations

Les délégations présentes à la Conférence de Locarno, qui se réunissaient sous les auspices de la Société des Nations, venaient de Grande-Bretagne, de France, d'Italie, d'Allemagne, de Belgique, de Pologne et de Tchécoslovaquie. La conférence se tint au Palazzo del Pretorio du 5 au 16 octobre. Aristide Briand (1862-1932), l'homme d'État français qui avait été Premier ministre pendant la Première Guerre mondiale (et qui le redeviendrait après la conférence), dirigeait la délégation française. Les Britanniques étaient représentés par le ministre des Affaires étrangères Austen Chamberlain (1863-1937) et les Allemands par leur ministre des Affaires étrangères et ancien chancelier, Gustav Stresemann (1878-1929). Benito Mussolini (1883-1945), le dirigeant de l'Italie fasciste, était également présent, tout comme les futurs Premiers ministres britanniques Neville Chamberlain et Winston Churchill.

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Les Accords de Locarno

Briand souhaitait avant tout que l'Allemagne s'engage à continuer de respecter ses nouvelles frontières. L'Allemagne accepta seulement de ne pas recourir à la force pour modifier ses frontières occidentales. En ce qui concernait ses frontières orientales, la question était moins claire, et l'Allemagne accepta simplement de recourir à l'arbitrage avec (uniquement) les gouvernements de la Pologne et de la Tchécoslovaquie. Comme l'a dit l'historien A. J. P. Taylor, la frontière avec la Pologne "pouvait être tolérée, mais elle ne pouvait être confirmée" (82). Afin de renforcer la position de la Pologne, la France réaffirma son alliance avec cet État, et fit de même avec la Tchécoslovaquie, le trio s'engageant effectivement à venir en aide à l'un d'entre eux s'il était attaqué. Il fut également convenu que si la France agissait pour protéger les frontières de l'un ou l'autre de ces États, cela ne pourrait être interprété comme un acte d'agression contre l'Allemagne.

Palazzo del Pretorio, Locarno
Palais du Prétoire, Locarno Imperial War Musuems (CC BY-NC-SA)

La France, toujours préoccupée avant tout par la possibilité d'une nouvelle attaque allemande, fut soulagée par les ouvertures pacifiques de l'Allemagne vers l'ouest et se réjouit de conserver l'Alsace et la Lorraine et de maintenir la Rhénanie comme zone démilitarisée. La Grande-Bretagne et l'Italie garantissaient toutes deux cette position. L'Allemagne était heureuse que Cologne soit enfin libérée de l'occupation militaire, que les inspections alliées de son armée prennent fin et que les troupes alliées quittent la Rhénanie d'ici 1930 (et non d'ici 1935, comme convenu précédemment à Versailles).

Les dirigeants déclarèrent à leurs populations respectives qu'une paix mondiale durable était désormais assurée.

La Belgique, l'Allemagne et la France convinrent de ne jamais s'attaquer mutuellement, sauf "en cas de légitime défense" (une expression ambiguë pouvant donner lieu à de multiples interprétations). En outre, la Grande-Bretagne accepta en principe d'aider à défendre la France si celle-ci venait à être attaquée. Cette garantie était censée être temporaire, mais comme aucune alternative ne fut convenue par la suite, "la Grande-Bretagne s'engagea, pour la première fois de son histoire, dans une alliance en temps de paix avec une grande puissance continentale" (Taylor, 148). Tout le monde espérait que cet engagement ne serait jamais mis à exécution et qu'il suffirait de le coucher sur papier. Les Britanniques considéraient leur position moins comme une promesse formelle de protéger la France que comme l'établissement d'un devoir moral de le faire, une différence subtile qui permettait au gouvernement britannique de ne pas agir s'il le jugeait opportun. La Belgique bénéficiait d'une garantie similaire, contrairement à la Pologne et à la Tchécoslovaquie.

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Tous les participants à la conférence de Locarno s'engagèrent à résoudre les futurs différends uniquement par des "moyens pacifiques". Si la diplomatie entre les parties directement concernées échouait, les différends devaient être soumis à l'arbitrage d'une commission spécialement constituée ou d'organismes internationaux tels que la Cour permanente de justice internationale. Il y avait toutefois une faille, l'Allemagne ayant insisté pour que la clause d'arbitrage ne s'applique pas aux différends entre l'Allemagne, la Tchécoslovaquie et la Pologne, qui étaient antérieurs au pacte. Enfin, le désir de tenter désormais un désarmement collectif fut clairement exprimé.

Locarno Conference Room
Salle de conférence de Locarno Imperial War Museums (CC BY-NC-SA)

Sentiment de réussite

Tout le monde semblait raisonnablement satisfait des accords du traité. La France avait maintenu le statu quo à sa frontière avec l'Allemagne et obtenu une sorte de promesse de protection de la part de la Grande-Bretagne. Les Britanniques étaient satisfaits que la stabilité en Europe puisse se poursuivre et qu'ils ne se soient pas engagés de manière excessive dans des actions futures avec ou contre un autre État. L'Allemagne était satisfaite de ne plus être traitée comme un paria international et d'avoir obtenu une certaine liberté d'action diplomatique concernant ses frontières orientales. Mussolini, qui n'avait en réalité été invité que pour donner à la Grande-Bretagne une image plus impartiale qu'elle ne l'était, était flatté de siéger à la même table que les grandes puissances démocratiques, bien qu'il fût un despote. Personne ne semblait regretter l'absence de la Russie ou des États-Unis dans ces discussions visant à maintenir la paix.

Les sept traités furent approuvés le 16 octobre à Locarno, puis officiellement signés dans la salle Gold du ministère britannique des Affaires étrangères à Londres le 1er décembre de la même année. Les dirigeants déclarèrent à leurs populations respectives que leur séjour à Locarno avait été un succès et qu'une paix mondiale durable était désormais assurée.

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Héritage

Chamberlain, Briand et Stresemann reçurent le prix Nobel de la paix (Chamberlain en 1925 et les autres l'année suivante) pour leur travail dans le cadre des Accords de Locarno. Une paix durable en Europe semblait désormais tout à fait possible si tout le monde était prêt à continuer à dialoguer. Cela fut particulièrement vrai lorsque l'Allemagne fut finalement invitée à rejoindre la Société des Nations en 1926. L'idée de coopération et de discussion dans les affaires internationales, encouragée par le pacte, fut baptisée "l'esprit de Locarno" et contribua à la conclusion d'autres traités de coopération, tels que le pacte Briand-Kellogg de 1928, signé par 63 pays, qui rendait officiellement illégale la guerre.

L'Europe à la veille de la Seconde Guerre mondiale, 1939
L'Europe à la veille de la Seconde Guerre mondiale, 1939 Simeon Netchev (CC BY-NC-ND)

Les Accords de Locarno eurent malheureusement pour conséquence que les futurs dirigeants, moins enclins à la paix, considérèrent ces accords sous un angle différent et les interprétèrent de manière très différente de ceux qui les avaient signés. Dès 1926, il existait déjà une perception divergente selon laquelle, pour certains, Locarno marquait la fin des négociations, tandis que pour d'autres, ce n'était que le début. Cela signifiait que de futurs conflits diplomatiques étaient inévitables. Alors que la France pensait pouvoir désormais éviter toute concession future, l'Allemagne estimait que Locarno serait le début de nouvelles concessions.

Il restait également le grave problème de savoir qui ferait réellement respecter toute violation au pacte, une question pertinente alors que la Grande-Bretagne était réticente à s'impliquer en dehors de son empire déjà en ruine et que les États-Unis insistaient sur une position isolationniste. Promettre une aide sur le papier était une chose, mais envoyer des troupes à travers un continent en était une autre. Les États agresseurs étaient bien conscients de cette réalité.

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Une autre conséquence malheureuse des Accords fut que les accords d'assistance mutuelle rendirent la Grande-Bretagne, la France et l'Italie plutôt complaisantes. Pensant qu'un tel accord constituait un moyen de dissuasion suffisant contre tout agresseur potentiel, aucun des trois pays ne s'attela réellement à mettre en place une quelconque coopération militaire. Lorsque des actes d'agression vinrent briser l'illusion d'une communauté internationale pacifique, il y eut une absence flagrante de réponse unifiée ou de mobilisation combinée des troupes en guise de représailles.

Les Accords de Locarno furent finalement réduits en lambeaux lorsque Adolf Hitler (1889-1945) envoya des troupes dans la Rhénanie démilitarisée en 1936, puis occupa d'autres États voisins. Hitler avait en fait réaffirmé les décisions territoriales des Accords de Locarno en 1935, mais cela faisait simplement partie de sa stratégie visant à semer la confusion dans l'esprit des dirigeants rivaux quant à ses véritables intentions, et il rejeta ouvertement les Accords dès l'année suivante. La politique d'apaisement envers Hitler menée par la Grande-Bretagne et la France, encouragée par l'esprit des Accords de Locarno, prit finalement fin avec l'invasion de la Pologne en 1939, qui marqua le début de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945).

Les Accords de Locarno furent peut-être un moment charnière dans l'histoire de la première moitié du XXe siècle: "Leur signature mit fin à la Première Guerre mondiale; leur rejet onze ans plus tard marqua le prélude à la seconde" (Taylor, 82). En bref, une confiance excessive dans le jargon juridique, une croyance irréaliste selon laquelle la paix était dans l'intérêt de tous les dirigeants et l'absence de promesses concrètes d'aide militaire signifiaient que tout État agressif pourrait agir en toute impunité, ce qui fut le cas tout au long des années 1930.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur, à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que partagent toutes les civilisations. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

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Style APA

Cartwright, M. (2026, janvier 06). Accords de Locarno: Le traité qui remporta le prix Nobel de la paix. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-25735/accords-de-locarno/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Accords de Locarno: Le traité qui remporta le prix Nobel de la paix." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, janvier 06, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-25735/accords-de-locarno/.

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Cartwright, Mark. "Accords de Locarno: Le traité qui remporta le prix Nobel de la paix." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 06 janv. 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-25735/accords-de-locarno/.

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