Le prêt-bail (appelé Lend-Lease en anglais) était un programme d'aide financière et matérielle accordé par les États-Unis à leurs alliés pendant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945). Des denrées alimentaires, des armes, des munitions et du matériel agricole figuraient parmi les marchandises qui traversèrent l'océan Atlantique et l'océan Pacifique. La valeur des marchandises fournies dans le cadre du prêt-bail a été estimée à environ 50 milliards de dollars. Les États bénéficiaires devaient effectuer des paiements, mais la flexibilité régnait quant au montant, à la forme et au moment de ces paiements. Le prêt-bail était une opération de grande envergure qui permit aux États-Unis de minimiser leurs propres pertes militaires tout en utilisant leur formidable puissance économique pour soutenir la cause des Alliés. Ce programme devint l'une des plus grandes réussites logistiques de l'effort de guerre, contribuant de manière inestimable à la victoire des Alliés lors de la Seconde Guerre mondiale.
Aide aux Alliés
Au début de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis, craignant de se voir entraînés dans un conflit sur un autre continent, restèrent officiellement neutres et ne purent donc pas intervenir directement sur le plan militaire. L'aide matérielle aux belligérants était interdite par les lois sur la neutralité adoptées au milieu des années 1930. Même les prêts étaient limités par la loi Johnson sur le défaut de paiement, qui excluait les nations qui n'avaient pas remboursé les sommes prêtées pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918). Il s'agissait d'une restriction importante, car le seul pays à avoir remboursé toutes ses dettes aux États-Unis était la Finlande. Le président Franklin D. Roosevelt était déterminé à mettre fin à la politique étrangère traditionnelle d'isolationnisme des États-Unis par tous les moyens légaux à sa disposition. Il convoqua donc le Congrès afin d'abroger certaines parties de la législation bloquant l'aide aux Alliés. Dans un premier temps, la France et la Grande-Bretagne furent autorisées à acheter des armes (à condition de les payer en espèces et de les transporter elles-mêmes), puis une autre décision du Congrès permit aux navires marchands américains d'entrer dans les zones de guerre et de transporter des armes et des munitions. Il était désormais possible d'envoyer légalement l'aide tant nécessaire à l'Europe et ailleurs, tout en permettant aux États-Unis de rester neutres.
Roosevelt, confronté à des appels directs à l'aide de personnalités telles que le Premier ministre britannique Winston Churchill, était même prêt à contourner légèrement la loi. Par exemple, le président américain veilla à ce que les navires de guerre britanniques soient réparés dans les ports américains, et il envoya des avions de combat à la frontière canadienne des États-Unis, ce qui permettait aux Canadiens de littéralement transporter les avions sur leur propre territoire, puis de les envoyer en Europe. Un autre cas concernait un échange de destroyers américains contre des bases. Dans le cadre de cet accord, les États-Unis promettaient de fournir à la Grande-Bretagne 50 destroyers (elle n'en avait reçu que 9 à la fin de 1940) et, en échange, ils obtenaient des baux de 99 ans pour plusieurs bases navales dans les Antilles, aux Bermudes, à Terre-Neuve et en Guyane britannique.
Roosevelt finit par obtenir une plus grande liberté d'action à la suite de l'indignation générale suscitée par l'attaque d'un sous-marin allemand contre le destroyer américain Kearny en octobre 1941 et de l'abrogation consécutive de nombreuses lois de neutralité plus restrictives. Les États-Unis se lancèrent alors à fond dans leurs efforts pour aider ceux qui défendaient la liberté.
Le programme prêt-bail fut donc conçu pour apporter une aide matérielle et financière aux nations alliées qui combattaient les trois ennemis communs du monde libre: l'Allemagne nazie, l'Italie fasciste et le Japon impérial. Comme son nom l'indique, le programme ne fournissait pas de marchandises gratuitement; les bénéficiaires devaient rembourser les coûts, mais il y avait une certaine souplesse en termes de montant et de calendrier des remboursements. Parmi les bénéficiaires du programme prêt-bail figuraient la Grande-Bretagne, l'URSS, la Chine, l'Afrique du Sud, l'Égypte, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Au total, plus de 38 pays reçurent l'aide des États-Unis pendant la guerre.
La question du paiement
Comme indiqué ci-dessus, les États-Unis préféraient être payés en espèces pour les marchandises envoyées dans le cadre du prêt-bail. Cela devint rapidement problématique, car des pays comme la Grande-Bretagne, qui souffraient non seulement de la guerre, mais aussi de l'effondrement du commerce mondial qui en résultait, voyaient leurs réserves de liquidités s'épuiser. Avec la capitulation de la France en juin 1940, la Grande-Bretagne se retrouva seule en Europe pour faire face à une Allemagne et une Italie agressives et déchaînées. La Grande-Bretagne pouvait faire appel à l'aide de colonies comme l'Inde et l'Australie, mais le fait était que la taille de l'Empire britannique signifiait que la Grande-Bretagne luttait à la fois militairement et financièrement pour protéger ses actifs en Asie du Sud, en Asie de l'Est, en Afrique, au Moyen-Orient et en Amérique du Sud. De plus, Adolf Hitler semblait déterminé à vouloir lancer une invasion allemande des îles britanniques.
Beaucoup aux États-Unis ne pouvaient croire que le gouvernement qui présidait au vaste Empire britannique était à court d'argent, mais c'était bel et bien la réalité, et Churchill proposa même de montrer les livres comptables du pays à Roosevelt pour le lui prouver. L'ambassadeur britannique aux États-Unis déclara sans détour: "La Grande-Bretagne est ruinée" (Dear, 531). De nombreux Américains prirent progressivement conscience que la Grande-Bretagne menait en fait une guerre pour que les États-Unis puissent rester en dehors du conflit militaire. Une analogie se répandit, comparant les avantages moraux et pratiques de prêter sa lance à incendie à un voisin dont la maison était en feu. Si la Grande-Bretagne s'effondrait sous la pression, rien n'empêcherait les agresseurs autoritaires de la Seconde Guerre mondiale de tourner leur regard vers l'Amérique du Nord et d'y incendier les maisons également. D'un autre côté, apporter son aide comportait des risques. L'aide matérielle apportée par les États-Unis à la Grande-Bretagne était considérée par les nations agressives comme équivalente à une implication totale dans la guerre. Il semblait en effet que le fait de poursuivre et même d'augmenter cette aide finirait par entraîner les États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale sur le plan militaire.
Roosevelt gardait l'espoir que si une aide suffisante était fournie, les troupes américaines ne seraient pas nécessaires dans le conflit et les pertes militaires américaines seraient évitées. À partir de décembre 1940, cette attitude et celle de l'analogie avec l'incendie signifiaient que Roosevelt était prêt à fournir du matériel aux alliés démocratiques des États-Unis sans insister sur des conditions particulières ou des chiffres exacts de remboursement. Pour poursuivre l'analogie avec le tuyau d'incendie, Roosevelt fit valoir au Congrès que si un voisin parvenait à éteindre son incendie mais endommageait le tuyau dans le processus, la compensation ne pourrait pas être calculée en fonction du coût précis du tuyau, mais par un accord informel selon lequel sa valeur serait remboursée en nature. Un projet de loi fut adopté par le Congrès en mars 1941, et les États-Unis devinrent "l'arsenal de la démocratie", comme le dit Roosevelt. Les conditions de remboursement devaient être convenues en fonction de ce que "le président jugeait satisfaisant" (formulation de la loi, citée dans Dear, 531), en fonction de chaque cas particulier. Il convient également de noter que de nombreux pays envoyaient aux États-Unis des matières premières qui étaient utilisées pour produire les biens manufacturés dont ils avaient le plus besoin.
Au fur et à mesure que la guerre avançait, le paiement n'était plus attendu en espèces ou en marchandises, mais sous forme de concessions favorables à la politique étrangère et au commerce à long terme des États-Unis, telles que l'ouverture des marchés fermés et la suppression de toutes les restrictions précédemment appliquées aux États-Unis. Certaines questions épineuses subsistaient également, telles que l'opposition à l'aide à l'URSS communiste (devenue l'ennemi principal d'Adolf Hitler depuis l'été 1941) et la question de savoir si la marine américaine devait ou non fournir des navires de guerre pour défendre les convois transportant l'aide matérielle vers l'Europe et ailleurs.
Types de matériel envoyé
Les matériaux envoyés par voie maritime et aérienne dans le cadre du programme prêt-bail étaient très variés, allant des boites d'œufs aux chars d'assaut. Bien que tous les paiements pour les marchandises aient dû être approuvés par le Congrès, la seule restriction imposée par le président Roosevelt sur ce qui pouvait être inclus dans le programme prêt-bail était que les marchandises devaient être nécessaires "dans l'intérêt de la défense nationale" (texte législatif, cité dans Dear, 531). Il n'y avait par ailleurs aucune restriction légale sur ce qui pouvait être envoyé aux nations alliées. À partir d'août 1941, la production générale et la supervision des marchandises furent confiées à une nouvelle organisation, l'Office of Lend-Lease Administration (OLLA).
Une partie importante de ces biens était destinée à l'alimentation de la population britannique, soumise à un système de rationnement strict. La Grande-Bretagne recevait non seulement des denrées alimentaires produites aux États-Unis, comme du fromage et de la viande, mais aussi du matériel agricole, qui permettait d'améliorer les taux de production des fermes britanniques. Un autre succès majeur fut la livraison de dizaines de milliers de camions à l'Armée rouge de l'URSS, qui devint ainsi pour la première fois une force véritablement mobile. Les chars construits aux États-Unis contribuèrent à renforcer la cause des Alliés dans la campagne d'Afrique du Nord. Les munitions de petit et gros calibre étaient essentielles pour permettre aux armes de continuer à tirer sur tous les théâtres de guerre. Les moteurs et les pièces de rechange garantissaient le fonctionnement continu de toutes sortes de machines de guerre.
Les industries américaines qui fournissaient des biens dans le cadre du prêt-bail connurent un véritable essor. La production de guerre américaine fut intensifiée et l'énorme réseau logistique nécessaire au transport des marchandises fut développé rapidement et de manière efficace. La plupart des marchandises étaient livrées à la Grande-Bretagne par des navires marchands opérant en convois pour plus de sécurité. Les marchandises qui n'étaient pas destinées à la Grande-Bretagne étaient ensuite expédiées vers des destinations telles que Mourmansk et le golfe Persique. La production au titre du prêt-bail dut également faire face à la concurrence des demandes de l'armée américaine lorsque les États-Unis s'engagèrent pleinement dans la guerre après l'attaque de Pearl Harbour en 1941. Il y eut certes une pénurie de navires marchands en 1942, mais leur production rattrapa la demande en 1943. Finalement, des bases de prêt-bail furent établies dans le monde entier, de l'Australie au Chili, en passant par le Maroc et la Chine. Beaucoup de ces bases bénéficièrent de l'extension des réseaux ferroviaires et routiers locaux. Certains avions étaient pilotés par des pilotes civils, y compris des femmes.
Le programme prêt-bail remporta un énorme succès en acheminant le matériel là où il était le plus nécessaire. Le coût total des marchandises envoyées ne peut être qu'estimé en raison de l'ampleur du projet, mais The Oxford Companion to World War II indique que "entre 42 et 50 milliards de dollars d'aide (nourriture, matériel militaire, pétrole, production industrielle et services) furent fournis aux alliés des États-Unis pendant la guerre" (532). La Grande-Bretagne reçut plus que tout autre pays, environ la moitié de ces biens, tandis que l'URSS en reçut environ un cinquième.
Fin du prêt-bail
Le programme prêt-bail continua de diviser la classe politique américaine pendant toute la durée de la guerre. Au printemps 1945, la décision du Sénat de poursuivre le programme ne l'emporta que d'une seule voix sur les sénateurs qui souhaitaient y mettre fin. Certains affirmaient (parfois à juste titre) que les États accueillaient les marchandises fournies dans le cadre du prêt-bail, mais les exportaient ensuite ailleurs pour en tirer profit. Certains aux États-Unis appelèrent à une réduction de l'aide à la Grande-Bretagne, arguant que cet État était désormais capable de se débrouiller seul et qu'il utilisait l'aide américaine uniquement pour renforcer sa position future dans le monde d'après-guerre. Cela n'était pas vrai, car, ayant été contrainte de céder des actifs aux États-Unis, la Grande-Bretagne fut particulièrement touchée par les répercussions à long terme du prêt-bail, comme l'explique l'historien S. Ambrose:
Les Américains ont insisté pour que les Britanniques vendent leurs actifs à l'étranger, ce qui signifiait qu'à la fin de la guerre, les revenus sur lesquels les Britanniques comptaient et dépendaient depuis si longtemps grâce à leurs investissements à l'étranger n'étaient plus là. Ils avaient été vendus sous la pression des Américains... Les Américains se sont alors installés dans les régions qui étaient auparavant des colonies britanniques, qu'elles aient été des colonies simples ou économiques. La Grande-Bretagne se trouvait donc dans une position beaucoup plus faible à la fin de la guerre qu'au début et n'était pas en mesure de se redresser.
(Holmes, 129)
En 1944, des promesses (quoique vagues) avaient été faites quant à la poursuite du programme prêt-bail après la guerre afin d'aider à la reconstruction des pays ravagés par la guerre, une tâche indispensable mais extrêmement coûteuse. Néanmoins, le président Harry S. Truman, qui prit ses fonctions en avril 1945, annula immédiatement le programme prêt-bail après la capitulation du Japon en août. De nombreux gouvernements se sont sentis déçus par cette décision, et Truman admit par la suite que le programme aurait dû se poursuivre plus longtemps, même si certains États avaient bénéficié de prêts à long terme substantiels, comme les 650 millions de dollars prêtés à la France en 1945. La question des remboursements est restée controversée. L'URSS, par exemple, a refusé de se plier aux exigences des États-Unis qui lui demandaient de rembourser une dette de 2,6 milliards de dollars. En fait, un accord sur les conditions de remboursement ne fut conclu qu'en 1990.
Le programme prêt-bail a laissé derrière lui un héritage plus significatif à long terme. Les États-Unis et d'autres nations en sont venus à considérer l'aide comme un élément nécessaire et mutuellement bénéfique de la politique étrangère, une attitude qui continue d'avoir la faveur de nombreux gouvernements à travers le monde.