La tapisserie de Bayeux

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 16 novembre 2018
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Disponible dans ces autres langues: anglais, allemand, espagnol
Death of Harold, Bayeux Tapestry (by Myrabella, Public Domain)
La mort d'Harold, Tapisserie de Bayeux
Myrabella (Public Domain)

La tapisserie de Bayeux illustre les événements qui menèrent à la conquête de l'Angleterre anglo-saxonne par Guillaume le Conquérant, Duc de Normandie, et sa victoire contre le roi Harold Godwinson à la bataille de Hastings en 1066 EC. La tapisserie, en fait une broderie vu que les scènes sont brodées dans le lin et non tissées, fut réalisée entre 1067 et 1079 EC, probablement par des brodeurs travaillant à Canterbury, en Angleterre, pour le compte de Odon, alors évêque de Bayeux. Cette œuvre, la plus grande et une des mieux préservées remontant au Moyen-Âge, a une valeur inestimable non seulement pour sa contrtibution à l'évocation historique de la conquête normande mais aussi pour sa description de nombreux aspects militaires et de vie quotidienne au Moyen-Âge. La tapisserie est actuellement exposée au public de façon permanente au sein du Centre Guillaume le Conquérant de Bayeux en Normandie, France.

Matériau et dimensions

La tapisserie de Bayeux est une broderie composée de bandes de lin multiples cousues sur un tissu de support. Elle mesure 68.38 mètres (224 pi) de long et 50 cm (20 po) de large. Le fil utilisé pour broder les motifs est en grande partie un fil de laine double et parfois du fil de lin. Au moins dix teintes différentes, toutes d'origine végétale, furent utilisées pour colorer ces fils. Comme les scènes sur le tissu sont brodées et non tissées, cette réalisation n'est pas à proprement dire une tapisserie mais le nom de tapisserie lui est associé depuis le Moyen-Âge, époque à laquelle de telles étoffes ou couvertures, quel que soit leur mode de confection, étaient appellées tapis ou tapisseries.

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COMME LA TAPISSERIE EST UN RÉCIT VISUEL AVEC SEULEMENT QUELQUES INDICES EN LATIN, DE NOMBREUSES SCÈNES SONT SUJETTES À DIFFÉRENTES INTERPRÉTATIONS.

La tapisserie montre 58 scènes de la conquête normande de l'angleterre anglo-saxonne et des événements qui l'ont précédée en expliquant (on pourrait dire en justifiant) la revendication du trône d'Angleterre par Guillaume. Les scènes représentent 626 personnages ainsi que des chevaux, des chiens, des navires, des arbres et des bâtiments. Tous furent sans doute brodés en suivant un croquis réalisé sur la toile par un seul artiste. Les scènes principales sont bordées en haut et en bas par une bandelette montrant des animaux imaginaires tels que des dragons et des griffons, d'étranges figures humaines, des cadavres et des parties de corps humain. Certaines de ces scènes en bordure pourraient représenter des fables ou feraient allusion à certains comportements moraux et offriraient ainsi un commentaire sur la scène principale située directement au-dessus. Les broderies de mots et phrases en latin expliquent l'action ou indiquent la personne représentée en dessous. Dans un état de conservation pratiquement parfait, avec des couleurs toujours éclatantes, la tapisserie a cependant perdu sa partie finale.

Aperçu historique

Le lieu de fabrication de la tapisserie le plus probable est Canterbury, en Angleterre, mais d'autres possibilités incluent la Normandie et la vallée de la Loire, en France. Le lien avec l'Angleterre est suggéré par le style des scènes brodées qui ressemblent à celles que l'on trouve dans des manuscripts anglo-saxons et du fait que Canterbury possédait bel et bien, à l'époque, une célèbre école de broderie. De plus, le texte en latin contient souvent des mots épelés à la mode anglaise. Elle fut sans doute réalisée pour Odon, le comte de Kent (une autre connexion avec Canterbury), évêque de Bayeux et demi-frère de Guillaume le Conquérant. Il est aussi non négligeable de noter que Odon a une place de choix dans la tapisserie. Cependant, la tapisserie aurait été communément appelée “Tapisserie de la reine Mathilde”, en honneur à la femme de Guillaume le Conquérant, Mathilde de Flandres, bien qu'il n'y ait aucune preuve en ce sens.

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Stitching in the Bayeux Tapestry
La couture dans la tapisserie de Bayeux
Unknown Artist (Copyright, fair use)

Aux alentours de 1077 EC la reconstruction de la cathédrale de Bayeux fut complétée et elle fut consacrée par l'évêque Odon. Il est fort possible que la tapisserie fut alors exposée au public à l'intérieur de la cathédrale, même si la première mention textuelle de la tapisserie n'apparait qu'en 1476 EC quand elle fut listée dans l'inventaire de la cathédrale. Une autre éventualité est que la tapisserie ait été accrochée dans la grande salle de la résidence privée de Odon. Pour la plus grande partie de son existence, la tapisserie était sans doute enfermée dans un coffre, à l'abri des regards dans les caveaux de la cathédrale. L'état français se saisit de la tapisserie après la révolution française de 1792 EC et Napoléon Bonaparte l'exposa brièvement à Paris la transformant opportunément en un outil de propagande anti-britannique. En 1842 EC le public de Bayeux put de nouveau voir leur tapisserie lorsqu'elle fut exposée dans la bibliothèque de la ville. Mise à l'abri à Sourches puis au musée du Louvre à Paris durant la deuxième guerre mondiale, la tapisserie fut rendue à Bayeux après-guerre. La tapisserie a connu plusieurs menues réparations au fil du temps et, depuis 1983 EC, on lui consacre un espace réservé dans le centre Guillaume le Conquérant de Bayeux.

Histoire de la conquête normande

La majorité des scènes qui, dans leur ensemble, raconte l'histoire de la conquête normande correspond à de nombreux égards aux récits moyennageux que l'on en fait, même s'il y a des oublis, comme l'on peut s'y attendre avec une représentation purement visuelle, telle que la bataille entre les anglo-saxons et les troupes de Harald Harada de Norvège à Stamford Bridge trois semaines avant celle de Hastings. Dû à la nature visuelle du récit, avec seulement quelques mots de latin comme indices, de nombreuses scènes sont sujettes à différentes interprétations. La tapisserie commence avec une scène située en 1064 EC dans laquelle le roi Edouard le Confesseur (r. 1042-1066 EC) salue Harold Godwinson, son beau-frère le comte de Wessex, qui se rend en Normandie en mission inconnue. Les écrivains normands rapportèrent que le but de cette mission était pour les Saxons de promettre fidélité à Guillaume, Duc de Normandie, alors que les chroniques anglaises suggèrent qu'il ne s'agissait que d'une simple visite pour négocier la libération de prisonniers saxons.

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Norman Invasion Fleet, Bayeux Tapestry
Flotte d'invasion normande, tapisserie de Bayeux
Unknown Artist (Copyright, fair use)

Le navire de Harold est par la suite dévié de sa course et alors qu'il accoste, il est capturé par le comte Guy de Ponthieu. Guillaume ordonne que Harold soit libéré et il unit leurs forces dans une bataille contre le Duc Conan de Bretagne. Harold se bat fort bien et est décrit comme un guerrier courageux qui réussit même à sauver deux de ses ennemis des sables mouvants. Plus tard, Harold est fait Chevalier par Guillaume, bien que le fait qu'il porte un étendard et que le texte latin mentionne “armes” pourrait également illustrer le fait que Harold s'est vu rendre ses étendards et qu'il est devenu le vassal du duc normand. Harold fait un serment secret à Guillaume en posant les mains sur des reliques sacrées puis retourne en Angleterre. Des commentateurs ont suggéré que la raison pour laquelle Guillaume a une épée en main dans cette scène, était pour le contraindre à prêter serment et, donc, quel que fut ce serment, il pouvait être honorablement rompu par Harold.

Sur son lit de mort, le roi Edouard (sa barbe a un peu poussé depuis la dernière fois qu'il était représenté), sans héritier, nomme Harold pour lui succéder (janvier 1066 EC). Il y a alors les funérailles du roi Edouard à l'abbaye de Saint Pierre à Westminster puis le couronnement de Harold. Le nouveau roi se voit offrir la couronne par l'archevêque de Canterbury, l'archevêque Stigand, qui avait été excommunié par le pape. Là encore, des commentateurs suggèrent que cette scène indique l'illégitimité de la revendication de Harold au trône d'Angleterre et au contraire supporterait celle de Guillaume, surtout si l'on considère que d'autres sources ne font pas référence à Stigand dans ce rôle. Il est intéressant de remarquer les navires d'une transparence spectrale dans la bordure inférieure de cette scène – une allusion à l'invasion à venir peut-être?

Feast of William the Conqueror
Festin de Guillaume le Conquérant
Myrabella (Public Domain)

Les scènes suivantes (prenant place en septembre) montre les normands se préparant à envahir la Grande Bretagne en construisant des navires et en rassemblant des chevaux, des hommes et des vivres, y compris un énorme tonneau de vin assez important pour qu'il soit mentionné en toutes lettres. À leur arrivée dans le sud de l'Angleterre, William commande à ses hommes de construire des fortifications et on les voit piller la campagne et brûler des maisons. On voit les normands faire cuire de la viande et l'évêque Odon est assis à table, ce qui rappelle énormément une illustration d'un manuscript de Canterbury representant la Cène du Christ.

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Le sujet principal de la tapisserie, la bataille de Hastings en octobre 1066 EC qui en couvre un tiers, a ainsi été traité. La cavalerie normande, portant des chaines de maille ou des armures rembourrées et brandissant des lances et de longues épées, occupe une place centrale. Les Anglo-Saxons, nombre d'entre eux portant de simples tuniques, brandissent des lances et des épées à un seul tranchant. Seul Harold au sein de l'armée saxonne est représenté à cheval. La stratégie saxonne est de créer des formations de fantassins proches les uns des autres pour se protéger mutuellement à l'aide de leurs boucliers alors que les Normands privilégient la cavalerie. Il y a de violents détails, des flèches et des lances qui volent au dessus des scènes de bataille, et l'on assiste aux morts tragiques de Harold et ses deux frères Gurth et Leofwine. Victorieuse, La cavalerie normande chasse ce qui reste des Saxons du champs de bataille.

Bayeux Tapestry: Detail from Battle of Hastings
Tapisserie de Bayeux : détail de la bataille d'Hastings
Unknown Artist (Public Domain)

Une fenêtre sur l'histoire médiévale

La tapisserie révèle de nombreux détails de la vie au Moyen-Âge, même si ceux-ci pourraient contenir une certaine liberté artistique. On y trouve des châteaux à motte, des grandes salles, des églises, des maisons, des navires, des banquets médiévaux, des chasses à courre et au faucon, un couronnement, tous types de tenues vestimentaires, des armures et des tas d'armes en tout genre et même l'apparition de la comète de Halley. L'art de la guerre médiéval est un sujet de la tapisserie qui saute aux yeux. Par exemple, les boucliers décrits dans la tapisserie indiquent que les armoiries ou des formes de reconnaissance individuelles n'étaient pas encore communément utilisées, bien que Guillaume et Harold eux auraient pu en avoir. La tapisserie montre deux types d'archers normands facilement distingués par les armures des uns et les sortes de guenilles des autres qui démontrerait qu'ils firent appel aussi bien à des archers professionnels qu'à des conscrits.

On peut y voir des aspect de la vie quotidienne tels qu'une armoire pleine de tuniques et de chausses pour les hommes de tous statuts et de longues robes pour les quelques femmes représentées. Les modes nationales y figurent aussi comme la préférence pour les coupes courtes et le rasage pour les Normands opposés aux cheveux longs et moustaches imposantes des Saxons. Des scènes agricoles montrent les labours, les semailles et les techniques pour effaroucher les oiseaux. Il y a même une des plus anciennes representations d'un cheval de trait équipé de harnais et de charrue.

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Malgré toutes ces fascinantes images, il y a des détails et omissions qui pourraient être inexacts tels que les archers armés de lances (menant certains commentateurs, sans preuve aucune, à suggérer que les Normands avaient des archers à cheval). On ne trouve aucune représentation d'albalétriers dans la tapisserie bien que l'on sache fort bien qu'ils étaient utilisés en France à l'époque – peut-être l'artiste ne savait-il pas comment les dessiner, tout simplement. Il y a des choses curieuses telles que les funérailles d'Edouard le Confesseur représentées avant même la mort du roi, comme si une erreur avait été commise dans la séquence des événements entre la réalisation du croquis et celle de la broderie. Un point fort discuté est celui de la mort de Harold. On voit le roi avec une flèche dans la tête ou dans l'œil mais on a aujourd'hui les preuves que ceci fut rajouté lors de restaurations au 19e siècle EC. Cependant, de petits trous dans le lin suggèrent bel et bien qu'il y avait quelque chose à cet endroit précis – peut-être une lance. Et puis, évidemment, même si une flèche était représentée originellement, on ne peut être sûr que les faits se soient réellement déroulés comme cela. Est-ce là le cas d'une tapisserie racontant l'Histoire ou bien narrant les légendes postérieures qui se sont développées autour de l'Histoire?

Finalement, il y a de nombreuses scènes qui défient des siècles d'interprétation et qui demeurent un mystère telles qu'un prêtre tondu qui semble caresser une femme du nom de Aelfgva, une figure de nain barbu qui pourrait s'appeler Turold, ou encore les petits bonshommes nus sur une portion en bordure, dont un brandit une hâche. Le plus grand mystère de tous, bien sûr, reste celui de la dernière scène manquante. Des théories avancent une possible scène de couronnement de Guillaume, fait roi d'Angleterre à l'abbaye de Westminster le jour de Noël 1066 EC, ce qui formerait un parfait équilibre avec les représentations du roi Edouard et de Harold assis sur leur trône respectif, le premier au tout début et le second au beau milieu de la tapisserie.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que toutes les civilisations peuvent nous offrir. Il est titulaire d'un master en philosophie politique et est le directeur d'édition de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2018, novembre 16). La tapisserie de Bayeux [Bayeux Tapestry]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16892/la-tapisserie-de-bayeux/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "La tapisserie de Bayeux." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le novembre 16, 2018. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16892/la-tapisserie-de-bayeux/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "La tapisserie de Bayeux." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 16 nov. 2018. Web. 24 sept. 2022.

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