Saichō

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
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Saicho (Dengyo Daishi) (by Unknown Artist, Public Domain)
Saichō (Dengyo Daishi) Unknown Artist (Public Domain)

Saichō, également connu sous le nom de Dengyo Daishi (767-822), était un moine et érudit qui fonda la secte bouddhiste Tendai au Japon. Basée sur les enseignements de la secte chinoise Tiantai, la version simplifiée et inclusive du bouddhisme de Saichō gagna en popularité, et son siège, le complexe du temple Enryakuji sur le mont Hiei, devint l'un des plus importants du Japon ainsi qu'un lieu d'apprentissage réputé.

Jeunesse

Saichō vit le jour en 767 à Furuchi-go, dans la province d'Omi. Il entra à l'Omi Kokubunji comme novice à l'âge de 11 ans et fut formé par l'évêque Gyohyo. En 785, il fut ordonné moine. Trois ans plus tard, déçu par la mondanité croissante du bouddhisme, Saichō décida de vivre en ermite ascétique sur les pentes du mont Hiei, près de Kyoto, une décision qui n'était pas rare chez les prêtres de l'époque. C'est là qu'en 788, il construisit le premier sanctuaire de ce qui allait devenir un immense complexe. Il commença à étudier tout ce qu'il pouvait sur toutes les variantes du bouddhisme et à attirer des disciples, dont deux de ses plus célèbres, Ensho et Gishin.

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La réputation de Saichō en tant qu'érudit grandit et, en 797, il fut nommé l'un des dix aumôniers de la cour, chargés de prier pour le bien-être de l'État et de l'empereur. En 798, Saichō commença ce qui allait devenir une importante série de conférences annuelles sur le mont Hiei. Le moine se rendit ensuite en Chine Tang en 804 dans le cadre d'une ambassade officielle envoyée par l'empereur Kammu (r. de 781 à 806). Là-bas, il étudia quatre branches du bouddhisme, dont le zen et le tiantai, qu'il connaissait déjà bien à cette époque. Il fut initié aux niveaux supérieurs de la foi, étudia les textes du mikkyo (bouddhisme ésotérique) et rapporta avec lui plus de 200 manuscrits et divers instruments utilisés dans les rituels ésotériques.

Saichō rapporta de Chine plus de 200 manuscrits et divers instruments destinés à être utilisés dans les rituels ésotériques.

Bouddhisme Tendai

Saichō chercha à simplifier les enseignements du bouddhisme et, à son retour, il fonda la secte Tendai (Tendaishu), basée sur la secte chinoise Tiantai et le Sûtra du Lotus (les derniers enseignements de Bouddha, également appelés Hokekyo). Saichō croyait que le moyen le plus efficace et le plus rapide d'atteindre l'illumination était le rituel ésotérique, c'est-à-dire les rites auxquels seuls les prêtres et les initiés avaient accès. En même temps, les enseignements du Sūtra du Lotus permettaient de nombreuses façons différentes d'atteindre l'illumination et même les femmes, dans des conditions exceptionnelles, pouvaient atteindre la bouddhéité. L'historien R. H. P. Mason résume les principes du bouddhisme Tendai comme suit:

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Premièrement, il y avait l'idéal bodhisattva de compassion et de service. Deuxièmement, il y avait une attitude bienveillante envers les autres formes de religion, y compris les autres formes de bouddhisme. Troisièmement, il y avait la croyance en le salut final de tous les êtres. Quatrièmement, il y avait l'idée que toute vie, et pas seulement la vie humaine, était fondamentalement la même, c'est-à-dire une idée d'unité sous-jacente de l'existence. (Mason, 102)

Appui impérial

Le Tendai n'était pas la seule branche du bouddhisme au Japon, et il devait rivaliser avec les monastères bien établis de l'ancienne capitale de Nara et avec de nouvelles sectes comme le bouddhisme Shingon, fondé par le moine Kukai (774-835), qui venait lui aussi de visiter la Chine. Néanmoins, la branche Tendai finit par obtenir l'appui royal de Kammu, et Saichō accomplit les premiers rites ésotériques au Japon pour recevoir un parrainage officiel en 805. Cette marque de faveur était due au fait que l'empereur souhaitait réduire l'influence politique des monastères établis et fournir un terrain d'entente entre les sectes existantes qui étaient hostiles les unes envers les autres. De son côté, Saichō souhaitait vivement que les adeptes du bouddhisme et les moines aident activement l'État et ne restent pas indifférents aux problèmes économiques de l'époque. Saichō croyait en un partenariat étroit entre l'État et l'Église et recommandait à ses élèves non seulement d'étudier et de mener une vie monastique, mais aussi d'aider à l'agriculture locale, aux projets de construction et à l'enseignement. Voici un extrait de ses règles pour les étudiants de Tendai:

Les étudiants... seront nommés à des postes correspondant à leurs résultats après 12 ans de formation et d'études. Ceux qui sont compétents tant dans l'action que dans la parole resteront définitivement dans la montagne en tant que chefs de l'ordre: ils sont le trésor de la nation. Ceux qui sont compétents dans la parole mais pas dans l'action seront les enseignants de la nation, et ceux qui sont compétents dans l'action mais pas dans la parole seront les fonctionnaires de la nation.

Les enseignants et les fonctionnaires... serviront également dans des entreprises qui profitent à la nation et au peuple, telles que la réparation des étangs et des canaux, la remise en état des terres incultes, la réparation des glissements de terrain, la construction de ponts et de navires, la plantation d'arbres... l'ensemencement de chanvre et d'herbes, et le creusement de puits et de fossés d'irrigation. Ils devront également étudier les sutras et cultiver leur esprit, mais ne devront pas se livrer à l'agriculture ou au commerce à titre privé.

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Deux intendants laïcs seront nommés pour superviser ce monastère Tendai à tour de rôle et pour empêcher l'entrée des voleurs, de l'alcool et des femmes. Ainsi, la loi bouddhiste sera respectée et la nation protégée. (Mason, 100)

Une secte indépendante

Le bouddhisme Tendai se distinguait de sa secte mère chinoise Tiantai en ce qu'il intégrait des rituels ésotériques et des initiations. Bien que toutes les sectes bouddhistes aient été valorisées, Saichō écrivit néanmoins en 813 son Ehyo Tendai shu, qui expliquait pourquoi le Tendai était supérieur à toutes les autres branches du bouddhisme. Saichō compila ensuite un nouvel ensemble de règles pour l'ordination des prêtres Tendai en 818, le TendaiHokke-shu nembun gakusho shiki ("Règlement pour les ordinands annuels de l'école Tendai Hokke"), rompant ainsi avec la forme établie du bouddhisme au Japon. D'autres propositions suivirent en 819, notamment la création de monastères réservés aux moines Tendai (jusqu'alors, les monastères accueillaient des moines de différentes branches du bouddhisme). L'establishment, sous la forme du Bureau des hiérarques, s'opposa à ces changements, ce qui conduisit Saichō à rédiger son célèbre Kenkairon ("Traité sur les préceptes"), qui énumérait 58 arguments en faveur de l'acceptation de ses propositions. Les hiérarques conservateurs et l'empereur Saga (r. de 809 à 823) ne cédèrent cependant pas, même si Saichō se vit attribuer le rang religieux le plus élevé, celui de dai hoshi.

Konponchudo, Enryakuji
Konponchudo, Enryakuji Tamago Moffle (CC BY-SA)

Mort et héritage

À sa mort en 822, Saichō, qui reçut le titre honorifique de Dengyo Daishi, fut également considéré comme un bodhisattva, c'est-à-dire une personne qui a atteint le nirvana mais qui reste sur terre pour guider les autres. Peu après son décès, le Tendai fut finalement et officiellement établi en tant que secte bouddhiste totalement indépendante par l'empereur, agissant indépendamment du Bureau des hiérarques. Le siège du bouddhisme Tendai, qui devint encore plus populaire après la mort de son fondateur, était le complexe du temple Enryakuji sur le mont Hiei. Comme le Tendai encourageait l'étude de tous les textes bouddhistes, le complexe, qui comptait jusqu'à 3 000 bâtiments et 25 000 résidents à son apogée, devint le principal centre d'apprentissage au Japon. Le Tendai, peut-être inévitablement compte tenu de son large éventail de croyances éclectiques, allait, au fil des siècles, donner naissance à d'autres branches bouddhistes importantes, telles que celles des sectes de la Terre pure (Jodo) et Nichiren.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur, à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que partagent toutes les civilisations. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

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Style APA

Cartwright, M. (2026, février 01). Saichō. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16008/saicho/

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Cartwright, Mark. "Saichō." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, février 01, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16008/saicho/.

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Cartwright, Mark. "Saichō." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 01 févr. 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16008/saicho/.

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