Sanctuaire d'Itsukushima

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Hortense Oudot
publié le 04 juin 2019
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Disponible dans ces autres langues: anglais
Itsukushima Shrine (by C.K. Tse, CC BY-SA)
Sanctuaire d'Itsukushima
C.K. Tse (CC BY-SA)

Le sanctuaire d’Itsukushima est un sanctuaire shinto situé dans la ville de Hatsukaichi sur l’île d’Itsuku, aussi appelée Miyajima, dans la préfecture de Hiroshima, au Japon. Fondé à l’origine au 6e siècle ap. JC, le sanctuaire existe dans sa disposition actuelle depuis le XIIe siècle. Avec sa porte torii emblématique, ses bâtiments sur pilotis surplombant la mer et sa pagode à cinq étages, c’est l’un des sanctuaires anciens les plus facilement reconnaissables du Japon. Le sanctuaire d’Itsukushima est officiellement désigné comme un trésor national du Japon, et le site est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1996.

Fondation & Taira no Kiyomori

Le sanctuaire d’Itsukushima prend place dans un décor de carte postale, sur la côte de l’île de Miyajima (aussi appelée Itsukushima), d'où l'autre nom du sanctuaire : Aki no Miyajima. Cette île se situe dans la baie de Hiroshima, donnant sur la mer Intérieure dans la préfecture de Hiroshima, dans le sud du Japon. Ce sont probablement des pêcheurs locaux qui ont d'abord construit un simple sanctuaire shinto dans ce lieu considéré comme sacré depuis l'antiquité. Ensuite, un complexe plus sophistiqué aurait été érigé sur l’île en 593 (date officielle, bien que 811 serait plus probable) par un certain Saeki Kuramoto. Il était dédié à l’origine aux trois filles de Susanoo, le dieu shinto des tempêtes : Ichikishimahime no mikoto, Tagorihime no mikoto, et Tagitsuhime no mikoto.

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ITSUKUSHIMA SIGNIFIE «ÎLE DÉDIÉE AUX DIEUX».

Au cours de l'époque de Kamakura (1185-1333), le sanctuaire devint également un lieu où l’on honorait Benzaiten (aussi appelé Benten), l’une des Sept Divinités du Bonheur (Shichifukujin) dans le folklore japonais. Benzaiten, déesse d’origine bouddhiste et hindoue, est associée à l’amour, la fertilité, la raison, la littérature, la musique et, bien sûr, la chance. À Itsukushima, on la sollicitait particulièrement pour la protection des marins et pour le succès général des affaires.

Le fait d'honorer toutes ces divinités au même endroit a donné au lieu son nom : Itsukushima, dérivé de kami o itsuki matsuru shima, soit «île dédiée aux dieux». Afin de préserver la pureté spirituelle de l’île, aucune naissance, aucun décès ni aucune inhumation n’y étaient autorisés. Cette règle perdure encore aujourd'hui, du moins en théorie.

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Torri, Itsukushima Shrine
Torii, sanctuaire d'Itsukushima
Oriolus (CC BY-NC-ND)

Le complexe du sanctuaire est composé de 56 structures en bois, toutes construites sur pilotis, leur permettant de se dresser au-dessus de l’eau. La plupart des bâtiments sont reliés entre eux par des passerelles et des couloirs. Cette structure inhabituelle au-dessus de l’eau date de 1168 et est attribuée à Taira no Kiyomori (1118-1181), un chef de guerre qui considérait qu'il devait ses victoires sur le champ de bataille au soutien d'esprits bienveillants ou de kami présents sur l’île de Miyajima. Ce général et ancien conseiller impérial avait déjà fait don au site du Heike-nôkyô (voir ci-dessous), un célèbre ensemble de 33 rouleaux de sûtras, des textes sacrés bouddhistes illustrés, avant de se lancer dans son projet de reconstruction. Itsukushima devint alors le sanctuaire principal du puissant clan Taira.

LE GRAND TORII D’ITSUKUSHIMA MESURE PRÈS DE 16 MÈTRES DE HAUT ET PÈSE ENVIRON 60 TONNES.

Plusieurs théories tentent d’expliquer pourquoi Kiyomori a décidé de construire son sanctuaire sur des pilotis. La première d’entre elles est que cela empêcherait les fidèles de mettre pied à terre et ainsi de souiller l’île par leur présence. Selon une deuxième théorie, le complexe est censé évoquer la croyance bouddhiste en la Terre pure, une croyance particulièrement populaire au XIIe siècle et selon laquelle les morts traversaient une étendue d’eau avant de rejoindre leur vie dans l'au-delà. Une troisième théorie avance que Kiyomori souhaitait reproduire le célèbre palais flottant du roi dragon de la mythologie japonaise. Quelle que soit la raison précise de cette architecture, le chef de guerre n'a pas lésiné sur les moyens pour en faire l'un des sanctuaires les plus somptueux du Japon, qu'il prenait plaisir à montrer aux visiteurs privilégiés.

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Structures importantes

Aujourd’hui, les visiteurs peuvent admirer dès leur arrivée sur l’île une des architectures shinto les plus célèbres et les plus photographiées du Japon : le grand torii rouge, installé dans la mer à 160 mètres de la côte. Cette grande porte symbolise la frontière de l’espace sacré du complexe. Fabriquée à partir de bois de camphre issu d'arbres centenaires afin de résister aux effets néfastes de l'eau de mer, la porte fut érigée en 1168. La version que l’on peut voir aujourd'hui date de 1875, et il est possible de l'atteindre à pied à marée basse. Elle mesure environ 16 mètres de haut et pèse environ 60 tonnes, sans compter les pièces de monnaie que beaucoup de visiteurs ont insérées dans les fissures du bois pour s’attirer la bonne fortune.

Five-storey Pagoda, Itsukushima Shrine
Pagode à cinq étages, sanctuaire d'Itsukushima
xiquinhosilva (CC BY)

L'architecture du sanctuaire est un mélange des styles bouddhiste et Shinto. Les bâtiments, tous orientés dans l'axe du torii devant et du mont sacré Misen derrière, sont largement inspirés du shinden-zukuri, le style architectural des palais de l'époque de Heian (794-1185), avec beaucoup de longues passerelles en bois reliant entre elles des pièces spacieuses avec une vue dégagée sur la mer. Certaines de ces passerelles ont des ouvertures afin de laisser passer la mer lorsqu’elle monte. Les colonnes rouges témoignent également de l’influence de l’architecture shinto. L'architecture de style impérial se caractérise quant à elle par des toits en bardeaux faits d'écorce de cyprès au lieu de tuiles vernissées.

L’ensemble est dominé par une pagode bouddhiste à cinq étages. Construite en 1407, elle fut dédiée à Yakushi, le Bouddha de la médecine. Le bâtiment le plus imposant est le pavillon Senjokaku, construit au 16e siècle par le célèbre général et homme d’État Toyotomi Hideyoshi (1537-1598). Le nom du bâtiment en japonais signifie «Pavillon de 1 000 tatamis» (la surface au sol se mesurant traditionnellement en tatamis au Japon), bien qu’en réalité sa taille soit plus proche de 857 tatamis, un tatami mesurant environ 1,6 mètre carré. Construit à l'origine pour les congrégations de moines venant y psalmodier des sûtras bouddhistes, le pavillon est aujourd'hui utilisé comme un sanctuaire en l’honneur de son fondateur. Les 15 autres bâtiments du site abritent des sanctuaires de différentes tailles, ainsi que trois estrades destinées à accueillir des cérémonies, des danses, mais aussi du théâtre nô, sur la seule scène du Japon à se trouver ainsi au-dessus de l’eau. On trouve parmi d'autres structures intéressantes une deuxième pagode plus petite, le pont Soribashi et la grande lanterne Hitsaki.

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Panorama, Itsukushima Shrine
Panorama, sanctuaire d'Itsukushima
Chris Lewis (CC BY-NC-SA)

Le Heike Nôkyô

Comme mentionné précédemment, Taira no Kiyomori a fait don d'une célèbre collection de sûtras bouddhistes au sanctuaire, bien qu’elle soit aujourd'hui conservée au musée d'art Onshi de Kyoto. Le titre officiel des sûtras est le Heike Nôkyô ou « Sûtras offerts par la famille des Heike » (un autre nom du clan Taira). Il s'agit de 33 rouleaux de papier enluminés et calligraphiés à la main (makimono). Chacun d’entre eux fut créé par un membre différent du clan Heike, dont un par Kiyomori lui-même qui y ajouta également un rouleau de prières séparé. C'est le plus élaboré de tous les sûtras du Lotus qui subsistent de l’époque médiévale, parmi lesquels on compte pourtant le sûtra d’Amida et le sûtra du Cœur. Les pages présentent un large éventail de couleurs et de nombreux ornements en or, argent et nacre. On y trouve une profusion d'images : des illustrations des thèmes religieux évoqués dans les textes, mais aussi des scènes de la vie aristocratique dans le Japon médiéval. Le boîtier abritant chaque rouleau est également impressionnant, fait de cuivre et orné de reliefs de dragons et de nuages dorés et argentés.

Histoire récente

En 1868, les bâtiments des sanctuaires et des temples ont été séparés en fonction de leur appartenance shinto ou bouddhiste, suivant une politique appliquée à de nombreux sites japonais pendant la restauration de Meiji. Malheureusement, ce remaniement a non seulement entraîné le déplacement du culte des Benzaiten vers le temple Daiganji voisin, mais aussi la destruction de certains des plus petits bâtiments d'Itsukushima, bien que la pagode et la salle principale soient restées intactes. Fidèlement restauré au fil des siècles, mais conservant toujours son style architectural original du XIIe siècle, le site compte pas moins de six bâtiments officiellement classés trésors nationaux du Japon, et onze répertoriés comme biens culturels importants.

Pour les visiteurs qui voient le site à marée basse et souhaiteraient également le voir à marée haute ou vice versa, il est aujourd'hui possible de passer la nuit au sanctuaire et de profiter ainsi des deux panoramas. On peut également admirer l’île depuis le sommet du mont Misen, haut de 534 mètres et accessible par un sentier ou en empruntant un téléphérique. Une bonne période pour visiter Itsukushima est vers la fin du mois de juillet, avec la tenue du festival Kangensai et ses bateaux illuminés de lanternes. Enfin, le site est aussi connu pour ses cerfs qui se promènent librement autour des bâtiments. Ils sont accueillis et protégés car on pense que ces animaux représentent les esprits messagers shinto et rappellent le premier sermon de Bouddha dans un parc aux cerfs, associant ainsi les deux religions, à l’image du sanctuaire d'Itsukushima lui-même.

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This content was made possible with generous support from the Great Britain Sasakawa Foundation.

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Traducteur

Hortense Oudot
Traductrice de l'anglais vers le français, Hortense est passionnée par les langues et les cultures étrangères. Plus qu'un métier, la traduction est pour elle un moyen d'acquérir de nouvelles connaissances et de les transmettre à son tour.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que toutes les civilisations peuvent nous offrir. Il est titulaire d'un master en philosophie politique et est le directeur d'édition de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2019, juin 04). Sanctuaire d'Itsukushima [Itsukushima Shrine]. (H. Oudot, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-17316/sanctuaire-ditsukushima/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Sanctuaire d'Itsukushima." Traduit par Hortense Oudot. World History Encyclopedia. modifié le juin 04, 2019. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-17316/sanctuaire-ditsukushima/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Sanctuaire d'Itsukushima." Traduit par Hortense Oudot. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 04 juin 2019. Web. 04 oct. 2022.

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