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title: Analyse critique des sources de la parabole du "Grain de sénevé"
author: Jenni Irving
translator: Sophie Narayan
source: https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-458/analyse-critique-des-sources-de-la-parabole-du-gra/
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license: Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike (https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/)
updated: 2026-05-24
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# Analyse critique des sources de la parabole du "Grain de sénevé"

_Rédigé par [Jenni Irving](https://www.worldhistory.org/user/jenni.irving/)_
_Traduit par [Sophie Narayan](https://www.worldhistory.org/user/sophienarayan)_

Cet article propose une analyse critique des sources de la parabole du [](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1290/fantomes-nordiques-et-au-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-148/textes-des-pyramides-guide-de-lau-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-119/les-chaouabtis-la-main-doeuvre-de-lau-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1942/communautes-diasporiques-en-mediterranee-et-au-del/)"Grain de sénevé" telle qu'elle apparaît en Marc 4: 30-32, Luc 13: 18-19, Matthieu 13: 31b-32, ainsi que dans l’Évangile selon Thomas 20: 1-2. À première vue, on constate que les trois textes synoptiques s’accordent sur l’essentiel de la parabole, mais qu'ils n'en sont pas pour autant identiques. Les trois textes comparent le royaume de [Dieu](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-10299/dieu/) à un grain de sénevé, c'est-à-dire à quelque chose de très petit qui possède en lui le germe de quelque chose de bien plus grand.

En substance, les trois évangiles synoptiques proposent la même parabole et comparent le royaume des Cieux à un "Grain de sénevé" (ou de moutarde). Une fois semée, cette graine minuscule donne naissance à une plante si grande que les "oiseaux du ciel" peuvent y faire leur nid. Certains détails diffèrent d’une version à l’autre, et même lorsque les textes se font écho, on observe également des variations dans le choix de la terminologie grecque. Matthieu, Marc et Thomas affirment que la graine de moutarde est "la plus petite de toutes les graines", avec cependant de légères différences dans la phraséologie grecque. Or cette affirmation n’apparaît pas dans la version plus succincte de la parabole proposée par Luc.

Il existe également d'importantes différences entre les versions des synoptiques et du texte de Thomas, ainsi qu'au sein même des versions des évangiles synoptiques. Le récit de Marc est clairement le plus long en grec, tandis que ceux de Luc et de Thomas sont les plus courts. Par ailleurs, l'introduction du récit de Luc est plus longue que celle de Matthieu. La forme des récits diffère aussi selon leurs introductions. Luc et Marc commencent tous deux leur récit par deux questions rhétoriques. Si Matthieu ne suit pas cet exemple, il fait toutefois débuter la parabole, comme eux, par une parole de Jésus, contrairement à Thomas qui introduit sa parabole par une requête des disciples faite à Jésus: "Dis-nous à quoi ressemble le Royaume des Cieux."

C'est au niveau des détails des quatre versions que se situent les plus grandes différences. La croissance de la graine de moutarde ainsi que l'aspect de la plante sont décrits de manière distincte dans chacune d'elles. Marc choisit de décrire la plante de moutarde comme un grand arbuste, ce qui correspond le mieux à la réalité. Luc et Matthieu choisissent de la comparer à un arbre, mais Matthieu la qualifie également du "plus grand de tous les arbustes", ce qui correspond à la formulation de Marc. Thomas crée une image plus générale, la décrivant comme une "grande plante". La description de Thomas comporte également une part de réalisme, puisqu’elle évoque les oiseaux qui trouvent refuge sous la plante, ce qui est souvent le cas avec un plant de moutarde. Ainsi, sur ce point mais pas seulement, le récit de Thomas est celui qui se rapproche le plus de la version de Marc.

Si toutes les versions font allusion aux oiseaux du ciel qui tirent parti de cette plante, la manière dont cela se produit diffère d'un récit à l'autre. Matthieu et Luc, pour qui la graine devient un arbre, rapportent que les oiseaux viennent faire leur nid dans ses branches. Thomas et Marc mettent plutôt l'accent sur l'abri que cet "arbuste" offre aux oiseaux, bien que Marc utilise le terme de "branches" pour décrire la croissance de l'arbuste.

C'est une fois de plus Marc qui se rapproche le plus de Thomas en ce qui concerne la manière dont la graine de moutarde est semée. Marc ne s'attarde guère sur l'ensemencement à proprement parler et ne parle de la graine que "lorsqu'elle est semée en terre", ce qui correspond tout à fait à la phrase de Thomas, qui écrit: "lorsqu'elle tombe sur une terre labourée". Luc et Matthieu mettent davantage l'accent sur l'action de semer puisqu'ils y ajoutent un élément humain qui pourrait enclencher le processus de croissance de l'arbre. Matthieu met en scène un homme qui prit une graine et la sema dans son champ. Chez Luc on retrouve un homme qui sema une graine dans son jardin. Marc met davantage l’accent sur la graine elle-même et ses caractéristiques, comme en témoigne l'abondance chez lui d’adjectifs et de superlatifs. On observe ici un parallèle entre Matthieu et Luc qui ne trouve d’équivalent ni chez Thomas ni chez Marc. Cela laisse supposer que Luc et Matthieu ont eu recours à une autre source.

Il est intéressant de noter que Marc et Luc ont tous deux des détails en commun avec Matthieu, mais pas entre eux. Par exemple, le contraste entre la graine et l’arbuste, mis en avant chez Marc et Matthieu, n’apparaît pas chez Luc. La croissance de l’arbre est mentionnée chez Matthieu et Luc, mais pas chez Marc. Luc se distingue également des autres versions car il présente la parabole dans un contexte narratif. Cela apparaît clairement à travers l’utilisation du passé, alors que Marc, Matthieu et Thomas emploient le présent.

Compte tenu des ressemblances et des différences qui apparaissent dans les quatre versions de la parabole du grain de sénevé, une explication s'impose. Il semble que cette parabole illustre l'hypothèse des deux sources, selon laquelle l'Évangile de Marc et la source Q auraient été utilisés, en plus de sources propres à Luc et Matthieu. Matthieu et Luc ont tous deux des parallèles avec Marc, mais leurs récits présentent également des similitudes qui laissent supposer l'accès à au moins une source distincte. Thomas montre une fidélité au récit de Marc et ne semble pas avoir eu accès à la source Q en ce qui concerne la parabole du grain de sénevé. Luc présente une version de la parabole presque entièrement tirée de Q, tandis que Matthieu tente de fusionner les versions de Marc et de Q.

Matthieu témoigne ici de l'antériorité de Marc, même s'il transforme la parabole botanique de Marc en lui donnant une forme narrative. L'antériorité de Marc dans l'ensemble de son évangile est attestée par le fait qu'il n'en omet que cinquante-cinq versets. On note également un usage important de la source Q, mis en évidence dans le recours à la narration. Il y a donc une fusion, chez Matthieu, des sources et des styles de Marc et de la source Q. Matthieu présente un récit incomplet, car il conserve le récit de l’homme semant la graine, récit attribué à la source Q, mais termine par une déclaration générale, telle qu’on la retrouve en Marc. Luc est indépendant à cet égard, car il ne conclut pas par une déclaration générale sur l’usage des paraboles par Jésus.

Le caractère juif du texte de Matthieu transparaît tout au long de son évangile, car Matthieu ne juge pas nécessaire d'expliquer les coutumes juives. L'Évangile de Matthieu se présente comme un outil pédagogique, un manuel. Il est intéressant de noter que, bien qu'il ait ses propres intentions, Matthieu conserve un ajout présent dans Marc, ajout destiné à expliquer la signification de la graine à un public non juif, "la plus petite de toutes les graines".

Si Luc s'inspire de Marc et de la source Q, il semble reproduire une version plus fidèle à la source Q. La parabole du grain de moutarde se trouve dans une partie de l'Évangile de Luc qui est spécifiquement tirée de Q (9,51-18,14). Thomas, en revanche, reprend presque intégralement la source marcienne. L'introduction de Luc reflète son souhait de présenter un récit ordonné à l'intention de lecteurs ayant déjà une certaine connaissance de la foi chrétienne. Il s'efforce de raconter l'histoire de Jésus comme un récit historique. Luc apporte également un nombre considérable d'informations supplémentaires provenant de sources inconnues.

L'utilisation de la source Q est évidente dans la mention de l'homme chez Matthieu et Luc, qui n'apparaît pas chez Marc. La source Q mentionne άνθρωπος au début de la parabole, avant de ne plus faire référence à ce terme et de recentrer l'attention directement sur la graine de moutarde. En fait, à ce [stade](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-10298/stade/) du texte dans Matthieu et Luc, les deux semblent tirer leur récit grec directement de Q, ce qui expliquerait l'utilisation de la même terminologie grecque, ...κόκκω σινάπεως, όν λαβών άνθρωπος... (Matthieu 13:31 ; Luc 13:19).

Le recours à une source distincte chez Matthieu et Luc est également manifeste dans les parallèles concernant l'arbre (δένδρον) et κατασκηνοῦ εν τοῖς κλάδοις αυτοῦ (Matthieu 13: 32) /κατεσκήνωσεν εν τοῖς κλάδοις αυτοῦ (Luc 13: 19). Le choix des termes « arbuste » ou « arbre » est en lien direct avec les sources choisies par les auteurs des Évangiles. La version de Marc indique clairement que la graine est devenue un arbuste, ce que l'on retrouve directement dans l'Évangile de Thomas. Ceci illustre l'utilisation du texte de Marc par Thomas. La choix de Luc d'utiliser le mot « arbre » confirme en revanche l'hypothèse selon laquelle il se serait inspiré d'une version de la parabole issue de la source Q. Ce point illustre le recoupement entre Marc et Q, car Matthieu présente un mélange des formes marciennes et de la source Q, étendant l'idée de l'arbuste à celle de l'arbre ; ce qui est une caractéristique propre à Matthieu. L'ajout de l'arbre que l'on trouve chez Matthieu et Luc fait allusion aux racines de l'[Ancien Testament](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16435/ancien-testament/). L'arbre de Daniel 4,10-4,27 fait de la même manière référence à un royaume. Les allusions à l'Ancien Testament chez Marc sont assez rares, ce qui laisse supposer qu'il s'adressait à un public romain.

Il est difficile de déterminer avec certitude les sources auxquelles Marc a eu recours pour rédiger son Évangile, et encore moins pour la parabole du grain de sénevé. Les spécialistes de la critique des formes ont émis l'hypothèse de l'existence de cycles de traditions relativement restreints, des traditions orales antérieures à la rédaction de l'Évangile. Certaines théories avancent également l'idée que l'Évangile selon Marc aurait pris forme à partir de la prédication.

L'emploi de différents temps grammaticaux témoigne de l'existence de sources distinctes ainsi que des motivations différentes des auteurs. L'utilisation de la forme narrative chez Luc permet de supposer que la source Q était rédigée au passé, tandis que Marc s'exprime au présent. Le comparaison présente dans l'expression « la plus petite de toutes les graines sur terre » plaide également en faveur de l'utilisation de Q par Matthieu et Luc. Marc énonce explicitement cette comparaison, tandis que Q la laisse implicite. Cela expliquerait pourquoi cette expression n'apparaît pas dans la version de Luc. Luc se considérait comme un écrivain historique, ce qui pourrait expliquer pourquoi il n'avait pas besoin de cette explication; il écrivait pour des lecteurs ayant déjà certaines connaissances, ce qui lui permettait de rendre ses versions plus courtes et plus percutantes.

L'Évangile selon Thomas semble s'inspirer de Marc, car il présente de nombreuses caractéristiques propres à ce dernier. Il ne semble pas avoir subi l'influence de la source Q, contrairement à Luc ou Matthieu, bien qu'il ait pu s'appuyer sur une source indépendante et que son choix de mots diffère parfois. Par exemple, l'expression les "oiseaux de l'air" devient "oiseaux du ciel" et "le plus grand de tous les arbustes" devient "une grande plante". Cela pourrait toutefois refléter davantage le choix du public et du style d'écriture de Thomas que celui de ses sources. À l'instar de Marc, Thomas se livre à une description plus réaliste de la plante et de la manière dont les oiseaux s'abritent sous elle. L'omission du cultivateur témoigne de l'absence de la source Q.

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Irving, J. (2026, May 24). Analyse critique des sources de la parabole du "Grain de sénevé". (S. Narayan, Traducteur). *World History Encyclopedia*. <https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-458/analyse-critique-des-sources-de-la-parabole-du-gra/>
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Irving, Jenni. "Analyse critique des sources de la parabole du "Grain de sénevé"." Traduit par Sophie Narayan. *World History Encyclopedia*, May 24, 2026. <https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-458/analyse-critique-des-sources-de-la-parabole-du-gra/>.
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Soumis par [Sophie Narayan](https://www.worldhistory.org/user/sophienarayan/ "User Page: Sophie Narayan"), publié le 24 May 2026. Veuillez consulter la ou les sources originales pour obtenir des informations sur les droits d'auteur. A noter que les contenus liés à cette page peuvent avoir des des termes de licence différents.

