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title: Intégration de l'Église et de l'État dans l'Empire romain
author: Rebecca Denova
translator: Babeth Étiève-Cartwright
source: https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2966/integration-de-leglise-et-de-letat-dans-lempire-ro/
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updated: 2026-08-23
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# Intégration de l'Église et de l'État dans l'Empire romain

_Rédigé par [Rebecca Denova](https://www.worldhistory.org/user/rdenova/)_
traduit par [Babeth Étiève-Cartwright](https://www.worldhistory.org/user/bab.cartwright)_

Dans le monde antique,[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1290/fantomes-nordiques-et-au-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-148/textes-des-pyramides-guide-de-lau-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-119/les-chaouabtis-la-main-doeuvre-de-lau-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1942/communautes-diasporiques-en-mediterranee-et-au-del/) la "religion" et la société ne formaient pas deux entités distinctes. Divers dieux imposaient des alliances, des "codes de lois" et des conventions sociales. Ces codes de lois relevaient le plus souvent de la responsabilité du roi, ce qui lui conférait le pouvoir de sanctionner toute infraction. Ce concept se justifiait par le fait que les dieux ou [Dieu](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-10299/dieu/) conféraient au souverain une part de "divinité", dans le cadre d’une société et d’un ordre politique unifiés où le gouvernement laïc protégeait chaque communauté et fournissait des repères moraux pour la vie quotidienne. Il s’agissait d’une autorité symbiotique, fondée sur la conviction que les chefs spirituels et temporels se complétaient mutuellement. L’uniformité culturelle et les frontières nationales étaient transcendées sous une couverture spirituelle commune. Dans de nombreuses cultures anciennes, le roi exerçait simultanément la fonction de "grand prêtre".

[ ![St. Ambrose](https://www.worldhistory.org/img/r/p/500x600/5335.jpg?v=1786440826-1786440826) Saint Ambroise Fr Lawrence Lew, O.P. (CC BY-NC-SA) ](https://www.worldhistory.org/image/5335/st-ambrose/ "St. Ambrose")La tradition chrétienne a toujours affirmé que Jésus de Nazareth enseignait de nouveaux concepts de comportement, en opposition à la culture dominante de l’Empire romain. Cela s’exprime toujours à travers le procédé littéraire de la polémique, des stéréotypes partagés sur ce qui n’allait pas dans les relations humaines tant dans le judaïsme que dans l’Empire romain. Les évangiles affirment que Jésus a introduit un nouveau concept de "communion à table". Cela concernait les relations sociales en tant que nouvelle manière de traiter ses voisins et les autres. La "table du dîner" était également le lieu où se négociaient les affaires et les transactions commerciales. Selon la tradition chrétienne, Jésus aurait instauré de nouvelles règles qui s’opposaient aux règles économiques régissant le commerce et le secteur bancaire.

Le livre du Lévitique décrivait à la fois les rituels de pureté et d’impureté ainsi que les règles applicables aux Juifs. L’"impureté" était considérée comme une "contagion". Mais ces règles ne s’appliquaient qu’aux Juifs, et non aux païens. L’"impureté" se rapportait à des rituels et à des modes de vie que Dieu avait initialement interdits. De manière polémique, [les Évangiles](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19436/les-evangiles/) affirmaient que les [pharisiens](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-20491/pharisiens/) et les [sadducéens](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-20492/sadduceens/) du [Temple](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-196/temple/) avaient des "règles strictes", refusant égoïstement le "salut" aux non-Juifs. Mais la "rigueur" concerne l’application de ces règles. Nous disposons de peu d’informations sur la manière dont ces règles étaient mises en œuvre dans les synagogues de l’Empire romain. Les Juifs du Temple n’avaient aucune autorité civile ou religieuse au-delà de [Jérusalem](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-194/jerusalem/). Les sacrifices romains reposaient sur des "contrats" de bénéfices réciproques, *do ut des*, ce qui se traduit par "je donne afin que tu donnes" ou "pour que j’en tire des avantages". Ainsi, l’affirmation chrétienne selon laquelle les Juifs et les païens ne se souciaient que de "la lettre de la Loi" était considérée comme légaliste et dépourvue d’illumination spirituelle.

Au IIe siècle, un évêque gnostique, Marcion, affirmait qu’il existait deux "dieux suprêmes": le Dieu d’Israël et le Dieu des chrétiens. Le Dieu d’Israël était seul responsable du "châtiment des péchés", tandis que le Dieu des chrétiens, par l’intermédiaire de Jésus, avait instauré le "pardon des péchés". Si vous avez entendu dire ou lu que le Dieu d’Israël était un "dieu de colère", tandis que le Dieu du [christianisme](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-665/christianisme/) était un "dieu d’amour", c’est là que réside l’origine de cette idée.

[ ![Christ Driving the Money-changers from the Temple](https://www.worldhistory.org/img/r/p/500x600/14740.jpg?v=1782167609) Le Christ chassant les changeurs du Temple Theodoor Rombouts (Public Domain) ](https://www.worldhistory.org/image/14740/christ-driving-the-money-changers-from-the-temple/ "Christ Driving the Money-changers from the Temple")La culture dominante était décrite comme le terme générique désignant le "paganisme", c’est-à-dire les croyances et les concepts de centaines de cultes indigènes ethniques différents. On partait du principe que Jésus, puis le christianisme, avaient introduit des valeurs morales et familiales qui faisaient défaut au paganisme. C’était manifestement faux. Les religions antiques et les cultes indigènes enseignaient tous des valeurs morales et familiales, notamment en ce qui concerne les rôles attribués à chaque sexe. Les rois, puis les empereurs, donnaient le ton en matière de moralité et de valeurs familiales. Ce qui est bien sûr ironique, car la moralité était imposée par la force.

On retrouvait des valeurs morales et familiales dans les enseignements des écoles philosophiques, que les chrétiens ont également adoptés. Hollywood perpétue l’image d’une immoralité sexuelle flagrante et d’une violence exacerbée dans ses péplums. Certains épicuriens de Rome se goinfraient de mets et de boissons exotiques, ainsi s'abandonnaient à l'ivresse qui conduisait souvent à l’adultère. Le mot grec *orgia* (ὄργια), qui désignait à l’origine des rituels religieux, a donné naissance au terme "orgies".

L’évêque Ambroise de Milan (339-397, également connu sous le nom de saint Ambroise) était un magistrat romain dans les régions situées au nord de Rome. Réputé pour ses talents de négociateur dans divers domaines juridiques, il fut, de manière surprenante, élu évêque de Milan et se convertit au christianisme. Ambroise commença à construire sa propre cathédrale à Milan. À cette époque, l’Empire romain était encore en proie aux problèmes de la "controverse arienne", qui aboutit au concept de "la [Trinité](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19735/trinite/)" à Nicée en 325. Arius, un prêtre de l’Église d’Alexandrie, en Égypte, avait enseigné que "le Fils" était subordonné au "Père" et avait été créé au moment de la genèse de l’univers. La Trinité était un concept désignant les trois aspects ou natures d’une seule divinité, classés par ordre décroissant de divinité et d’autorité.

[ ![Constantine's Vision](https://www.worldhistory.org/img/r/p/750x750/13988.jpeg?v=1711109166) La vision de Constantin Bibliothèque Nationale de France (Public Domain) ](https://www.worldhistory.org/image/13988/constantines-vision/ "Constantine's Vision")L’empereur [Constantin Ier](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-699/constantin-ier/) s’était converti au christianisme en 306 et avait fait du christianisme une religion légale par l’"édit de Milan" en 313. Mais les chrétiens étaient aux prises avec des "schismes" liés au problème suivant: lors de la dernière persécution romaine sous l’empereur [Dioclétien](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-697/diocletien/), certains évêques avaient échappé à la mort en offrant des sacrifices aux dieux traditionnels. S’adressant à l’empereur désormais chrétien, ils demandèrent à Constantin de statuer sur le sort à réserver aux schismatiques. C’est à ce moment-là que Constantin fut élevé au rang de "chef de l’Église", en plus de celui de chef d'État.

Lors du concile de Nicée, Constantin établit "le credo", c’est-à-dire ce que tous les chrétiens devaient croire et pratiquer. Quiconque s’écartait de ce *credo* ou s’y opposait était considéré comme un hérétique. L’hérésie signifiait que l’on ne souhaitait pas la prospérité de l’empire; elle équivalait à une trahison, qui était toujours passible de la peine de mort. Après Constantin, davantage de chrétiens, qualifiés d’"hérétiques", périrent dans l’arène que pendant la persécution romaine.

L’empereur Théodose Ier (347-395) était connu pour son orthodoxie conservatrice. Cependant, sa mère était restée "arienne" dans sa conception de la divinité au sein de la Trinité. Les adeptes de l’arianisme avaient insisté pour qu’Ambroise construise une cathédrale pour leur groupe, mais Ambroise avait systématiquement refusé. Il dut expliquer sa décision à l’empereur à plusieurs reprises.

[ ![Theodosius I Solidus](https://www.worldhistory.org/img/r/p/750x750/8280.jpg?v=1599507905) Solidus représentant Théodose Ier CNG (GNU FDL) ](https://www.worldhistory.org/image/8280/theodosius-i-solidus/ "Theodosius I Solidus")Deux autres événements importants se produisirent sous le règne de Théodose Ier. Tout d’abord, en 388, une foule de moines zélés en quête de justice incendia une synagogue dans la ville de Callinicum, en Syrie. Théodose ordonna aux moines de verser une indemnité financière aux Juifs pour les dommages causés. Ambroise le fustigea pour cela; s’il mettait cette décision à exécution, les gens "le prendraient pour un Juif". Théodose renonça alors à l’indemnisation, mais ordonna que les ruines soient conservées en signe de la fin du judaïsme.

Le deuxième événement fut une course de chars à [Thessalonique](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-14719/thessalonique/) en 390. Le vainqueur de cette course était un païen, mais un magistrat romain le dénonça en raison de rumeurs faisant état d’une sexualité immorale. Il fut condamné et exécuté. Une foule en colère réagit et mit le magistrat en pièces. Théodose fit intervenir les légions, ce qui entraîna le massacre de 7 000 citoyens. Ambroise fut consterné par ces événements; il accusa Théodose d’avoir laissé la foule prendre le dessus et estima que la réaction avait été trop extrême. Après tout, le conducteur n’était qu’un païen. L’évêque Ambroise prit la décision sans précédent d’excommunier l’empereur pour ces actes. L’excommunication signifiait que l’empereur ne pouvait plus participer à l’Eucharistie ni aux autres sacrements. En tant que chef de l’Église, cela affectait tous les chrétiens.

Dans un traité intitulé *De officiis Ministrorum* (377–391), Ambroise commença par une exégèse de la Genèse. L’"État" fut créé au commencement du monde dans l’Éden et était donc d’origine divine. Adam et Ève, par leur relation et les rôles qu'ils ont ensuite endossés, ont établi le modèle du rôle des dirigeants humains sur Terre. Ambroise définit le rôle des empereurs et des magistrats, ces "fils obéissants de l’Église". En matière de questions théologiques (dogmes), les empereurs et les magistrats ne pouvaient se prononcer sur des questions de foi et de conduite morale en se fondant sur leurs opinions personnelles. C’était là la tâche des évêques au sein de l’Église. Un empereur était tout simplement un chrétien de haut rang et son devoir principal était d’appliquer les sanctions prévues pour ce qui était considéré comme une déviation, ou une hérésie, et de punir les pécheurs selon les directives des évêques. À ce titre, l’empereur est "dans l’Église mais pas au-dessus de l’Église". Au fil des siècles, d’autres conciles et traités vinrent s’ajouter à la liste. Ambroise et Théodose finirent par se réconcilier lorsque Théodose accomplit une pénitence publique.

#### Editorial Review

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## Bibliographie

- [Ambrose of Milan & Ex Fontibus Company & Deferarri, Roy J. *Theological and Dogmatic Works.* Ex Fontibus Company, 2017.](https://www.worldhistory.org/books/1635489814/)
- [Fredriksen, Paula. *Ancient Christianities.* Princeton University Press, 2026.](https://www.worldhistory.org/books/0691266417/)
- [McLynn, Neil B. B. *Ambrose of Milan.* University of California Press, 2014.](https://www.worldhistory.org/books/0520283880/)

## Auteur

Rebecca I. Denova, PhD, est Professeure émérite de Christianisme primitif au sein du Département d'Études des religions de l'Université de Pittsburgh. Elle a récemment publié un ouvrage, "The Origins of Christianity and the New Testament" (Wiley-Blackwell)

## Liens externes

- [A Study of How the Relationship of Church and State Evolved in](https://thescholarship.ecu.edu/bitstreams/eac683e3-a966-4119-845a-253d1f644471/download)
- [Church and State: A conflicting collaboration](https://scielo.org.za/scielo.php?script=sci_arttext&pid=S1017-04992018000300007)
- [Church and State in Late Roman Antiquity](https://popular-archaeology.com/article/church-and-state-in-late-roman-antiquity/)

## Citer cette ressource

### APA
Denova, R. (2026, August 23). Intégration de l'Église et de l'État dans l'Empire romain. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). *World History Encyclopedia*. <https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2966/integration-de-leglise-et-de-letat-dans-lempire-ro/>
### Chicago
Denova, Rebecca. "Intégration de l'Église et de l'État dans l'Empire romain." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. *World History Encyclopedia*, August 23, 2026. <https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2966/integration-de-leglise-et-de-letat-dans-lempire-ro/>.
### MLA
Denova, Rebecca. "Intégration de l'Église et de l'État dans l'Empire romain." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. *World History Encyclopedia*, 23 Aug 2026, <https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2966/integration-de-leglise-et-de-letat-dans-lempire-ro/>.

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Soumis par [Babeth Étiève-Cartwright](https://www.worldhistory.org/user/bab.cartwright/ "User Page: Babeth Étiève-Cartwright"), publié le 23 August 2026. Veuillez consulter la ou les sources originales pour obtenir des informations sur les droits d'auteur. A noter que les contenus liés à cette page peuvent avoir des des termes de licence différents.

