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title: Assassinat d'Abraham Lincoln
author: Harrison W. Mark
translator: Nicolas Santucci
source: https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2940/assassinat-dabraham-lincoln/
format: machine-readable-alternate
license: Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike (https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/)
updated: 2026-06-17
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# Assassinat d'Abraham Lincoln

_Rédigé par [Harrison W. Mark](https://www.worldhistory.org/user/harrisonwmark/)_
_Traduit par [Nicolas Santucci](https://www.worldhistory.org/user/nicolassantucci)_

Dans la soirée du 14 avril 1865,[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1290/fantomes-nordiques-et-au-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-148/textes-des-pyramides-guide-de-lau-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-119/les-chaouabtis-la-main-doeuvre-de-lau-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1942/communautes-diasporiques-en-mediterranee-et-au-del/) le président américain Abraham Lincoln fut abattu d'une balle dans la nuque par [John Wilkes Booth](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-25360/john-wilkes-booth/), alors qu'il assistait à une représentation au Ford's Theatre à Washington, D.C. Il mourut le lendemain matin. Cet assassinat ébranla une nation déchirée, encore sous le choc des horreurs de la [guerre de Sécession](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-21889/guerre-de-secession/), et allait influencer la manière dont les États-Unis tenteraient de panser leurs blessures à l'aube de la Reconstruction.

[ ![Assassination of President Lincoln](https://www.worldhistory.org/img/r/p/750x750/21206.jpg?v=1761539977-1761540000) Assassinat du Président Lincoln Currier & Ives (Public Domain) ](https://www.worldhistory.org/image/21206/assassination-of-president-lincoln/ "Assassination of President Lincoln")### **Contexte: une victoire, une défaite**

Le matin du 10 avril 1865, la ville de Washington, D.C. s’éveilla au son des coups de canon. Depuis quatre années, ce bruit était celui que les habitants de Washington redoutaient le plus, car la marée sanglante de la [guerre](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-154/guerre/) de Sécession s’était souvent approchée dangereusement de leur ville. Mais ce n’était plus le cas. La salve de 500 coups de canon qui résonnait désormais de manière spectaculaire dans les airs annonçait la paix: la veille seulement, le général confédéré Robert E. Lee s’était rendu au général de l’Union Ulysses S. Grant dans un lieu nommé Appomattox. Malgré le mauvais temps, les habitants de Washington, en liesse, se précipitèrent hors de chez eux pour célébrer l’événement. "Les rues, affreusement boueuses, grouillaient de monde", écrivit le journaliste Noah Brooks, qui prenait son petit-déjeuner avec le président lorsque les célébrations commencèrent. "Ils applaudissaient et chantaient, brandissaient des drapeaux et saluaient tout le monde" (cité dans Meacham, 388). Tout au long de cette journée maussade, des fanfares jouèrent et les gens pleurèrent; et la nuit venue, le ciel sombre fut illuminé par des feux d’artifice.

Le soir suivant, le 11 avril, une foule se rassembla sur la pelouse de la Maison Blanche afin d’apercevoir le président, qui s’apprêtait à prononcer son premier discours depuis l’annonce de la reddition. Mais si les nombreux partisans enthousiastes de l’Union s’attendaient à voir Abraham Lincoln partager leur enthousiasme, ils se trompaient. Le visage sombre et les traits tirés, épuisé par quatre années passées à maintenir l’unité d’une nation divisée, Lincoln se tenait à une fenêtre du deuxième étage, sous le portique nord de la Maison Blanche. Il lut un manuscrit, à la lueur vacillante d’une bougie tenue par Brooks. Lorsqu’il avait fini de lire une page, il la laissait tomber, pour que son jeune fils, Tad Lincoln, accroupi à ses pieds, puisse la ramasser. Le président ne parla pas des grandes victoires du passé, mais plutôt des épreuves qui restaient à surmonter. Il évoqua les difficultés qui accompagneraient la Reconstruction, la nécessité de panser les blessures causées par la rébellion et de rétablir l’harmonie entre tous les États de l’Union. Il évoqua la nécessité d’accorder le droit de vote aux Afro-Américains, en particulier à ceux qui avaient servi comme soldats. En somme, le discours de Lincoln reconnaissait que, même si la guerre proprement dite était désormais terminée, un immense travail restait encore à accomplir.

À l’issue du discours, la foule se dispersa alors qu’une légère bruine commençait à tomber du ciel. Certains étaient déconcertés par les paroles du président, d’autres découragés. Un homme en particulier, cependant, était furieux. John Wilkes Booth était un jeune et séduisant comédien, connu de tous pour ses rôles dans des pièces de Shakespeare aux côtés de son frère aîné plus célèbre, Edwin. Mais alors qu’Edwin était un fervent unioniste, John sympathisait avec le Sud. En effet, il avait voulu s’enrôler dans l’armée confédérée, mais sa mère, inquiète pour sa sécurité, lui avait fait promettre de ne pas le faire. Alors que la guerre s’éternisait, Booth observait de loin, avec amertume et impuissance, le déclin progressif de la cause sudiste. Au cours des mois qui précédèrent l’élection présidentielle de 1864, Booth avait élaboré un complot pour aider la Confédération en kidnappant Lincoln et en le retenant contre une rançon. Il était même allé jusqu’à recruter plusieurs complices, mais n’avait jamais trouvé l’occasion de mettre son plan à exécution. Mais à présent, la guerre étant pratiquement terminée, les pensées de Booth devinrent sombres et meurtrières. Dès que Lincoln eut fini son discours, Booth se tourna vers son ami Lewis Powell et fit un serment. "C’est, dit-il, le dernier discours qu’il prononcera de sa vie" (cité dans Alford, 257).

### **Le dernier jour de Lincoln**

Comme à son habitude, Lincoln était dans son bureau à 7 [heures](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-21729/heures/) du matin le Vendredi saint, le 14 avril 1865. Bien qu’il eût souffert d’un violent mal de tête la nuit précédente, le président était de bonne humeur: son fils, Robert Todd Lincoln, était venu de Virginie pour le week-end et allait passer les fêtes de [Pâques](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-12554/paques/) en famille. Après avoir reçu le flux habituel de solliciteurs, Lincoln rejoignit son fils et son épouse, Mary, pour le petit-déjeuner vers 11 heures. À table, Robert remit à son père un portrait de Robert E. Lee et plaisanta au sujet du général rebelle vaincu. Le président essuya ses lunettes avec une serviette avant d'examiner la photographie. "C'est un beau visage", dit Lincoln doucement. "Je suis heureux que la guerre soit finie" (cité dans Foote, 974).

[ ![Abraham Lincoln](https://www.worldhistory.org/img/r/p/500x600/16743.jpg?v=1669680559-1670571939) Abraham Lincoln Anthony Berger (Copyright) ](https://www.worldhistory.org/image/16743/abraham-lincoln/ "Abraham Lincoln")Après le petit-déjeuner, Lincoln se remit au travail. Il rencontra Schuyler Colfax, président de la Chambre des représentants des États-Unis, et le sénateur américain John Cresswell. "Cresswell, mon vieil ami", s'exclama Lincoln en guise de salutation, "tout est radieux ce matin. La guerre est finie. Ce fut une période difficile, mais nous nous en sommes sortis" (ibid.). Une fois leurs affaires réglées, les membres du Congrès prirent congé, et Lincoln signa quelques nominations et accorda une démobilisation militaire. Entre ces obligations présidentielles, il trouva le temps d’envoyer un messager au Ford’s Theatre, situé sur la 10e rue, pour réserver la loge présidentielle en vue de la représentation de la comédie Our American Cousin prévue ce soir-là. Il informa la direction du théâtre qu’elle pouvait s’attendre à une forte affluence, car il comptait inviter comme hôte d’honneur l’homme du moment, le général Grant. Il ne faisait aucun doute que tout Washington voudrait apercevoir le sauveur de l’Union.

En début d'après-midi, Lincoln se rendit au ministère de la Guerre pour y retrouver Grant et quelques membres du cabinet. Ils étaient là pour discuter de la fin de la guerre: même si Lee s'était rendu, le général Joseph E. Johnston était toujours sur le terrain à la tête d'une armée rebelle de plus de 20 000 hommes. Semblant serein, Lincoln déclara qu'il était convaincu qu'ils auraient bientôt de bonnes nouvelles, car il avait fait un rêve. C'était un rêve étrange, dit-il, le même qu'il avait fait avant chaque événement majeur de la guerre: avant Fort Sumter, avant Antietam, avant Gettysburg. Dans ce rêve, Lincoln était seul, sur un radeau qui semblait "flotter, s'éloigner sur une immense étendue indistincte, vers un rivage inconnu" (cité dans Foote, 975). Le président ne faisait ce rêve qu’avant un événement majeur, et dans ce cas précis, il était convaincu qu’il annonçait la reddition prochaine de Johnston.

Une fois la réunion terminée, Lincoln retint Grant, désireux de discuter de leurs projets pour la soirée. Il fut cependant déçu d'apprendre que le général ne se joindrait pas à lui. Légèrement embarrassé, Grant expliqua qu'il ne pouvait pas assister à la représentation car lui et sa femme, Julia, devaient prendre un train pour rendre visite à leurs enfants à Philadelphie. Mais les deux hommes connaissaient la vérité: Mary Todd Lincoln était devenue jalouse des Grant ces derniers temps, et Julia ne voulait pas risquer de faire une scène devant le public du Ford's Theatre.

[ ![General Ulysses S. Grant](https://www.worldhistory.org/img/r/p/500x600/21462.jpeg?v=1765489842-1765872267) Général Ulysses S. Grant Constant Mayer (CC BY-NC-SA) ](https://www.worldhistory.org/image/21462/general-ulysses-s-grant/ "General Ulysses S. Grant")Lincoln, ne voulant pas mettre Grant dans l'embarras, n'insista pas, mais son humeur s'assombrit après avoir regagné son bureau. Son garde du corps, William H. Crook, remarqua que le président semblait abattu et se plaignait même de ne plus vouloir aller au théâtre. À 16 h 30, lorsque le service de Crook prit fin, Lincoln lui dit tristement: "Au revoir, Crook". Cette formule surprit profondément le garde du corps. Lincoln lui avait toujours dit: "Bonne nuit, Crook", mais jamais "au revoir".

Lincoln semblait de meilleure humeur lorsqu’il rejoignit Mary Todd dans sa calèche, en route pour le théâtre. Il lui prit la main et lui dit qu’une fois son mandat terminé, ils partiraient ensemble en [Europe](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-35/europe/) avant de retourner à Springfield, dans l’Illinois, où il reprendrait son cabinet d’avocat. Ils passèrent prendre le major Henry Rathbone et sa fiancée, Clara Harris, les invités de dernière minute choisis pour remplacer les Grant, avant d’arriver devant le Ford’s Theatre vers 20 h 30. Ils étaient en retard, et la représentation en était déjà à la moitié du premier acte, mais cela n’empêcha pas l’orchestre de jouer "Hail to the Chief" dès que les Lincoln firent leur apparition dans la loge présidentielle. Les 1 700 spectateurs qui remplissaient la salle levèrent les yeux et se mirent à les acclamer avec ferveur. Une fois les applaudissements retombés, le président et son épouse s’assirent pour assister au spectacle. Mary Todd, visiblement émue par l’affection que son mari lui avait témoignée dans la calèche, se trouva accrochée à son bras, à la manière d’une jeune fille qui venait de tomber amoureuse. "Que va penser Mlle Harris du fait que je m’accroche ainsi à toi?" murmura-t-elle. Lincoln ne détourna pas son attention de la scène. "Voyons, elle n'y prêtera aucune attention", répondit-il (cité dans Foote, 979).

### **Tuer un président**

À peu près au même moment où Lincoln s'entretenait avec Grant au ministère de la Guerre, John Wilkes Booth se rendit au Ford’s Theatre. "Il était impeccablement vêtu d’un costume sombre et portait un haut-de-forme en soie", se souviendrait un témoin, "il portait une paire de gants en chevreau de couleur sobre, un pardessus était suspendu à son bras, et il tenait une canne" (cité dans Meacham, 398). Le jeune acteur salua Harry Ford, l’un des propriétaires du théâtre, et lui demanda quel spectacle était à l’affiche ce soir-là. Ford annonça joyeusement que la pièce serait *Our American Cousin*. Mais ce n’était pas tout. "Le président sera ici ce soir avec le général Grant", dit Ford, avant de plaisanter: "Ils ont le général Lee comme prisonnier. On va le mettre dans l’autre loge!" (cité dans Alford, 359). Booth n’apprécia pas la plaisanterie. "Jamais!" rétorqua-t-il. "Lee n’accepterait jamais d'être traité comme les Romains traitaient leurs captifs et d'être exhibé en public." (ibid.).

[ ![John Wilkes Booth](https://www.worldhistory.org/img/r/p/500x600/21204.jpg?v=1761535989-1761536002) John Wilkes Booth Alexander Gardner (Public Domain) ](https://www.worldhistory.org/image/21204/john-wilkes-booth/ "John Wilkes Booth")Ford fut quelque peu décontenancé par la réaction de Booth et réaffirma que, même s’il avait plaisanté au sujet de Lee, Lincoln allait bel et bien venir. Booth prit congé et se mit à descendre la 10e rue quand il tomba nez à nez avec John F. Coyle, rédacteur en chef du *National Intelligencer.* Ils se saluèrent, puis Booth se lança dans une sorte de diatribe, déplorant la capitulation et la chute de la Confédération. Puis, la conversation prit une tournure plus sombre: Booth demanda à Coyle ce qui se passerait si Lincoln et tous ses successeurs immédiats étaient tués simultanément. "L'anarchie", suggéra Coyle, "ou bien ce que prévoit la Constitution. Mais quelle absurdité: on ne trouve plus de [Brutus](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-22209/brutus/) de nos jours." (cité dans Meacham, 399). Booth acquiesça et poursuivit son chemin, l'esprit en ébullition. Il se rendit à Kirkwood House, où séjournait Andrew Johnson, pour demander si le vice-président était présent. Peu après, il passa devant un groupe de 440 prisonniers de guerre confédérés, dont la vue horrifia Booth mais ne fit que renforcer sa détermination.

À 20 heures ce soir-là, il réunit ses complices lors d’une rencontre à la lueur des chandelles à Herndon House. Le temps de l’enlèvement du président était révolu, leur annonça-t-il. Désormais, l’assassinat était la seule option. "Ce serait la plus grande chose au monde", s’exclama-t-il. Mais Booth ne se contenterait pas de tuer Lincoln. Son objectif était de décapiter entièrement le gouvernement fédéral et de venger la Confédération vaincue en plongeant la nation dans le chaos. Sans perdre de temps, il attribua les cibles à chacun. Son ami, l’ancien soldat confédéré Lewis Powell, tuerait le secrétaire d’État William H. Seward. Tout le monde savait que Seward s’était fracturé la mâchoire et cassé le bras dans un accident de calèche quelques jours plus tôt et qu’il était désormais alité. Ce ne serait guère compliqué de l'attaquer dans son lit. George Atzerodt, un réparateur germano-américain, fut chargé de se rendre à Kirkwood pour tuer le vice-président Johnson. Lorsque Atzerodt tenta de se rétracter, affirmant qu’il s’était engagé uniquement pour kidnapper Lincoln et non pour commettre un meurtre, Booth, hors de lui, menaça de l’abattre; Atzerodt accepta donc à contrecœur de tuer Johnson. Booth, lui tuerait Lincoln, tandis qu’un quatrième conspirateur, David Herold, se tiendrait prêt à les aider à s’échapper. Chaque meurtre devait avoir lieu simultanément, vers 22 heures.

Les conspirateurs se dispersèrent ensuite dans la nuit afin de préparer leur sinistre tâche. Booth retourna au Ford's Theatre armé d'un pistolet Deringer de calibre 41 et d'un grand couteau Bowie. Il entra dans le théâtre à 22 h 10. En tant qu'acteur célèbre, Booth avait libre accès à toutes les parties du théâtre et personne ne s’étonna donc lorsqu'il se dirigea vers la loge présidentielle. Il fut reconnu par plusieurs amis, dont l'actrice Jeannie Gourlay, qui se souviendrait plus tard qu'il était "pâle comme la mort" (cité dans Alford, 263). À 22 h 14, Booth pénétra discrètement dans la loge présidentielle, referma la porte derrière lui et la bloqua à l'aide d'une planche de bois. Puis, il attendit, debout dans l’ombre du couloir, écoutant les acteurs sur la scène en contrebas, guettant une réplique dont il savait qu’elle provoquerait un éclat de rire dans le public. Bientôt, il l’entendit:

> "Vous ne connaissez donc rien aux bonnes manières, hein? Eh bien, je m'y connais assez pour vous remettre à votre place, vieille croqueuse d'hommes!"
> (cité dans Foote,980)

Comme prévu, le public éclata de rire. Le moment était venu. "Peu m’importe ce qu’il adviendra de moi", écrirait plus tard Booth dans son journal. "J’ai frappé avec audace, pour mon pays et pour lui seul" (cité dans Alford, 265). Il s’avança, sortit son pistolet et tira.

### **L'assassinat et ses conséquences**

Il y eut un éclair, suivi d'une détonation à demi étouffée. Lincoln s'affaissa dans son fauteuil, la tête tombant sur sa poitrine, lorsque la balle le frappa juste derrière l'oreille gauche. Le major Henry Rathbone, invité de dernière minute des Lincoln, se leva et se précipita instinctivement sur l'assassin, l'enserrant de ses deux bras. Tel un renard enragé pris au piège, Booth se débattit pour se libérer en vociférant: "Lâchez-moi, ou je vous tuerai!" (ibid.)

Rathbone n'en fit rien. Il venait tout juste de saisir Booth à la gorge lorsque celui-ci parvint à dégager son bras droit, arracha son couteau de sa poche et l'enfonça profondément dans le bras du major. Rathbone poussa un cri de douleur et relâcha son emprise. Booth sauta alors de la loge et chuta de près de quatre mètres sur la scène en contrebas. Il atterrit dans un craquement sinistre, se fracturant le péroné gauche lors de sa chute.

Mais pour l'heure, l'assassin triomphant, le corps inondé d'adrénaline, ne ressentait aucune douleur. Il se redressa et brandit le couteau ensanglanté au-dessus de sa tête. Avec tout le sens du mélodrame propre à un acteur, il cria soit "*sic semper tyrannis"* ("Ainsi en est-il toujours des tyrans", devise de l'État de Virginie), soit "Le Sud est vengé!", ou peut-être les deux. Puis il se retourna et commença à quitter la scène. Le public resta assis, médusé, sans réellement comprendre ce qu’il venait de voir. Les spectateurs furent sortis de leur torpeur par le cri déchirant de Mary Todd Lincoln et par les appels désespérés du major Henry Rathbone: "Arrêtez cet homme!" Ceux qui se trouvaient le plus près de Booth se souviendraient plus tard que "ses lèvres étaient retroussées sur ses dents et qu'il haletait", et qu'il ne cessait de murmurer: "Je... je l'ai fait." (ibid.) L'assassin quitta le théâtre par une porte de scène et s'engagea dans une ruelle où l'adolescent chargé de distribuer les affiches du théâtre, Joseph 'Peanuts' Burroughs, l'attendait en tenant son cheval. Au prix d'un effort considérable, Booth, blessé, parvint à se hisser en selle et s'éloigna au galop. Lorsque les soldats et les spectateurs sortirent du théâtre à sa recherche, il avait déjà disparu.

[ ![Abraham Lincoln Assassination 1865](https://www.worldhistory.org/img/r/p/500x600/20992.jpg?v=1760425850-1760425863) Assassinat d'Abraham Lincoln 1865 Nicha Sursock (CC BY-NC-SA) ](https://www.worldhistory.org/image/20992/abraham-lincoln-assassination-1865/ "Abraham Lincoln Assassination 1865")Pendant ce temps, un jeune chirurgien de 23 ans nommé Charles Leale se précipita dans la loge présidentielle. Leale se souviendrait plus tard de l'apparence de Lincoln, étendu dans son fauteuil comme plongé dans un profond sommeil. Il ne lui fallut guère de temps pour comprendre que la blessure était mortelle. Néanmoins, lui et les deux autres médecins qui le rejoignirent estimèrent qu'il valait mieux transporter le président de l'autre côté de la rue, dans une pension tenue par William Petersen. Lincoln fut alors installé dans une chambre exiguë d’environ 3 m sur 5 m et allongé sur un lit trop petit pour sa grande taille. Leale et les autres chirurgiens s’occupèrent du président tandis que les membres du cabinet et d'autres responsables affluaient dans le bâtiment.

Le vice-président Johnson était présent, Atzerodt n’avait pas réussi à trouver le courage de l’attaquer, tout comme Powell n’avait pas réussi à tuer Seward; seul Booth avait réussi sa mission. Le sénateur Charles Sumner, ce grand défenseur de l’Union, fondit en larmes en voyant le président, tandis que le secrétaire à la Marine, Gideon Welles, se souviendrait ainsi de l’apparence de Lincoln: "Ses traits étaient calmes et saisissants. Je ne l’avais jamais vu sous un jour plus favorable que durant la première heure, peut-être, de ma présence là-bas. Après cela, son œil droit commença à enfler et à se décolorer" (cité dans Meacham, 404).

Mme Lincoln était inconsolable et dut être conduite dans la pièce voisine tandis qu'elle ne cessait de pleurer. Les chirurgiens firent tout ce qu’ils pouvaient, mais il devint vite évident pour tous qu’il n’y avait plus rien à faire, si ce n’est prier. À 7 h 22, le 15 avril 1865, environ neuf heures après avoir été atteint par balle, le président Abraham Lincoln rendit son dernier souffle et mourut. Les personnes présentes et les chirurgiens se tenaient autour du corps, les yeux embués, lorsque le secrétaire à la Guerre Edwin Stanton prononça ces paroles devenues immortelles: "Il fait désormais partie de l'Histoire."

Le corps de Abraham Lincoln fut transporté dans la rotonde du Capitole où il fut exposé du 19 au 20 avril, avant d'être placé à bord d'un train funéraire pour un voyage de deux semaines qui le ramena à Springfield, dans l’Illinois. Des millions d'Américains se rassemblèrent pour lui rendre hommage au passage du train. De son côté, John Wilkes Booth prit la fuite et fit l'objet d'une chasse à l'homme de douze jours avant d'être finalement retrouvé et abattu par les troupes fédérales. L'assassinat d'Abraham Lincoln constitua un tournant pour la nation à l'aube de la Reconstruction; comme l'avait prédit le président [martyr](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-11533/martyr/), certains des jours les plus sombres et les plus tourmentés de l'Histoire du pays étaient encore à venir.

#### Editorial Review

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## Bibliographie

- [Alford, Terry. *Fortune's Fool: The Life of John Wilkes Booth.* Oxford University Press, 2015.](https://www.worldhistory.org/books/0195054121/)
- [Foote, Shelby. *The Civil War Vol 3.* Vintage Books, 1986.](https://www.worldhistory.org/books/0394746228/)
- [McPherson, James M. *Battle Cry of Freedom.* Oxford University Press, 2003.](https://www.worldhistory.org/books/019516895X/)
- [Meacham, Jon. *And There Was Light: Abraham Lincoln and the American Struggle.* Random House, 2022.](https://www.worldhistory.org/books/0553393960/)

## Auteur

Harrison Mark est diplômé de SUNY Oswego NY, où il a étudié l'histoire et les sciences politiques.
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## Questions & Réponses

### Qui tua Abraham Lincoln?
Le président Abraham Lincoln fut assassiné par John Wilkes Booth, un acteur âgé de 26 ans

### Que cria Booth après avoir tué Lincoln?
Après avoir tiré sur Lincoln, John Wilkes Booth bondit sur la scène et lança soit "Sic semper tyrannis" ("Ainsi en est-il toujours des tyrans"), devise de la Virginie, soit "Le Sud est vengé!", voire les deux

### Pourquoi Booth tua Lincoln?
John Wilkes Booth était un sympathisant de la Confédération qui souhaitait venger la défaite des États confédérés lors de la guerre de Sécession et punir Lincoln pour ses efforts en faveur du droit de vote des Afro-Américains.

### Où fut tué Abraham Lincoln?
Abraham Lincoln fut blessé par balle au Ford's Theatre de Washington. Il fut ensuite transporté dans la pension de William Petersen, située de l'autre côté de la rue, où il mourut neuf heures plus tard.


## Citer cette ressource

### APA
Mark, H. W. (2026, June 17). Assassinat d'Abraham Lincoln. (N. Santucci, Traducteur). *World History Encyclopedia*. <https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2940/assassinat-dabraham-lincoln/>
### Chicago
Mark, Harrison W.. "Assassinat d'Abraham Lincoln." Traduit par Nicolas Santucci. *World History Encyclopedia*, June 17, 2026. <https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2940/assassinat-dabraham-lincoln/>.
### MLA
Mark, Harrison W.. "Assassinat d'Abraham Lincoln." Traduit par Nicolas Santucci. *World History Encyclopedia*, 17 Jun 2026, <https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2940/assassinat-dabraham-lincoln/>.

## Licence & Copyright

Soumis par [Nicolas Santucci](https://www.worldhistory.org/user/nicolassantucci/ "User Page: Nicolas Santucci"), publié le 17 June 2026. Veuillez consulter la ou les sources originales pour obtenir des informations sur les droits d'auteur. A noter que les contenus liés à cette page peuvent avoir des des termes de licence différents.

