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title: La Grande-Bretagne et le Canal de Suez: 75 ans de colonialisme et la crise
author: Mark Cartwright
translator: Babeth Étiève-Cartwright
source: https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2925/la-grande-bretagne-et-le-canal-de-suez/
format: machine-readable-alternate
license: Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike (https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/)
updated: 2026-05-14
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# La Grande-Bretagne et le Canal de Suez: 75 ans de colonialisme et la crise

_Rédigé par [Mark Cartwright](https://www.worldhistory.org/user/markzcartwright/)_
_Traduit par [Babeth Étiève-Cartwright](https://www.worldhistory.org/user/bab.cartwright)_

Le canal de Suez,[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1290/fantomes-nordiques-et-au-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-148/textes-des-pyramides-guide-de-lau-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-119/les-chaouabtis-la-main-doeuvre-de-lau-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1942/communautes-diasporiques-en-mediterranee-et-au-del/) en Égypte, qui relie la Méditerranée à la mer Rouge, fut réquisitionné par les Britanniques en 1882 et ne fut restitué qu'à contrecœur 75 ans plus tard. Cette prise de contrôle au XIXe siècle provoqua un tollé international tout aussi préjudiciable à la réputation de la Grande-Bretagne que la plus célèbre crise de Suez du milieu du XXe siècle. Les gouvernements britanniques successifs considéraient le canal comme un lien stratégique vital entre la métropole et l'[Empire](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-99/empire/) britannique, en particulier l'Inde. Après avoir conservé le contrôle du canal pendant les deux guerres mondiales, les Britanniques furent finalement contraints de se retirer lorsque l'Égypte fut prise par le leader nationaliste Gamal Abdel Nasser et que l'intervention militaire anglo-franco-israélienne de 1956 fut rejetée tant par les États-Unis que par les Nations unies.

[ ![Battleship and Felucca on the Suez Canal](https://www.worldhistory.org/img/r/p/750x750/21792.png?v=1778763199-1778052116) Cuirassé et felouque sur le canal de Suez Imperial War Museums (CC BY-NC-SA) ](https://www.worldhistory.org/image/21792/battleship-and-felucca-on-the-suez-canal/ "Battleship and Felucca on the Suez Canal")### Traversée de l'isthme

L'objectif d'une voie navigable artificielle reliant la Méditerranée à la mer Rouge, une idée qui remonte à l'Antiquité, était de permettre aux navires de réduire leur temps de traversée entre l'[Europe](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-35/europe/) et l'Asie en évitant la longue route qui contournait le cap de Bonne-Espérance en Afrique australe. Ce raccourci permettrait d'économiser environ 3 000 milles marins, par exemple entre Londres et Bombay (aujourd'hui Mumbai). De plus, un canal à cet endroit permettrait aux États d’Afrique de l’Est d’expédier plus facilement des marchandises vers l’Europe et vice versa.

À partir des années 1840, une route terrestre pour les voyageurs et les marchandises fut mise en place à travers l’isthme de Suez. Elle fut initialement développée par l’officier britannique, le lieutenant Waghorn. Les personnes et les marchandises prenaient un bateau jusqu’à [Alexandrie](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-245/alexandrie/), sur la côte méditerranéenne, débarquaient et traversaient jusqu’à Suez à l’aide de bateaux fluviaux et de moyens de transport tels que des chameaux, puis embarquaient sur un autre bateau sur la côte de la mer Rouge pour poursuivre leur voyage. Il s’agissait d’un dispositif assez fastidieux et peu adapté aux cargaisons lourdes, mais il permettait de gagner quatre semaines de voyage par rapport à la route du Cap. La traversée terrestre fut quelque peu améliorée dans les années 1850 grâce à la construction d’une ligne de chemin de fer reliant Alexandrie au Caire, réalisée par nul autre que George Stephenson (1781-1848), qui avait construit le premier train à vapeur au monde destiné au transport de passagers. Il était évident qu’une voie navigable permettant au même navire d’effectuer les deux étapes du voyage et de transporter des marchandises de toute nature constituerait un avantage considérable.

Le canal de Suez fut construit par une société privée française, la Compagnie Universelle du Canal Maritime de Suez, à partir de 1859, en traversant l’isthme de Suez. Le gouvernement égyptien loua le terrain pour 99 ans et prit environ 45 % des parts de la société du canal. Curieusement, les Britanniques s’opposaient au projet, car ils craignaient qu’une puissance rivale ne s’empare du canal et n'en bloque l’accès aux Britanniques, voire utilise le canal pour attaquer les possessions coloniales britanniques ailleurs. Ils doutaient également fortement qu’un tel canal puisse même être construit. Le projet fut imaginé puis supervisé par l’ingénieur français Ferdinand de Lesseps (1805-1894), doté d’une imagination débordante et de grandes compétences techniques, qui fit appel à de la main-d’œuvre égyptienne. Heureusement, le terrain, en grande partie plat et sablonneux, n’était pas trop difficile à creuser, et aucune écluse n’était nécessaire. Le canal, d’une longueur d’environ 160 km, fut achevé en 1869 et inauguré lors d’une cérémonie somptueuse le 17 novembre.

[ ![Aerial View of the Suez Canal](https://www.worldhistory.org/img/r/p/750x750/21796.jpg?v=1778055915-1778055983) Vue aérienne du canal de Suez Harper's Weekly (Public Domain) ](https://www.worldhistory.org/image/21796/aerial-view-of-the-suez-canal/ "Aerial View of the Suez Canal")Le canal de Suez fut un grand succès, favorisé par l’invention fortuite des bateaux à vapeur, capables de transporter bien plus de marchandises que les voiliers et qui ne rencontraient pas de difficultés dans les conditions de navigation difficiles de la mer Rouge. Comme les voiliers représentaient encore 90 % de la flotte marchande britannique, alors la plus importante au monde, la route du cap de Bonne-Espérance continua de prospérer malgré le canal. Au fil du temps, cependant, la vapeur remplaçant progressivement la voile, le trafic du canal allait augmenter de manière significative. Au cours de sa première année complète de service, le canal permit le passage d’environ 436 000 tonnes de marchandises; une décennie plus tard, ce chiffre avait grimpé en flèche pour dépasser les 5 millions de tonnes. En 1910, plus de 16 millions de tonnes de marchandises transitaient par le canal. L’importance du canal pour la Grande-Bretagne et la France se reflétait dans la présence permanente de leurs conseillers au sein du gouvernement égyptien.

### Prise de contrôle par les Britanniques

Ce raccourci vers Suez était particulièrement avantageux pour l’Empire britannique, avec son vaste réseau de possessions en Asie et au-delà, notamment en Inde britannique, en Chine et en Australasie. C'est précisément pour cette raison que les Britanniques prirent le contrôle du canal en 1882, une décision qui suscita la controverse. Le gouvernement britannique justifia cette prise de contrôle par le fait que l'Égypte, qui faisait nominalement partie de l'[Empire ottoman](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18700/empire-ottoman/) en déclin, s'était ruinée dans des expéditions coloniales coûteuses au Soudan, et qu'une révolte nationaliste s'était élevée contre le gouvernement. Une force navale britannique bombarda Alexandrie le 11 juillet pendant dix [heures](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-21729/heures/), tirant quelque 3 000 obus. Puis, en août, une force terrestre de 40 000 hommes commandée par Garnet Wolseley (1833-1913) s’empara du canal. Wolseley réprima ensuite la révolte menée par Ahmed Urabi le 13 septembre lors de la bataille de Tel-el-Kebir. Le gouvernement français avait également souhaité intervenir militairement, mais cette idée ne fut pas approuvée par l’Assemblée nationale française. Urabi fut rapidement exilé à Ceylan (Sri Lanka), et une garnison de 5 000 hommes fut établie au canal.

En l'absence de tout gouvernement égyptien viable, le gouvernement britannique abandonna son intention initiale de ne prendre le contrôle que temporairement et décida à la place de gouverner l'Égypte comme un quasi-protectorat. Les Britanniques estimaient pouvoir revendiquer une certaine légitimité à leur prise de contrôle du fait qu'ils détenaient 177 000 des 400 000 actions du canal. Ces actions avaient été vendues par le souverain égyptien, le khédive, alors à court d’argent, en 1875 pour 4 millions de livres sterling (soit plus de 400 millions de livres sterling aujourd’hui). Un autre argument, peut-être plus important, que les Britanniques estimaient justifier leur acte d’impérialisme flagrant était le fait que 82% des navires qui transitaient par le canal appartenaient à des Britanniques. 13% du commerce mondial de la Grande-Bretagne passait par le canal.

[ ![Suez Canal Company Building, Port Said](https://www.worldhistory.org/img/r/p/750x750/21793.png?v=1778052629-1778052685) Bâtiment de la Société du canal de Suez, Port-Saïd Imperial War Museums (CC BY-NC-SA) ](https://www.worldhistory.org/image/21793/suez-canal-company-building-port-said/ "Suez Canal Company Building, Port Said")Le gouvernement britannique n’était pas entièrement satisfait de se retrouver aux commandes d’un État en faillite, comme l’explique ici l’historien P. Curtin:

> Se retirer mettrait en péril la route de Suez vers l’Inde et irriterait les créanciers égyptiens en Grande-Bretagne, mais rester laissait la Grande-Bretagne, plutôt que le khédive, face à ces mêmes créanciers en [Europe](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-15614/europe/). Il en résulta un protectorat britannique informel qui dura jusqu’en 1914 sous diverses fictions juridiques, un protectorat qui aboutit avec le temps au contrôle britannique de l’Égypte, mais où la pression internationale exercée par d’autres puissances européennes limitait sévèrement la liberté d’action de la Grande-Bretagne.
> (319)

Il est significatif de noter que la majeure partie de la dette égyptienne était due à des banques britanniques. L'institution du khédive fut rétablie, mais la corruption était omniprésente. Les Britanniques nommèrent un officier britannique au poste de sirdar, ou commandant en chef de l'armée égyptienne, et la fonction civile la plus puissante était celle d'agent britannique et de [consul](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-375/consul/) général, qui pouvait nommer et révoquer les membres du gouvernement égyptien (y compris le Premier ministre) et dont les conseils devaient être considérés comme incontestables. Dans la pratique, le khédive disposait d’une grande autonomie, et les Britanniques avaient tendance à ne pas s’impliquer dans les affaires intérieures non commerciales telles que l’administration locale, le système judiciaire et la police.

Le gouvernement français, qui considérait depuis longtemps l’Égypte comme son propre domaine colonial, n’était pas du tout satisfait de la tournure des événements de 1882. La crise diplomatique et d’autres questions coloniales non résolues conduisirent à la [Conférence de Berlin](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-25963/conference-de-berlin/) de 1884-1885, qui établit les règles que les puissances européennes devaient suivre pour acquérir de nouvelles colonies, marquant ainsi le début (ou du moins l’accélération) de ce qu’on appelle la "ruée vers l’Afrique".

[ ![Map of the Scramble for Africa after the Berlin Conference](https://www.worldhistory.org/img/r/p/750x750/19247.png?v=1760720285-1760682525) Carte de la ruée sur l'Afrique après la conférence de Berlin Simeon Netchev (CC BY-NC-ND) ](https://www.worldhistory.org/image/19247/map-of-the-scramble-for-africa-after-the-berlin-co/ "Map of the Scramble for Africa after the Berlin Conference")En 1888, le gouvernement britannique en était venu à la conclusion que, pour protéger l’Égypte et le canal de la domination d’autres puissances, en particulier la Russie, il resterait en Égypte indéfiniment. Afin de rassurer ses rivaux impériaux sur le fait que la Grande-Bretagne ne monopoliserait pas le canal, la Convention du canal de Suez fut signée entre les grandes puissances européennes en 1888 afin de préserver sa neutralité. Les frictions persistantes entre les Britanniques et les Français au sujet de l’Égypte se traduisirent par une exacerbation de leurs rivalités ailleurs en Afrique, notamment lors de la [crise de Fachoda](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-26179/crise-de-fachoda/) en 1898, lorsque la France revendiqua hardiment le sud du Soudan (ce qui finit par échouer).

### Une colonie britannique

La Grande-Bretagne déclara l'Égypte protectorat en 1914 et en conserva le contrôle tout au long de la Première [Guerre](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-154/guerre/) mondiale (1914-1918). Toujours en 1914, les Britanniques mirent fin au statut de voie navigable internationale du canal. Dans le monde de l'après-guerre, l'Empire britannique commença à s'effriter. L'Égypte obtint son indépendance en 1922, bien que la Grande-Bretagne ait conservé le contrôle de la politique étrangère et de défense. L'occupation militaire britannique ne prit fin qu'en 1936, avec la signature du traité anglo-égyptien. Le canal constituait une exception notable à ce retrait: bien qu'il fût redevenu une voie navigable internationale, il conservait une présence militaire britannique. La zone du canal de Suez, comme on l'appelait, comptait une garnison d'environ 38 000 militaires britanniques. Alors que l'[Italie](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-207/italie/) et le Japon se lançaient dans des expéditions impérialistes dans les années 1930, le canal restait plus vital que jamais si la Grande-Bretagne devait un jour déplacer rapidement des troupes vers l'Afrique de l'Est ou l'Extrême-Orient. Tout au long de cette décennie, les deux tiers des navires qui transitaient par le canal étaient britanniques.

La Grande-Bretagne défendit l’Égypte contre les forces italiennes et allemandes pendant la campagne d’Afrique du Nord de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945). Le pays constituait la principale base britannique sur les théâtres d’opérations du Moyen-Orient et de Méditerranée orientale. La bataille la plus importante, celle qui permit à l’Égypte et au canal de Suez de rester entre les mains des Britanniques, fut la deuxième bataille d’El Alamein (octobre-novembre 1942), au cours de laquelle la 8e armée britannique, dirigée par le général [Bernard Montgomery](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-23242/bernard-montgomery/) (1887-1976), remporta une victoire décisive contre l’Afrika Korps allemand commandé par le général [Erwin Rommel](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-23243/erwin-rommel/) (1891-1944).

[ ![Gamal Abdel Nasser](https://www.worldhistory.org/img/r/p/500x600/21795.png?v=1778055165-1778055234) Gamal Abdel Nasser Stevan Kragujević (CC BY-SA) ](https://www.worldhistory.org/image/21795/gamal-abdel-nasser/ "Gamal Abdel Nasser")Bien que l'Inde ait obtenu son indépendance en 1947, le canal de Suez était toujours considéré comme vital pour les intérêts commerciaux britanniques, en particulier avec le développement de l'industrie pétrolière au Moyen-Orient. Tout au long des années 1950, une vague de colonies britanniques accéda à l'indépendance, une situation à laquelle le gouvernement britannique ne pouvait guère remédier, car l'opinion publique était favorable à la décolonisation et, de toute façon, la Grande-Bretagne n'était plus assez puissante économiquement pour maintenir une présence militaire suffisamment coercitive à travers le monde.

Après la Seconde Guerre mondiale, les relations anglo-égyptiennes se détériorèrent à nouveau en raison de l'implication de la Grande-Bretagne dans la création de l'État d'[Israël](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-180/israel/) et de sa décision de s'allier à l'Irak et à la Turquie. En juillet 1956, le colonel Gamal Abdel Nasser (1918-1970), leader égyptien farouchement nationaliste, déclara la nationalisation de la Compagnie du canal de Suez. Nasser avait pris le pouvoir lors d’un coup d’État militaire quatre ans auparavant et avait renversé le roi Farouk d’Égypte. Le roir Farouk régnait depuis 1936, mais il était devenu profondément impopulaire, notamment en raison de ses politiques pro-britanniques. La nationalisation de Nasser était, en partie, une mesure de rétorsion contre les États-Unis et la Grande-Bretagne qui avaient annulé le financement du projet de barrage d’Assouan, un projet compromis après qu'on eut découvert que Nasser achetait des armes auprès des ennemis de la guerre froide, l'URSS et le bloc de l'Est.

### Crise de Suez de 1956

La déclaration de Nasser déclencha la crise de Suez (également appelée deuxième guerre israélo-arabe, guerre de Suez ou agression tripartite). Le canal restait vital pour la navigation britannique, en particulier pour les pétroliers. Anthony Eden (1897-1977), le Premier ministre britannique, décrivit Nasser comme ayant "la main sur notre gorge" (Smith, 105). Eden souhaitait obtenir le soutien des États-Unis pour renverser Nasser et installer un gouvernement pro-occidental. Eden écrivit au président américain Dwight D. Eisenhower (1890-1969) pour lui faire part de sa conviction que Nasser avait l’intention de faire pression pour le retrait de toutes les forces militaires occidentales du monde arabe, ce qui permettrait à terme à l’URSS d’accroître son influence et sa présence dans la région. Eisenhower, estimant d’une part que son opinion publique n’approuverait pas une riposte militaire et d’autre part que les Nations unies devaient régler ce différend, refusa d’impliquer l’armée américaine dans cette affaire. De plus, les États-Unis n’étaient pas du tout mécontents de voir l’influence britannique décliner au Moyen-Orient, car les deux pays étaient rivaux dans le secteur pétrolier en pleine expansion de la région.

[ ![Anthony Eden, 1942](https://www.worldhistory.org/img/r/p/500x600/21794.png?v=1778053090-1778053214) Anthony Eden, 1942 Walter Stoneman - Imperial War Museums (CC BY-NC-SA) ](https://www.worldhistory.org/image/21794/anthony-eden-1942/ "Anthony Eden, 1942")La Grande-Bretagne, la France et Israël étaient néanmoins prêts à se battre pour le contrôle du canal et étaient prêts à renverser Nasser. Les Britanniques considéraient le nationalisme panarabe prôné par Nasser comme une menace pour leurs intérêts au Moyen-Orient, tandis que les Français s’opposaient à son soutien au FLN (Front de libération nationale), qui avait déclenché une guerre dans son ancienne colonie, l’Algérie. Israël tenait à porter un coup à tout mouvement plus large susceptible d’unir le monde arabe contre lui.

Dans le cadre d’un accord secret, Israël devait attaquer l’Égypte, afin que la Grande-Bretagne et la France puissent ensuite intervenir sous le couvert de médiateurs et de protecteurs du canal. L’attaque fut baptisée "Opération Mousquetaire". Les forces israéliennes envahirent l’Égypte le 29 octobre, puis la Grande-Bretagne et la France exigèrent que l’Égypte retire ses troupes de la zone du canal (16 km de part et d’autre du canal). Le gouvernement égyptien rejeta l’ultimatum, et les avions britanniques et français commencèrent donc à bombarder l’Égypte le 31 octobre. À partir du 5 novembre, les troupes britanniques et françaises attaquèrent l’Égypte depuis la Méditerranée. Les troupes débarquèrent à Port-Saïd et s’emparèrent d’une partie du canal. L’Égypte réagit en coulant délibérément des navires dans sa partie du canal afin de bloquer le passage.

Les actions des agresseurs furent largement condamnées à travers le monde, notamment par les États-Unis et l’URSS aux Nations Unies. Une résolution de l’ONU appela à un cessez-le-feu immédiat. La guerre de Suez prit donc fin après seulement deux semaines. La Grande-Bretagne fut contrainte, de manière humiliante, de se retirer entièrement du pays en décembre. Le gouvernement égyptien promit d’indemniser les actionnaires de la Compagnie du canal. Le canal fut dégagé et rouvert en avril 1957.

[ ![Suez War 1956](https://www.worldhistory.org/img/r/p/750x750/21791.png?v=1778050178-1778050483) Guerre de Suez 1956 Imperial War Museums (CC BY-NC-SA) ](https://www.worldhistory.org/image/21791/suez-war-1956/ "Suez War 1956")La réputation d'Eden fut irrémédiablement entachée par la crise de Suez, les critiques allant de l'incompétence diplomatique au fait d'avoir volontairement trompé le Parlement. Eden démissionna de son poste de Premier ministre en janvier 1957 en invoquant des raisons de santé. La crise avait provoqué une ruée préjudiciable sur la livre sterling, qui fut soutenue par un prêt américain (accordé à condition que la Grande-Bretagne retire ses forces d’Égypte). Les relations anglo-américaines furent par la suite rétablies, mais de nombreux États du golfe Persique se montraient désormais très méfiants face à l'implication de la Grande-Bretagne aux côtés d'Israël dans une guerre menée contre un État arabe. La crise de Suez fut une dure leçon pour les Britanniques, qui comprirent que l'époque de leur empire et de leur influence mondiale était pratiquement révolue; désormais, ce n'était qu'en s'associant à des puissances telles que les États-Unis que la Grande-Bretagne pouvait espérer exercer une influence significative sur les affaires mondiales.

#### Editorial Review

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## Bibliographie

- [Boahen, A. Adu. *UNESCO General History of Africa, Vol. VII.* University of California Press, 1985.](https://www.worldhistory.org/books/0520039181/)
- [Chamberlain, M. E. *The Scramble for Africa.* Routledge, 2010.](https://www.worldhistory.org/books/1408220148/)
- [Dalziel, Nigel & Mackenzie, John. *The Penguin Historical Atlas of the British Empire.* Penguin Books, 2006.](https://www.worldhistory.org/books/0141018445/)
- [Fage, J.D. *The Cambridge History of Africa, Vol. VI.* Cambridge University Press, 1970.](https://www.worldhistory.org/books/B01FGPGTKS/)
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- [Philip Curtin & Steven Feierman & Leonard Thompson & Jan Vansina. *African History.* Pearson, 1995.](https://www.worldhistory.org/books/0582050707/)
- [Reid, Richard J. *A History of Modern Africa.* Blackwell Pub, 2026.](https://www.worldhistory.org/books/1405132647/)
- [Smith, Simon C. *British Imperialism 1750–1970.* Cambridge University Press, 1998.](https://www.worldhistory.org/books/052159930X/)

## Auteur

Mark est directeur de publication pour WHE et est titulaire d'une maîtrise en philosophie politique (Université de York). Il est chercheur, écrivain, historien et éditeur. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées communes à toutes les civilisations.

## Liens externes

- [Suez Crisis | National Army Museum](https://www.nam.ac.uk/explore/suez-crisis)
- [Eisenhower and the Suez Canal Crisis - Bill of Rights Institute](https://billofrightsinstitute.org/essays/eisenhower-and-the-suez-canal-crisis/)
- [Why Was the Suez Crisis So Important? - IWM](https://www.iwm.org.uk/history/cold-war/suez-crisis)
- [Suez Crisis: Operation Musketeer](https://www.iwm.org.uk/history/cold-war/suez-crisis/operation-musketeer)

## Citer cette ressource

### APA
Cartwright, M. (2026, May 14). La Grande-Bretagne et le Canal de Suez: 75 ans de colonialisme et la crise. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). *World History Encyclopedia*. <https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2925/la-grande-bretagne-et-le-canal-de-suez/>
### Chicago
Cartwright, Mark. "La Grande-Bretagne et le Canal de Suez: 75 ans de colonialisme et la crise." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. *World History Encyclopedia*, May 14, 2026. <https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2925/la-grande-bretagne-et-le-canal-de-suez/>.
### MLA
Cartwright, Mark. "La Grande-Bretagne et le Canal de Suez: 75 ans de colonialisme et la crise." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. *World History Encyclopedia*, 14 May 2026, <https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2925/la-grande-bretagne-et-le-canal-de-suez/>.

## Licence & Copyright

Soumis par [Babeth Étiève-Cartwright](https://www.worldhistory.org/user/bab.cartwright/ "User Page: Babeth Étiève-Cartwright"), publié le 14 May 2026. Veuillez consulter la ou les sources originales pour obtenir des informations sur les droits d'auteur. A noter que les contenus liés à cette page peuvent avoir des des termes de licence différents.

