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title: Mortimer et Isabelle: Les amants qui destituèrent un roi
author: Harrison W. Mark
translator: Salomée Charrière
source: https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2920/mortimer-et-isabelle/
format: machine-readable-alternate
license: Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike (https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/)
updated: 2026-05-25
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# Mortimer et Isabelle: Les amants qui destituèrent un roi

_Rédigé par [Harrison W. Mark](https://www.worldhistory.org/user/harrisonwmark/)_
_Traduit par [Salomée Charrière](https://www.worldhistory.org/user/salomeecharrier)_

Le 22 septembre 1326,[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1290/fantomes-nordiques-et-au-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-148/textes-des-pyramides-guide-de-lau-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-119/les-chaouabtis-la-main-doeuvre-de-lau-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1942/communautes-diasporiques-en-mediterranee-et-au-del/) un vent fort porta 95 navires partis du rivage des Flandres pour les diriger tout droit dans la gueule écumeuse de la mer du Nord. Le temps fut clément pendant les premières [heures](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-21729/heures/) de leur voyage, mais peu à peu, le ciel bleu matinal fut remplacé par des nuages noirs menaçants, qui déchaînèrent une tempête vengeresse sur les vaisseaux en dessous. La flotte fut dispersée et déviée de sa route, mais pour un moment seulement. Le 24 à midi, les navires avaient accosté sans encombre sur la côte anglaise, probablement dans le comté de Suffolk. Environ 1 500 hommes débarquèrent et déchargèrent des caisses de provisions, d’armes et d’armures, chuchotant entre eux dans différentes langues: anglais, allemand, néerlandais. Ils constituaient une force d’invasion, venue pour débarrasser l’Angleterre des forces maléfiques qui avaient ensorcelé le roi et mené le royaume à la ruine.

La reine [Isabelle de France](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-21817/isabelle-de-france/), âgée de 31 ans, se trouvait à la tête de cette petite armée. Elle fut aidée à terre par ses chevaliers et ses serviteurs, qui arrangèrent pour elle "un abri avec quatre tapis, ouvert sur le devant, où ils lui allumèrent un grand feu" (cité dans Weir, 229). Au départ, la reine ne savait pas dans quelle partie de l’Angleterre elle se trouvait et envoya immédiatement des cavaliers pour se renseigner. Dès qu’elle sut qu’elle était sur le territoire d’un ami, le comte de Norfolk, elle poussa un soupir de soulagement et se mit aussitôt au travail. Elle se mit à sa table de travail alors que ses hommes déchargeaient encore les navires; elle écrivit des lettres aux habitants de Londres et d’autres grandes villes, pour expliquer qu’elle était venue non pas en tant que conquérante, mais en tant que libératrice. Elle était arrivée pour venger le meurtre récent du comte de Lancastre et pour chasser une bonne fois pour toutes du pouvoir les Despenser, ces ennemis du royaume tant détestés. Enfin, elle supplia tous les bons et loyaux sujets anglais de la rejoindre dans cette noble et vertueuse cause.

[ ![Isabella of France and Her Army](https://www.worldhistory.org/img/r/p/500x600/17339.jpg?v=1778763203-1778481010) Isabelle de France et son armée British Library (CC BY-NC-SA) ](https://www.worldhistory.org/image/17339/isabella-of-france-and-her-army/ "Isabella of France and Her Army")Le matin suivant, la reine Isabelle était accueillie par le comte de Norfolk, qui l’escorta à son château de Walton-sous-le-Nase. C’est ici qu’une vingtaine de comtes, de barons et de chevaliers se regroupèrent en masse sous sa bannière et rallièrent leur épée à sa cause. Habillée de vêtements de deuil, la reine conduisit alors son armée hors du château "comme s’ils partaient pour un pèlerinage" et se mit en marche vers l’intérieur des terres. À ses côtés chevauchait un grand et bel homme qui était venu afin de partager non seulement ses combats, mais aussi sa couche. [Roger Mortimer](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-26165/roger-mortimer/) avait passé les trois dernières années en exil à cause de son opposition aux Despenser et il ne désirait rien d’autre qu’une vengeance complète et totale. Derrière les deux amants chevauchait le prince Édouard, le fils de 14 ans d’Isabelle et héritier au trône d’Angleterre. À peine plus qu’un pion dans les manigances de sa mère, le prince n’avait d’autre choix que d’accompagner l’armée à mesure qu’elle parcourrait la campagne. La nouvelle de l’invasion se répandit rapidement à travers le royaume, et chaque homme, noble ou roturier, se sentait contraint de choisir un camp. Les dés étaient jetés, et le destin de l’Angleterre en ressortirait changé à jamais.

### Le chemin vers la rébellion

La première fois qu’Isabelle avait posé le pied sur le sol anglais, elle avait 12 ans et était déjà mariée. C’était en février 1308, alors qu’elle venait d’épouser le roi Édouard II d’Angleterre. De onze ans son aîné, Édouard ressemblait en tout point au roi de conte de fées; grand d’un mètre quatre-vingts, il était beau, musclé et bien proportionné, avec des cheveux bouclés qui lui tombaient au niveau des épaules. Pourtant, dans ce cas précis, les apparences pouvaient être trompeuses car Édouard II n’avait guère envie de régner. Isabelle devait sans doute avoir déjà entendu les rumeurs selon lesquelles son nouveau mari préférait passer du temps avec des connaissances peu recommandables, comme des acteurs et des pêcheurs, plutôt que des chevaliers et des comtes, et qu’il préférait les activités rustiques comme la pose de chaume et la natation aux activités nobles telles que les joutes et la chasse. En réalité, c’est lors du couronnement d’Édouard et du sien qu’elle eut un premier aperçu de ce comportement, quand le roi passa toute la nuit à bavarder et à rire avec son favori, [Pierre Gaveston](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-24381/pierre-gaveston/), tout en ignorant avec impolitesse sa jeune épouse. Cette rebuffade ne plut pas du tout à Isabelle, ni à son père, le roi Philippe IV le Bel, et créa un scandale mineur entre les maisons royales anglaise et française.

Au fil du temps, Isabelle se sentit de plus en plus isolée à la cour. Son époux passait presque tout son temps avec son favori, allant même jusqu’à lui offrir certains des bijoux d’Isabelle, que Pierre Gaveston portait en public. Comme l’historienne Allison Weir le fait remarquer, Édouard II pouvait difficilement être blâmé pour préférer la compagnie d’un homme de son âge plutôt que celle d’une enfant. Cependant, Isabelle se sentait insultée à chaque instant. Elle écrivit à son père que Pierre Gaveston était la cause de "tous ses malheurs" en ayant éloigné le roi d’elle, et que celui-ci était devenu "un parfait étranger dans ma couche" (cité dans Weir, 39). Mais si Isabelle ne s’est jamais ouvertement disputée avec Pierre Gaveston, on ne pouvait pas en dire autant des comtes et des barons d’Angleterre. La vieille noblesse se sentait menacée par l’influence indue du favori (un chevalier gascon d’origine relativement modeste) qui exerçait un pouvoir sur le roi, et l’attitude hautaine de Pierre Gaveston à leur égard n’avait pas arrangé les choses. Les tensions ne cessèrent de s’intensifier jusqu’en 1312, année où le puissant Thomas, comte de Lancastre, fit capturer et exécuter Gaveston. Édouard fulmina et jura de se venger, mais il ne pouvait pas faire grand-chose, du moins pour l’instant. Isabelle et lui s’étaient rapprochés au cours des mois qui avaient suivi la mort de son favori. Le premier enfant d’Isabelle, le prince Édouard, naquit en 1312, et elle mit au monde trois autres enfants au cours des années qui suivirent.

[ ![Edward II and Gaveston](https://www.worldhistory.org/img/r/p/750x750/20383.jpg?v=1777356305-1745392745) Édouard II et Gaveston Marcus Stone (Public Domain) ](https://www.worldhistory.org/image/20383/edward-ii-and-gaveston/ "Edward II and Gaveston")Le désaccord entre la Couronne et les barons ne s’apaisa pas avec l’assassinat de Pierre Gaveston. En effet, à la fin des années 1310, Édouard avait commencé à montrer des signes d’affection envers un nouveau favori, qui s’avérerait être bien plus dangereux pour les barons que ne l’avait été le précédent. Il s’agissait d’Hugues le Despenser le Jeune, un homme avide et ambitieux qui avait gagné l’amitié du roi après être devenu chambellan royal en 1318. Depuis cette période, Hugues le Despenser et son père (Hugues l’Aîné) se virent attribuer de nombreux domaines et titres, et ils devinrent rapidement deux des hommes les plus puissants du royaume. La plupart de leurs nouveaux domaines étaient situés dans les Marches galloises, ces terres frontalières instables entre l’Angleterre et le Pays de Galles, ce qui leur valut l’ire des puissants seigneurs locaux des Marches. Les seigneurs des Marches formaient un groupe de nobles farouchement indépendants qui ne supportaient pas de voir les Despenser empiéter sur leurs terres. Parmi ces seigneurs des Marches, l’un des plus importants était le jeune baron de Wigmore, Roger Mortimer. Il avait passé la majeure partie de sa jeunesse, dévoué, au service du roi et il venait de repousser une incursion écossaise en Irlande. Pourtant, comme beaucoup de ses pairs, il fut bientôt déçu par le favoritisme du roi envers les Despenser. Le grand-père de Roger Mortimer avait en fait tué celui de Hugues le Despenser au combat, ce qui faisait craindre au baron que, s’il n’agissait pas, les Despenser viennent se venger.

En 1321, les seigneurs des Marches décidèrent de frapper les premiers. Ils conduisirent une bande d’hommes d’armes sur les terres des Despenser, qui tuèrent, brûlèrent et pillèrent au fur et à mesure qu’ils avançaient. Roger Mortimer mena une troupe aux portes de Londres, où il fut bientôt rejoint par le comte de Lancastre. Ensemble, ils réclamèrent qu’Édouard II envoie en exil les Despenser haïs. Le roi n’avait pas d’autre choix que d’accepter. Cependant, à peine le baron de Wigmore et le comte de Lancastre avaient-ils démobilisé leurs troupes qu’Édouard changea d’avis. Il rappela les Despenser en Angleterre et assiégea immédiatement le château de Leeds rebelle. Cela sema la panique dans le cœur de nombreux contestataires, qui changèrent de camp; pris de court, Roger Mortimer fut contraint de se rendre au roi à Shrewsbury, en janvier 1322, et il fut emprisonné dans la [tour de Londres](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-17036/tour-de-londres/). Le comte de Lancastre n’eut pas cette chance: il fut capturé après la bataille de Boroughbridge et exécuté, subissant ainsi le même sort qu’il avait infligé à Pierre Gaveston une dizaine d’années plus tôt. Après avoir étouffé la rébellion, Édouard II n’était pas enclin à faire preuve d’indulgence. Une vingtaine de barons dissidents furent exécutés, leurs corps mutilés exposés sur les gibets à l’entrée de chaque grande ville. Pendant un certain temps, on aurait pu croire que le pouvoir seigneurial avait disparu à jamais en Angleterre. Puis, en août 1323, l’impensable arriva: Roger Mortimer s’échappa de la tour de Londres et prit la fuite pour la France.

### Deux amants

Roger Mortimer arriva à Paris, où il fut accueilli à la cour du roi Charles IV, le frère d’Isabelle. Pendant les années qui suivirent, il y vécut en exil, les yeux tournés vers la Manche, dans l’attente d’une occasion de rentrer chez lui et de briser le pouvoir des Despenser. En Angleterre, Isabelle priait elle aussi pour la chute des Despenser. Bien qu’elle ait accepté de tolérer Pierre Gaveston, les Despenser exerçaient sur son mari une emprise bien plus totale et bien plus sinistre. Ils convainquirent le roi Édouard II de leur céder des domaines qui revenaient de droit à Isabelle, ce qui réduisit ainsi fortement ses revenus. Ils obtinrent la garde de ses jeunes enfants et la mirent même physiquement en danger. En 1322, Édouard et les Despenser fuirent Tynemouth sous la pression d’une armée écossaise envahissante, laissant Isabelle sur place, livrée à elle-même. Bien qu’elle s’en soit sortie indemne, elle ne pardonna jamais aux Despenser d’avoir persuadé le roi de l’abandonner. Finalement, Isabelle en vint à soupçonner que les Despenser souhaitaient l’écarter pour de bon et qu’ils planifiaient de la tuer. En 1325, elle se rendit en France pour une mission diplomatique, accompagnée de son fils aîné, le prince Édouard. Une fois en sécurité sous la protection de son frère, elle refusa de retourner en Angleterre tant que les Despenser détenaient encore le pouvoir.

[ ![Isabella of France Arrives in Paris](https://www.worldhistory.org/img/r/p/500x600/17338.jpg?v=1682582786-1682582818) Isabelle de France arrive à Paris Jean Froissart (Public Domain) ](https://www.worldhistory.org/image/17338/isabella-of-france-arrives-in-paris/ "Isabella of France Arrives in Paris")Au cours de son séjour à Paris, Isabelle s’entoura d’autres exilés anglais mécontents et entretint sans doute une correspondance avec de puissants contacts en Angleterre. Elle gagna le soutien du comte de Norfolk ainsi que celui du comte de Lancastre, qui désirait venger le meurtre de son défunt frère. Cependant, parmi les nombreux exilés qu’elle rencontra en France se trouvait Roger Mortimer. Roger Mortimer et elle se connaissaient probablement déjà avant que le baron ne soit emprisonné. Ils formèrent une alliance politique qui s’épanouit rapidement en quelque chose de plus fort. En décembre 1325, des rumeurs sur leur histoire d’amour passionnée se répandirent à travers l’Europe. En effet, le couple avait même commencé à vivre et à se montrer en public ensemble, comme s’ils faisaient étalage de leur adultère face au monde. En quelques mois seulement, ils avaient monté un plan pour envahir l’Angleterre et évincer les Despenser une bonne fois pour toutes. Ils s’assurèrent du soutien du comte de Hainaut en organisant des fiançailles entre sa fille Philippa et le prince Édouard. Cela leur permit de disposer d’une base d’opérations en Flandres, dans laquelle ils purent rassembler et ravitailler leur armée, composée de mercenaires et d’exilés anglais. Tout fut enfin prêt en septembre 1326, et les rebelles hissèrent les voiles pour mettre le cap sur l’Angleterre.

### Destitution du Roi

Après avoir quitté le château de Norfolk, l’armée d’Isabelle se déplaça vers l’ouest et marcha sur Londres. Édouard II dînait avec le jeune Despenser dans la tour de Londres lorsqu’il apprit l’invasion. "Hélas, hélas, cria le roi. Nous avons été trahis!" (cité dans Jones, 413). Le 2 octobre, il quitta la ville avec Hugues le Jeune, abandonnant cette dernière aux caprices de la foule. Peu de temps après, les habitants de Londres se révoltèrent. Ils capturèrent John Marshal, un allié proche des Despenser, et le tuèrent. Lorsque l’évêque d’Exeter tenta de restaurer l’ordre, les émeutiers le firent tomber de son cheval et le décapitèrent avec un couteau à pain, puis ils envoyèrent sa tête à Isabelle en signe macabre de soutien. Avec le peuple de Londres à ses côtés, Isabelle chevaucha jusqu’au château de Bristol, où l’aîné Despenser se cachait. Le château tomba aux mains des troupes d’Isabelle après un court siège, et ce dernier fut fait prisonnier. La reine livra son prisonnier au comte de Lancastre, qui le fit couper en morceaux et le donna en pâture aux chiens.

[ ![Portrait of Edward II of England](https://www.worldhistory.org/img/r/p/500x600/11682.jpg?v=1771301303) Portrait d'Édouard II d'Angleterre Unknown Artist (Public Domain) ](https://www.worldhistory.org/image/11682/portrait-of-edward-ii-of-england/ "Portrait of Edward II of England")Tandis que Bristol était assiégée, le roi Édouard II et le jeune Despenser essayèrent d’embarquer sur un bateau pour l’Irlande. Toutefois, de mauvais vents les empêchèrent de quitter le port et ils furent contraints de trouver refuge au Pays de Galles à la place. Isabelle de France et Roger Mortimer profitèrent de l’occasion pour publier un communiqué qui déclara qu’étant donné que le roi Édouard II avait tenté d’abandonner le royaume, le jeune prince Édouard devait prendre la tête du gouvernement. Le communiqué fut ratifié par les comtes de Norfolk, de Lancastre et par certains autres puissants comtes du royaume, ce qui appuya le fait que la rébellion n’avait plus simplement pour but d’éloigner les Despenser du pouvoir, mais de statuer, via un référendum, sur les aptitudes d’Édouard II à régner. Le 26 octobre, on retira à Édouard II son autorité et ses pouvoirs qui furent officiellement remis à son fils de 14 ans. En novembre, Isabelle de France et le baron de Wigmore gagnèrent Hereford au niveau de la frontière galloise. D’ici, ils envoyèrent le comte de Lancastre afin de retrouver le roi. Ce qu’il fit le 16 novembre, capturant à la fois le roi Édouard II d’Angleterre et Hugues le Despenser près de la ville galloise de Llantrisant. Le comte de Lancastre plaça Édouard sous bonne garde, tandis que Hugues fut emmené à Hereford, où il fut pendu, écartelé et démembré. La rébellion était finie et un nouveau jour était sur le point de se lever en Angleterre.

### Règne et chute

Avec la victoire de la rébellion et la mort des Despenser, la reine Isabelle et le baron de Wigmore se retrouvèrent face à une question délicate: que fallait-il faire du roi? Bien qu’il ait été placé en détention et quoiqu’il ait cédé une grande partie de son autorité à son fils, Édouard II d’Angleterre était encore le monarque régnant. Pourtant, deux décennies de règne impopulaire et tumultueux avaient monté la plupart de ses barons contre lui. Le 24 janvier 1327, Édouard II fut contraint d’abdiquer, et la couronne fut transmise au prince, qui devint le roi Édouard III d’Angleterre. Cependant, puisque Édouard III était mineur, le véritable pouvoir passa aux mains d’Isabelle de France et de Roger Mortimer, qui commencèrent à régner en tant que régents. Ils mirent leurs premiers mois d’autorité à profit pour s’enrichir ainsi que leurs alliés. Le baron de Wigmore accumula les terres et les titres dans les Marches galloises, et il récompensa généreusement ses compagnons, les seigneurs des Marches. La reine Isabelle prit elle aussi le contrôle de plus de territoires et se servit même dans les caisses du trésor royal; un jour, elle prit 20 000 £ (environ 23 000 €) dans le Trésor sous prétexte de rembourser des dettes étrangères. Cette corruption flagrante rebuta bon nombre de leurs anciens partisans, qui avait espéré un gouvernement royal juste.

En septembre 1327, Édouard II mourut alors qu’il était assigné à résidence au château de Berkeley. À l’époque, il fut annoncé qu’il était décédé de causes naturelles, certains avançant qu’il était mort de chagrin suite à la perte de son trône. Cependant, des rumeurs commencèrent à se répandre qu’Isabelle et Mortimer avaient quelque chose à voir avec le décès opportun de l’ancien roi; alors qu’il n’y avait pas de preuves concrètes de l’assassinat d’Édouard, ils avaient sûrement beaucoup à gagner avec sa mort, et leur implication continue de faire débat parmi les érudits de notre époque. Après le décès d’Édouard II, les ambitions de Roger Mortimer devinrent plus évidentes. Lors des banquets et des tournois, il présidait toujours à la place d’Édouard III, comme s’il signalait au royaume qu’il était le seul vraiment en charge. De plus, en 1328, il se nomma comte des Marches, ce qui conduisit à encore plus de consternation dans le royaume. Henry, comte de Lancastre, fut le premier seigneur important à s’éloigner de Mortimer et Isabelle. Il se retrouva mis à l’écart du pouvoir et il accusa le roi d’avoir enfreint la *[Magna Carta](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-17603/magna-carta/) (Grande Charte*) et son serment de couronnement en suivant les sinistres conseils de Roger Mortimer. Au cours de l’année 1329, une nouvelle vague de guerres civiles pointait à l’horizon.

[ ![Edward III Seizing Roger Mortimer](https://www.worldhistory.org/img/r/p/500x600/21762.jpg?v=1777249587-1777270570) Édouard III capture Roger Mortimer Unknown Artist (CC BY-NC-SA) ](https://www.worldhistory.org/image/21762/edward-iii-seizing-roger-mortimer/ "Edward III Seizing Roger Mortimer")La dispute avec le comte de Lancastre rendit le nouveau comte des Marches de plus en plus paranoïaque. Il soupçonnait en particulier la loyauté d’Edmond, comte de Kent, qui s’était rangé de son côté et celui d’Isabelle au cours de la rébellion, mais qui avait également pris parti pour le demi-frère d’Édouard II. En [mars](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-10341/mars/) 1330, Roger Mortimer avait entendu dire qu’Edmond était impliqué dans un complot contre lui. Plutôt que d’ouvrir une enquête à ce sujet, le comte des Marches fit simplement arrêter et décapiter le comte de Kent pour trahison. Ce dernier acte de tyrannie fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase pour beaucoup à travers le royaume, dont le jeune roi Édouard III. Désormais âgé de 17 ans, le nouveau roi était prêt à se débarrasser des chaînes de sa régence. Le 19 octobre 1330, avec 22 de ses compagnons, il pénétra dans le château de Nottingham, où Mortimer et Isabelle demeuraient, grâce à un tunnel secret. Ils s’emparèrent de Roger Mortimer et l’emmenèrent, tandis qu’Isabelle regardait en spectatrice et aurait imploré son fils "d’avoir pitié envers le bon Mortimer!" (cité dans Weir, 353). Néanmoins, la seule pitié dont Édouard III semblait vouloir faire preuve à l’égard du comte des Marches était de ne pas le faire écarteler et démembrer en tant que traître. Le 29 novembre 1330, Roger Mortimer fut pendu à Tyburn. Édouard III commença à régner en son propre nom, tandis qu’Isabelle partait vivre le reste de ses jours à l’écart; elle mourut au château d’Hertford en août 1358. Avec elle s’achevait l’une des histoires les plus dramatiques de l’Angleterre médiévale: une trahison motivée par l’amour et le pouvoir.

#### Editorial Review

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## Bibliographie

- [Hallam, Elizabeth. *Four Gothic Kings.* Grove Pr, 1987.](https://www.worldhistory.org/books/1555841716/)
- [Jones, Dan. *The Plantagenets: The Kings Who Made England.* Penguin Books, 2014.](https://www.worldhistory.org/books/0143124927/)
- [Weir, Alison. *Queen Isabella.* Ballantine Books, 2006.](https://www.worldhistory.org/books/0345453204/)

## Auteur

Harrison Mark est diplômé de SUNY Oswego NY, où il a étudié l'histoire et les sciences politiques.
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### APA
Mark, H. W. (2026, May 25). Mortimer et Isabelle: Les amants qui destituèrent un roi. (S. Charrière, Traducteur). *World History Encyclopedia*. <https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2920/mortimer-et-isabelle/>
### Chicago
Mark, Harrison W.. "Mortimer et Isabelle: Les amants qui destituèrent un roi." Traduit par Salomée Charrière. *World History Encyclopedia*, May 25, 2026. <https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2920/mortimer-et-isabelle/>.
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Mark, Harrison W.. "Mortimer et Isabelle: Les amants qui destituèrent un roi." Traduit par Salomée Charrière. *World History Encyclopedia*, 25 May 2026, <https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2920/mortimer-et-isabelle/>.

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Soumis par [Salomée Charrière](https://www.worldhistory.org/user/salomeecharrier/ "User Page: Salomée Charrière"), publié le 25 May 2026. Veuillez consulter la ou les sources originales pour obtenir des informations sur les droits d'auteur. A noter que les contenus liés à cette page peuvent avoir des des termes de licence différents.

