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title: Contes de Manabozho
author: Joshua J. Mark
translator: Salomée Charrière
source: https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2632/contes-de-manabozho/
format: machine-readable-alternate
license: Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike (https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/)
updated: 2026-05-15
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# Contes de Manabozho

_Rédigé par [Joshua J. Mark](https://www.worldhistory.org/user/JPryst/)_
_Traduit par [Salomée Charrière](https://www.worldhistory.org/user/salomeecharrier)_

Les contes de Manabozho sont des histoires qui mettent en scène le personnage du filou et du héros culturel des Ojibwés [](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1290/fantomes-nordiques-et-au-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-148/textes-des-pyramides-guide-de-lau-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-119/les-chaouabtis-la-main-doeuvre-de-lau-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1942/communautes-diasporiques-en-mediterranee-et-au-del/)(Ojibwoués/Chippewa) et d’autres nations algonquines autochtones du Nord des États-Unis et du Sud-Est canadien actuels. Manabozho est une entité surnaturelle, souvent dépeinte avec des pouvoirs quasi-divins, mais qui n’est pas un [dieu](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-10299/dieu/), même si, dans certaines légendes, il est représenté en tant que co-créateur.

[ ![Manabozho Pictograph as a Giant Rabbit](https://www.worldhistory.org/img/r/p/500x600/19996.jpeg?v=1763399055-1739269408) Pictogramme de Manabozho en lapin géant D. Gordon E. Robertson (CC BY-SA) ](https://www.worldhistory.org/image/19996/manabozho-pictograph-as-a-giant-rabbit/ "Manabozho Pictograph as a Giant Rabbit")Selon les traditions ojibwées (de même que celles des autres peuples algonquins), Manabozho (aussi appelé Nanabozho) est un esprit envoyé sur terre par le Grand Esprit (*Gitche Manitou*) pour apprendre aux animaux, puis aux humains, la bonne façon de vivre. Il va parfois droit au but, en donnant des instructions, d’autres fois il a recours à la punition, ou, puisqu’il est métamorphe, à la ruse et à la tromperie.

Comme avec les histoires de filous des autres peuples autochtones d’Amérique du Nord (les [contes de Wihio](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2463/contes-de-wihio/) des [Cheyennes](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-22435/cheyennes/), les contes d’Iktomi des [Sioux](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-22208/sioux/), les [contes de Coyote de la nation Shasta](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2610/contes-de-coyote-de-la-nation-shasta/), les [contes de Glooscap](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2626/contes-de-glooscap/) de la Confédération Wabanaki, et beaucoup d’autres), Manabozho apparaît parfois sous les traits d’un homme sage, parfois sous ceux d’un idiot, il peut se présenter comme un héros, ou comme un méchant, ou même se comporter comme un enfant irritable et mesquin. Les contes de Manabozho, comme ceux des autres nations, impliquent toujours une forme de transformation.

Il se manifeste parfois sous les traits d’un homme, mais il est souvent dépeint comme un grand lapin et, sous cette forme, il est connu sous le nom de *Mishaabooz* ("Grand Lapin"). Cependant, il peut prendre la forme qu’il souhaite, qu’il s’agisse d’une feuille, d’une souche (une forme qu’il affectionne tout particulièrement dans plusieurs contes) ou de toute autre chose. Les Ojibwés, et d’autres peuples algonquins, ajoutent foi à l’existence de Manabozho pour avoir co-créé la terre (ou, dans certaines versions, pour avoir asséché la planète après une énorme inondation), pour avoir nommé toutes les plantes et les animaux, pour avoir donné aux humains les préceptes spirituels de leur religion (*Midewiwin*, "la voie du cœur"), pour leur avoir appris à pêcher, et pour avoir inventé les caractères du langage écrit ojibwé, qui fait partie de la famille des langues algonquiennes.

### **Culture et histoire des Ojibwés**

Les Ojibwés font partie du peuple algonquin; ils sont reliés par leur culture, leur ethnie et leur langue à d’autres peuples de la région Sud-Est du Canada et du Nord des États-Unis. En outre, ils sont membres du Conseil des Trois Feux, qui regroupe également les nations Odawa (ou Outaouais) et Potawatomi. Les débats sur la signification de leur nom continuent, mais une possibilité a été évoquée par l’érudite Adele Nozedar, qui suggère que cela "veut dire "rôti à en être plissé" ou "peuple aux mocassins plissés" et que cela se réfère aux coutures plissées sur les mocassins que les Ojibwés portent" (337). L’autre nom sous lequel ils sont connus, *Chippewa*, vit le jour suite à une mauvaise prononciation d’*Ojibwé*, bien que les deux noms soient utilisés par le peuple pour se désigner.

Les Ojibwés, tout comme les autres nations autochtones, revendiquent le fait qu’ils sont originaires de la terre et, dans leur cas, à l’embouchure d’un cours d’eau navigable maintenant baptisé le fleuve Saint-Laurent au Québec actuel. Ils formaient autrefois une société de chasseurs-cueilleurs jusqu’à ce qu’ils ne s’établissent de façon permanente dans des habitations appelées wigwams, habituellement fabriquées avec de l’écorce de bouleau fixée sur des jeunes arbres courbés et des roseaux tressés (*wiigiwaam* dans la langue algonquine anichinabée des Ojibwés). Les hommes construisaient les wigwams et les femmes avaient la charge de les aménager.

[ ![Ojibwa Village](https://www.worldhistory.org/img/r/p/750x750/18124.jpg?v=1740115564-1699439835) Village ojibwé Paul Kane (Public Domain) ](https://www.worldhistory.org/image/18124/ojibwa-village/ "Ojibwa Village")Comme dans les autres nations autochtones, les hommes chassaient, pêchaient, protégeaient le village et faisaient la [guerre](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-154/guerre/) tandis que les femmes tenaient le foyer, préparaient les repas, élevaient les enfants, s’occupaient des récoltes et faisaient du commerce avec les autres communautés. Leur croyance spirituelle/religieuse, Midewiwin, met en avant l’importance de l’équilibre intérieur, entre la communauté humaine et le monde naturel, et le fait de s’efforcer de régler les désaccords lorsqu’ils apparaissent. Les cérémonies Midewiwin se concentrent sur la relation entre l’individu et le monde spirituel afin d’encourager le respect de l’environnement et des autres personnes. Bien qu’encore pratiquées, les adeptes du Midewiwin diminuèrent après l’arrivée des Européens et la diffusion du [christianisme](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-665/christianisme/).

Le premier contact des Ojibwés avec les Européens eut lieu avec des missionnaires français en 1640, ils établirent des relations amicales avec les commerçants de fourrure français et ils leur achetèrent des armes à feu et en fer qu’ils utilisèrent pour repousser les Sioux Lakota hors de la région, jusque dans les Grandes Plaines. Ils s’allièrent aux Français face aux Britanniques pendant la [guerre de la Conquête](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19621/guerre-de-la-conquete/) (1754-1763), aux Britanniques face aux Continentaux pendant la guerre d’indépendance des États-Unis (1775-1783) et aux Britanniques face aux États-Unis lors de la guerre de 1812. Après le conflit, les États-Unis tentèrent de déplacer les Ojibwés par la force à l’ouest du fleuve Mississippi, mais le chef Kechewaishke ("Great Buffalo", environ 1759-1855) négocia un accord pour les Ojibwés, qui leur permit de conserver les réserves sur leurs terres ancestrales près du lac Supérieur.

La culture et la langue ojibwées furent affectées négativement par l’occupation de leurs terres par les Français, les Anglais et les nations euro-américaines, mais elles survécurent, et les Ojibwés vivent encore, plus ou moins, avec les autres peuples algonquins, dans les zones qu’ils occupaient il y a des milliers d’années. Leur langue est encore parlée et elle est utilisée pour raconter les contes traditionnels comme les trois rapportés ci-dessous.

### **Texte**

Les contes qui suivent proviennent de *Native American Myths & Legends* (2023), écrit par J. K. Jackson (*Une légende de Manabozho* et *Manabozho et son orteil*) et de *Manabozho, the Great White Rabbit and Other Indian Stories* (1918, publié à nouveau en 2024) par Maude Radford Warren (*L’histoire du Sauteur*).

> **Une légende de Manabozho**
> Manabozho créa la terre. Ce fut pour lui l’occasion de montrer ce qu’il savait faire.
> Un jour, il partit chasser en compagnie de deux loups. Après le premier jour de chasse, l’un des loups l’abandonna et partit vers la gauche, mais l’autre poursuivit sa route avec Manabozho, qui l’adopta comme fils. En cette période, les lacs étaient peuplés d’esprits contre lesquels Manabozho et son fils entrèrent en guerre. Ils détruisirent tous les esprits dans un lac, puis ils se remirent à chasser. Ils n’eurent, toutefois, pas beaucoup de chance, parce qu’à chaque cerf que le loup chassait, la bête s’échappait vers l’un des autres lacs et elle leur échappait. Un jour, Manabozho tomba par hasard nez à nez avec un cerf, et le loup se lança à sa poursuite. L’animal courut jusqu’au lac, qui était recouvert de glace, et sur lequel le loup le pourchassa. Au moment où le loup arriva à la hauteur de sa proie, la glace se brisa et ils plongèrent tous les deux; alors, les esprits les attrapèrent et les dévorèrent sur-le-champ.
> Manabozho sillonna les abords du lac en pleurant et en se lamentant. Alors qu’il se trouvait dans un état de grande détresse, il entendit une voix qui provenait des profondeurs du lac.
> "Manabozho, cria la voix, pourquoi pleures-tu?"
> Manabozho répondit:
> "N’ai-je donc aucune raison de le faire? J’ai perdu mon fils, qui a coulé dans les eaux de ce lac.
> — Tu ne le reverras jamais en faisant cela, répliqua la voix; Les esprits l’ont dévoré".
> Manabozho fondit en larmes de plus belle lorsqu’il apprit cette triste nouvelle.
> "Pourrais-je, dit-il, pourrais-je rencontrer ceux qui m’ont ainsi cruellement traité en engloutissant mon fils. Ils devraient avoir à faire au pouvoir de Manabozho, qui serait vengé."
> La voix l’informa qu’il pourrait rencontrer les esprits en réparant un endroit précis, où les esprits viendraient prendre le soleil. Manabozho se rendit à l’endroit indiqué, et, se dissimulant, vit les esprits, qui apparaissaient sous différentes formes: serpents, ours et autres choses. Cependant, Manabozho n’échappa pas à l’attention de l’un des deux chefs des esprits, et l’un des membres de la bande, qui avait l’apparence d’un très grand serpent, fut envoyé sur leurs ordres afin d’examiner cet étrange objet.
> Manabozho vit l’esprit s’approcher et se changea en souche. En s’approchant, le serpent s’enroula autour du tronc et le pressa de toutes ses forces, si fort que Manabozho se trouva sur le point de crier quand le serpent se déroula. Le soulagement ne fut, cependant, que de courte durée. À nouveau, le serpent s’enroula autour de lui et le serra avec plus de force encore que la fois précédente. Manabozho se maîtrisa et ne laissa échapper aucun cri, et le serpent, à présent convaincu que la souche était bien ce qu’elle semblait être, s’éloigna doucement vers ses compagnons. Toutefois, les chefs des esprits n’étaient pas satisfaits; ils envoyèrent donc l’ours pour essayer de voir ce qu’il pourrait faire de la souche. L’ours s’approcha de Manabozho et le prit dans ses bras, puis il le mordit et le griffa jusqu’à ce qu’il ne puisse difficilement retenir un cri avec la douleur que l’ours lui causait. La pensée de son fils et de la vengeance qu’il désirait prendre sur les esprits l’en empêcha néanmoins, et l’ours repartit finalement auprès des siens.
> "Ce n’est rien, déclara l’ours. C’est vraiment une souche d’arbre."
> Alors les esprits furent rassurés, et, ils s’allongèrent pour dormir après avoir pris le soleil. Voyant cela, Manabozho reprit sa forme d’origine, se déplaça vers eux à pas de loup avec son arc et ses flèches, et tua les chefs des esprits. Ce faisant, il réveilla les autres, qui, découvrant que leurs chefs étaient morts, attaquèrent Manabozho, qui s’enfuit. Les esprits le poursuivirent sous la forme d’une immense inondation. Les entendant derrière lui, le fugitif courut aussi vite qu’il le put jusqu’aux collines, mais elles se faisaient submerger une à une, ce qui força Manabozho à se retrancher au sommet de la plus haute montagne. Les eaux l’encerclaient encore à cet endroit et prenaient toujours plus de place, Manabozho grimpa sur le pin le plus haut qu’il put trouver. Les eaux montaient toujours. Alors Manabozho pria pour que l’arbre pousse, ce qui se passa. Mais les eaux montaient toujours. Manabozho pria à nouveau pour que l’arbre pousse, ce qu’il fit, mais pas autant que la fois d’avant. Mais les eaux montaient toujours et Manabozho en avait maintenant jusqu’au menton, lorsqu’il pria encore, et l’arbre poussa, mais moins que les deux fois passées. Manabozho regarda les eaux autour de lui et il vit plusieurs animaux qui nageaient à la recherche d’un bout de terre. Parmi eux, il aperçut un castor, une loutre et un rat musqué. Il leur cria alors:
> "Mes frères, venez à moi. Il nous faut trouver la terre, ou nous mourrons tous".
> Ils le rejoignirent et discutèrent de ce qu’il y avait de mieux à faire; il fut décidé qu’ils devraient plonger et voir s’ils ne pouvaient pas rapporter à la surface un peu de terre venant de dessous.
> Le castor plongea en premier, mais il fut emporté avant qu’il n’ait pu atteindre le fond. Puis se fut au tour de la loutre. Elle arriva en vue de la terre, mais elle perdit connaissance avant de pouvoir en attraper une bouchée. Le rat musqué prit sa suite. Il coula au fond et mordit la terre. Puis il perdit connaissance et revint flotter à la surface de l’eau. Manabozho attendait leur réapparition depuis l’arbre, et, à mesure qu’ils remontaient à la surface, il les ramenait près de lui. Il examina leurs griffes, mais ne trouva rien. Puis il regarda dans leurs gueules et trouva celles du castor et de la loutre vides. Néanmoins, il découvrit un peu de terre dans celle du rat. Manabozho la prit dans ses mains et la frotta jusqu’à ce qu’elle ne se transforme en une fine poussière. Puis il la fit sécher au soleil, et, quand elle fut suffisamment claire, il la répandit en la soufflant sur l’eau tout autour de lui, et la terre ferme apparut.
> C’est ainsi que Manabozho créa la terre.

[ ![Manabozho in the Tree Above the Flood](https://www.worldhistory.org/img/r/p/500x600/19995.png?v=1738790970-1739269235) Manabozho dans l’arbre au-dessus de l’immense inondation R. C. Armour (Public Domain) ](https://www.worldhistory.org/image/19995/manabozho-in-the-tree-above-the-flood/ "Manabozho in the Tree Above the Flood")> **L’histoire du Sauteur**
> Les animaux se promenaient là où ils le souhaitaient sur la terre. Ils flânaient à travers les forêts et gravissaient les montagnes. Ils se rendaient dans toutes les grottes à l’exception d’une. Celle dont Manabozho leur avait interdit l’entrée.
> "Qu’y a-t-il à l’intérieur, Manabozho?, demandèrent les animaux.
> — Cela ne me dérange pas de vous le dire, mes enfants, répondit Manabozho. C’est une sorte de mauvaise herbe appelée tabac. Le tabac n’est pas bon pour vous. Je ne veux qu’aucun d’entre vous n’y touche."
> Tous les animaux se fièrent à Manabozho et lui obéirent, excepté un. C’était un grand animal, tout en vert et noir, appelé le Sauteur. Ses yeux étaient brillants et son regard pénétrant. Il avait des ailes soyeuses ainsi que de longues et fines jambes. Cela lui plaisait de sauter plus loin que n’importe quel autre animal. Il commença à penser qu’il était plus grand que n’importe lequel d’entre eux.
> Un jour, il se dit: "Évidemment, aucun des autres animaux ne devrait toucher au tabac. Mais moi, je peux parce que je suis tellement grand. Je veux voir à quoi ressemble cette mauvaise herbe".
> Alors, il sautilla jusqu’au devant de la grotte. L’entrée n’était cachée en aucune façon, car Manabozho faisait confiance au sérieux de ses animaux.
> "Je sais que je me montre perfide, déclara le Sauteur. Je sais que je ne devrais pas désobéir à Manabozho. Mais ce n’est pas comme si j’étais un petit animal, je ne fais rien de mal. Je suis si grand! En toute justice, je devrais diriger avec Manabozho."
> Il s’inventa plein de bonnes raisons de désobéir à Manabozho. Et, à la fin, il s’engouffra dans l’entrée de la grotte. Il faisait sombre à l’intérieur et, au début, il ne pouvait rien distinguer. Au bout d’un instant, il vit que l’endroit était rempli de tas de feuilles marrons avec une forte odeur. Le Sauteur se rapprocha de plus en plus. Il finit par en prendre une bouchée.
> À ce moment, il entendit un bruit similaire à du tonnerre. Il s’agissait de la voix de Manabozho, qui descendait en courant du haut de la colline jusqu’à la caverne.
> "Sauteur désobéissant!, s’écria Manabozho. Pensais-tu que je ne savais pas ce que tu faisais? Cours! Cours! Je vais te poursuivre pour te punir."
> Le Sauteur se précipita hors de la caverne et commença à faire de grands bonds à travers la forêt. Au début, il sautait par-dessus les arbres, puis aussi haut que les branches les plus basses. Il se rendit compte qu’il rapetissait.
> "Manabozho! Manabozho!, cria-t-il. Ne me fais pas rapetisser, je t’en prie! J’étais si content lorsque j’étais grand. Je suis assez puni. Manabozho, pardonne-moi.
> — Je te pardonne, répondit Manabozho. Mais tu dois payer pour ta désobéissance."
> Le pauvre Sauteur n’était désormais pas plus grand qu’un oiseau.
> "Oh, bon Manabozho, arrête-toi!, pleura-t-il. Je ne suis pas plus grand qu’un moineau.
> — Tu ne pourras jamais sauter plus haut que l’herbe", déclara Manabozho.
> Et, à ce moment-là, la créature désobéissante se changea en l’animal que nous connaissons: la sauterelle.
> "Tu peux conserver cette bouchée de tabac pour laquelle tu as payé si cher, annonça Manabozho. Cependant, tu devras toujours y renoncer quand elle te sera demandée. Un jour prochain, il y aura de petits enfants sur cette terre. Ils t’attraperont et te diront, "Sauterelle, sauterelle, donne-nous du tabac". Tu devras alors leur obéir."
> La pauvre sauterelle se sentait très triste. Elle se tenait là, avec le jus de tabac marron coulant dans sa bouche, et elle tremblait pendant que Manabozho parlait.
> "De plus, continua Manabozho. Tu n’aideras jamais l’espèce humaine. Tu seras toujours plus ou moins néfaste pour les cultures. Aucune punition pire que celle d’être inutile ne me vient à l’esprit."

> **Manabozho et son orteil**
> Manabozho était si puissant qu’il commença à penser qu’il n’y avait rien qu’il ne put faire. Ses nombreux exploits étaient vraiment formidables et il devenait chaque jour plus vaniteux. Un jour qu’il marchait par hasard pour se divertir en exerçant ses pouvoirs extraordinaires, il arriva enfin à un campement où l’une des premières choses qu’il remarqua fut un enfant se reposant au soleil, qui était en boule avec son orteil dans sa bouche.
> Manabozho regarda cet enfant pendant un certain temps et se questionna sur son étonnante position.
> "Je n’avais jamais vu un enfant s’allonger comme cela, pensa-t-il. Mais je pourrais faire de même."
> Ce pensant, il s’accroupit aux côtés de l’enfant, prit son pied droit dans sa main et le porta en direction de sa bouche. Lorsqu’il l’eut approché aussi près qu’il le pouvait, il restait encore un grand écart jusqu’à ses lèvres.
> "Je vais essayer le pied gauche", déclara Manabozho.
> Ce qu’il fit, et il se rendit compte que ce n’était pas mieux, aucun de ses pieds ne pouvait atteindre sa bouche. Il courba, tordit et plia ses longs membres, et il grinça des dents de rage pour découvrir qu’il ne pouvait pas mettre son orteil dans sa bouche. Cependant, tout fut vain.
> Il se leva enfin, épuisé par son acharnement et sa passion, puis il s’éloigna lentement en marchant d’une bien mauvaise humeur, qui ne s’atténua guère avec les bruits de rire de l’enfant, que les efforts de Manabozho avaient réveillés.
> "Ah, ah!, s’exclama Manabozho. Un enfant peut-il ainsi se moquer de moi?"
> Il ne prit, toutefois, pas sa revanche sur le vainqueur, mais il transforma en cèdre un garçon qu’il rencontra sur le chemin du retour et qui ne l’avait pas traité avec le respect qui lui était dû.
> "Au moins, dit Manabozho, je peux faire quelque chose."

#### Editorial Review

This human-authored article has been reviewed by our editorial team before publication to ensure accuracy, reliability and adherence to academic standards in accordance with our [editorial policy](https://www.worldhistory.org/static/editorial-policy/).

## Bibliographie

- [Edmonds, M. & Clark, E. *Voices of the Winds: Native American Legends.* Chartwell Books, 2021.](https://www.worldhistory.org/books/0785839755/)
- [Jackson, J.K. *Native American Myths & Legends.* Flame Tree Publishing, 2023.](https://www.worldhistory.org/books/0857758497/)
- [Johnson, M. G. *Encyclopedia of Native Tribes of North America.* Firefly Books, 2022.](https://www.worldhistory.org/books/0228104025/)
- [Nozedar, A. *The Element Encyclopedia of Native Americans.* Harper Element, 2012.](https://www.worldhistory.org/books/1435142357/)
- [Warren, M. R. *Manabozho, the Great White Rabbit and Other Indian Stories.* Forgotten Books, 2024.](https://www.worldhistory.org/books/1334122725/)
- [Zimmerman, L. J. *The Sacred Wisdom of the Native Americans.* Chartwell Books, 2016.](https://www.worldhistory.org/books/0785833900/)

## Auteur

Joshua J. Mark est cofondateur et Directeur de Contenu de la World History Encyclopedia. Il était auparavant professeur au Marist College (NY) où il a enseigné l’histoire, la philosophie, la littérature et l’écriture. Il a beaucoup voyagé et a vécu en Grèce et en Allemagne.
- [Linkedin Profile](https://www.linkedin.com/pub/joshua-j-mark/38/614/339)

## Questions & Réponses

### Qui est Manabozho?
Manabozho est un personnage filou et un héros surnaturel de la culture du peuple algonquin, communément partagé avec la nation ojibwé, qui fut envoyé sur terre pour apprendre aux animaux et aux humains la bonne façon de vivre.

### À quoi ressemble Manabozho?
Dans certaines histoires, Manabozho est parfois dépeint comme un homme, et, d’autres fois, comme un grand lapin, auquel on associe l’intelligence et la vitesse.

### Existe-t-il un conte dans lequel Manabozho se bat contre Paul Bunyan?
Oui, il existe un conte ojibwé dans lequel Manabozho se bat contre le légendaire bûcheron Paul Bunyan dans une tentative de l’arrêter d’abattre plus d’arbres. Manabozho remporte l’affrontement et Paul Bunyan est contraint de quitter la région.

### À quelle date les Contes de Manabozho furent-ils créés?
La date d’origine de la création des Contes de Manabozho ne peut pas être déterminée puisqu’ils furent transmis oralement pendant des siècles avant d’être couchés sur le papier au XIXe et au XXe siècles.


## Liens externes

- [The Untold Ojibwe Story of Paul Bunyan](https://wrkr.com/paul-bunyon-ojibwe-origin/)
- [An Ojibway Legend: Manabozho and the Maple Trees](https://www.native-languages.org/ojibwestory.htm)
- [Ojibwe | Milwaukee Public Museum](https://www.mpm.edu/content/wirp/ICW-51)
- [Our Proud History | Algonquins of Ontario](https://www.tanakiwin.com/algonquins-of-ontario/our-proud-history/)

## Citer cette ressource

### APA
Mark, J. J. (2026, May 15). Contes de Manabozho. (S. Charrière, Traducteur). *World History Encyclopedia*. <https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2632/contes-de-manabozho/>
### Chicago
Mark, Joshua J.. "Contes de Manabozho." Traduit par Salomée Charrière. *World History Encyclopedia*, May 15, 2026. <https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2632/contes-de-manabozho/>.
### MLA
Mark, Joshua J.. "Contes de Manabozho." Traduit par Salomée Charrière. *World History Encyclopedia*, 15 May 2026, <https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2632/contes-de-manabozho/>.

## Licence & Copyright

Soumis par [Salomée Charrière](https://www.worldhistory.org/user/salomeecharrier/ "User Page: Salomée Charrière"), publié le 15 May 2026. Veuillez consulter la ou les sources originales pour obtenir des informations sur les droits d'auteur. A noter que les contenus liés à cette page peuvent avoir des des termes de licence différents.

