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title: Crise de Fachoda: Quand la Grande-Bretagne et la France ont frôlé la guerre en Afrique
author: Mark Cartwright
translator: Babeth Étiève-Cartwright
source: https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-26179/crise-de-fachoda/
format: machine-readable-alternate
license: Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike (https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/)
updated: 2026-04-29
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# Crise de Fachoda: Quand la Grande-Bretagne et la France ont frôlé la guerre en Afrique

_Rédigé par [Mark Cartwright](https://www.worldhistory.org/user/markzcartwright/)_
_Traduit par [Babeth Étiève-Cartwright](https://www.worldhistory.org/user/bab.cartwright)_

La crise de Fashoda,[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1290/fantomes-nordiques-et-au-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-148/textes-des-pyramides-guide-de-lau-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-119/les-chaouabtis-la-main-doeuvre-de-lau-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1942/communautes-diasporiques-en-mediterranee-et-au-del/) survenu en 1898 au Soudan, provoqua une crise diplomatique entre les empires britannique et français. Une petite force française revendiquait l'autorité sur la ville de Fachoda (aujourd'hui Kodok) et la vallée du Haut-[Nil](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-78/nil/). Une force britannique bien plus importante, forte de sa récente victoire sur l'État mahdiste lors de la bataille d'Omdourman, exigea le retrait des Français, qui finirent par s'exécuter. Cet incident chaotique, survenu dans le contexte de la ruée vers l'Afrique, faillit déclencher une [guerre](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-154/guerre/) entre les deux puissances coloniales, qui se méfiaient de plus en plus des intentions l'une de l'autre. La crise de Fachoda détériora les relations anglo-françaises, qui ne furent rétablies que lorsque les deux États prirent conscience que l'Allemagne impériale constituait la véritable menace pour eux en [Europe](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-35/europe/) et au-delà.

### Le contrôle du Nil

La [guerre des mahdistes](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-26130/guerre-des-mahdistes/) (1881-1899) vit la création de l’État mahdiste au Soudan, initialement dirigé par le charismatique leader islamique Muhammad Ahmad (1844-1885), qui s’était autoproclamé Mahdi. La Grande-Bretagne, qui gouvernait l’Égypte comme un quasi-protectorat (ce statut ne fut officialisé qu’en 1912), tenait également à contrôler le Soudan voisin, car le Nil, si vital pour l’Égypte, le traverse de part en part. L'ambition était de perpétuer la relation entre les deux États qui existait avant la prise de contrôle britannique, lorsque l'Égypte faisait partie de l'[Empire ottoman](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18700/empire-ottoman/) en déclin et que le Soudan était nominalement gouverné par l'Égypte. Le Mahdi avait d'autres plans, et il mena personnellement le siège victorieux de Khartoum, la capitale soudanaise, en 1885, une longue opération au cours de laquelle le héros national britannique, le général Charles Gordon (1833-1885), fut tué.

Après la chute de Khartoum, l’opinion publique britannique exhorta le gouvernement à se venger rapidement; cependant, celui-ci était alors occupé par d’autres régions de l’Empire britannique, notamment l’Afghanistan. Par conséquent, les mahdistes furent largement laissés à eux-mêmes tout au long des années 1880 et 1890. Entre-temps, la Grande-Bretagne garantit les frontières du Soudan par des traités conclus avec l’Italie en 1891 et avec l’État libre du Congo (futur [Congo belge](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-22881/congo-belge/)) en 1894. L’Ouganda, au sud du Soudan, fut déclaré protectorat britannique en 1894. En 1896, l’Italie envahit l’Abyssinie (Éthiopie) depuis sa colonie, l’Érythrée italienne. Les puissances européennes, qui encerclaient le Soudan de toutes parts, semblaient se livrer une concurrence directe pour cette partie particulière de l’Afrique. Des foyers de tension similaires avaient éclaté dans d’autres régions du continent, notamment au Nigeria en Afrique de l’Ouest, où la France et la Grande-Bretagne avaient des revendications concurrentes.

La Grande-Bretagne considérait sans aucun doute le Soudan comme faisant partie de sa sphère d'influence. Les pièces du jeu diplomatique avec les autres puissances impériales semblaient se mettre progressivement en place, mais à partir de 1896, des mesures plus concrètes s'imposèrent pour assurer définitivement le Soudan en tant que protectorat britannique. Une armée importante et bien équipée dut être envoyée depuis l’Égypte pour vaincre les mahdistes. Cette armée anglo-égypto-soudanaise était dirigée par le général Herbert Kitchener (1850-1916), qui progressa méthodiquement vers le sud, construisant une ligne de chemin de fer au fur et à mesure.

[ ![Kitchener as Sirdar of the Egyptian Army](https://www.worldhistory.org/img/r/p/500x600/21749.png?v=1776677184-1776677250) Kitchener en tant que sirdar de l'armée égyptienne Robinson, C.N. (Public Domain) ](https://www.worldhistory.org/image/21749/kitchener-as-sirdar-of-the-egyptian-army/ "Kitchener as Sirdar of the Egyptian Army")Après avoir vaincu l'armée mahdiste lors de la bataille d'Omdourman au Soudan le 2 septembre 1898, Kitchener reçut pour nouveaux ordres de remonter le Nil Blanc afin d'affronter une petite force française dirigée par le capitaine Jean-Baptiste Marchand, qui avait audacieusement franchi la frontière depuis le Congo français. Marchand, sur instruction du ministère français des Colonies, avait planté son drapeau national dans la petite ville de Fachoda, au sud du Soudan. Les Français avaient presque toute l'Afrique de l'Ouest comme sphère d'activité impérialiste, et convoiter cette partie de l'Afrique était considéré comme une provocation insupportable pour les Britanniques.

### La Grande-Bretagne contre la France

La [Conférence de Berlin](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-25963/conference-de-berlin/) de 1884-1885 avait établi que les revendications européennes sur de nouveaux territoires en Afrique devaient s’appuyer sur des relations de longue date, telles que le commerce ou des activités culturelles comme le travail missionnaire. De plus, "les revendications d’un gouvernement européen sur une région particulière ne seraient reconnues que si la puissance européenne en question contrôlait déjà effectivement cette région" (Reid, 153). Le gouvernement britannique estimait avoir une telle revendication sur le Soudan, ce que la France contestait. La France, cependant, ne voyait aucune raison de ne pas tenter d’établir une présence permanente dans le sud du Soudan, une initiative qui pourrait un jour permettre une liaison terrestre permanente entre l’Afrique occidentale française et la Somalie française sur la côte orientale. Certains ingénieurs français rêvaient même d’un chemin de fer reliant Dakar à Djibouti. La prise de contrôle de l’Égypte par la Grande-Bretagne et l’éviction de l’influence française dans ce pays restaient un fait difficile à accepter. La France avait toujours considéré l’Égypte comme son terrain de jeu privilégié, et ce, dès l'époque des mésaventures de [Napoléon Bonaparte](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-21844/napoleon-bonaparte/) (1769-1821). Pourquoi le Soudan, alors dirigé par un rebelle autochtone et abandonné par le gouvernement anglo-égyptien du Caire, ne serait-il pas pris en compensation? Peut-être qu’en prenant le contrôle du Soudan, l’Égypte pourrait revenir une fois de plus dans la sphère d’influence de la France. Tels étaient les espoirs des éléments les plus radicaux du gouvernement français, du ministère des Affaires étrangères et de l’armée.

Les Britanniques ne voulaient certainement pas isoler la [Somalie britannique](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-25966/somalie-britannique/) et l’Afrique orientale britannique de leurs autres territoires de la région, à savoir le Soudan. Ils ne voulaient pas non plus que les Français commencent à construire des barrages sur le Haut-Nil, et voient ainsi le bien-être de l’Égypte leur échapper. Les Britanniques nourrissaient depuis longtemps leurs propres ambitions d’ingénierie. Il s’agissait de construire une ligne ferroviaire qui relierait Le Caire à la colonie britannique du Cap, à la pointe sud de l’Afrique. L’invasion méthodique du Soudan par Kitchener avait commencé à faire apparaître le projet de ligne ferroviaire transafricaine britannique comme une réalité tangible. Kitchener avait même veillé à ce que sa ligne ferroviaire utilise le même écartement de voie que celui utilisé en Afrique australe.

[ ![Map of the Scramble for Africa after the Berlin Conference](https://www.worldhistory.org/img/r/p/750x750/19247.png?v=1760720285-1760682525) Carte de la ruée sur l'Afrique après la conférence de Berlin Simeon Netchev (CC BY-NC-ND) ](https://www.worldhistory.org/image/19247/map-of-the-scramble-for-africa-after-the-berlin-co/ "Map of the Scramble for Africa after the Berlin Conference")Il est certain que le gouvernement français prit très au sérieux le projet ferroviaire britannique. Le ministre français des Affaires étrangères, Gabriel Hanotaux, déjà convaincu que la Grande-Bretagne était à l’origine d’une ignoble conspiration internationale visant à chasser la France de toute l’Afrique, décrivit le projet ferroviaire comme "une conception, une formule gigantesque, digne des compatriotes de Shakespeare"(James, 94). Les ministres français, sans aucune preuve, se convainquirent également que la Grande-Bretagne se livrait à toutes sortes de manœuvres et de subterfuges, tels que le financement de forces antigouvernementales en France, la fourniture d’armes aux tribus rebelles des territoires africains français, et même l’envoi de guerriers du [royaume zoulou](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-25981/royaume-zoulou/) pour combattre les forces françaises autour du fleuve Niger. Avec l'intensification des stéréotypes, les Britanniques rejetèrent ces allégations, les qualifiant d'hystérie typiquement française.

De toute évidence, dans un jeu impérialiste à somme nulle où les acteurs voulaient relier leurs colonies soit d’est en ouest, soit du nord au sud, il y aurait inévitablement un point où les deux lignes se croiseraient. Ce point s’avéra être l’avant-poste tout à fait insignifiant de Fachoda.

Préoccupés par leur rivalité de plus en plus paranoïaque, ni le gouvernement britannique ni le gouvernement français ne se souciaient guère du sort des Africains qui vivaient dans les États qu’ils rêvaient de contrôler. En effet, le Soudan n’avait guère d’autre chose à offrir à une puissance coloniale que du prestige, mais le prestige alimente la vanité, et c’est ce vice, tant en Grande-Bretagne qu’en France, qui sous-tendait le jeu de charades diplomatiques qui se déroula durant les derniers mois de 1898. La France avait fait un premier pas si audacieux au Soudan que les Britanniques ne pourraient accepter qu'une riposte catégorique. Il importait désormais peu que le sud du Soudan fût, comme le décrivait Lord Cromer, [consul](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-375/consul/) général britannique en Égypte: "… de vastes étendues de territoire inutile qu’il serait difficile et coûteux d’administrer correctement." (Fage, 151). Comme le souligne l’historien G.N. Sanderson, "dans la grande lutte pour le Haut-Nil, les motivations économiques étaient d’une importance négligeable tant pour la Grande-Bretagne que pour la France" (Fage, 153). La crise de Fachoda était devenu un test visant à déterminer lequel des deux États, la Grande-Bretagne ou la France, détenait un pouvoir réel et effectif dans cette partie de l’Afrique. Il ne pouvait y avoir qu’une seule méthode pour s’assurer le Soudan, la plus sûre au regard du droit international: la puissance militaire et l’occupation.

[ ![Fashoda Fort Ruins, 1898](https://www.worldhistory.org/img/r/p/750x750/21755.png?v=1776867974-1776868021) Ruines du fort de Fachoda, 1898 Unknown Photographer (Public Domain) ](https://www.worldhistory.org/image/21755/fashoda-fort-ruins-1898/ "Fashoda Fort Ruins, 1898")### Un avant-poste sur le Nil

Loin des salles de conférence européennes, les hommes sur le terrain à Fachoda avaient des décisions plus pratiques et immédiates à prendre. Fachoda, située sur les rives du Nil Blanc à 640 km d’Omdourman, avait autrefois été un avant-poste égyptien. Un petit fort y avait été construit et occupé par des troupes égyptiennes afin de réprimer la traite des esclaves. Ces troupes avaient depuis quitté Fachoda, qui n’était plus qu’un fort en ruines entouré de champs de maïs et de marécages. La chose la plus utile pour tout occupant était un unique bosquet de palmiers dattiers.

Le capitaine Marchand avait atteint Fachoda le 10 juillet 1898. Son contingent n'était pas très important, se composant de seulement onze officiers français et d'environ 150 soldats sénégalais Askaris. Ces hommes avaient accompli une impressionnante traversée de 3 500 miles (5 600 km) à travers l’Afrique centrale, partant du lac Tchad en 1896. Cela n'avait pas toujours été une pénible marche pour Marchand, puisqu'il lui arrivait parfois d'utiliser un vélo équipé de pneus en caoutchouc (ce vénérable vieux véhicule est aujourd’hui exposé à l’Académie militaire de Saint-Cyr, en Bretagne). Plus impressionnant encore fut le démantèlement (littéralement) et le remontage du bateau à vapeur *Général Faidherbe* (qui mesurait 24 mètres de long) afin que ses pièces puissent être traînées à travers le bassin entre le Congo et le Nil, sur une distance de 400 km. Cet exploit ne fut rendu possible que grâce à l’utilisation de 200 porteurs esclaves fournis par un sultan local. Tribus hostiles, hippopotames, marécages et moustiques ne constituaient que quelques-uns des défis auxquels les hommes de Marchand durent faire face pour atteindre leur but. À leur arrivée à Fachoda, ils trinquèrent à leur exploit à la manière typiquement française: une coupe de champagne légèrement tiède après un si long périple.

Marchand ne revendiquait pas seulement la petite ville de Fachoda pour son pays, mais toute la région du Haut-Nil. Il avait hissé le drapeau tricolore au-dessus du fort, bien que, tel un signe de mauvais présage, la corde se soit rompue lors de la première tentative. Marchand attendait désormais l’inévitable réaction britannique, et peut-être un peu d’aide venue de l’est. Outre les colonnes de Kitchener et de Marchand, plusieurs autres expéditions plus secrètes se dirigeaient vers Fachoda. Deux expéditions françaises étaient prévues depuis la Somalie française via l’Éthiopie, alliée de la France, qui devaient ensuite rejoindre Marchand. Elles ne virent jamais le jour, car les deux expéditions s’évaporèrent en cours de route, la plupart des hommes succombant à une maladie ou à une autre. Les Britanniques avaient également prévu leur propre expédition de soutien, celle-ci venant de l’Ouganda britannique, au sud. Cette expédition échoua dès le début lorsque les soldats ougandais se mutinèrent; de toute façon, traverser les plaines infestées de lions du nord de l’Ouganda n’aurait pas été une mince affaire. Il y eut ensuite l’expédition prévue par le roi Léopold II de Belgique depuis l’État libre du Congo, destinée à revendiquer ses propres droits sur le sud du Soudan. Celle-ci se solda également par un désastre; les soldats africains, une fois enfoncés dans la forêt d’Ituri, se mutinèrent et tuèrent leurs officiers belges. Il semblait que tout le monde voulait une part du Soudan, mais, en fin de compte, l’affrontement se jouerait entre les deux seuls commandants à atteindre Fachoda: Marchand et Kitchener.

[ ![The British Arrive at Fashoda, 1898](https://www.worldhistory.org/img/r/p/750x750/21756.png?v=1776868288-1776868359) L'armée britannique arrive à Fachoda, 1898 Unknown Photographer (Public Domain) ](https://www.worldhistory.org/image/21756/the-british-arrive-at-fashoda-1898/ "The British Arrive at Fashoda, 1898")Marchand ne resta pas totalement passif en attendant la suite des événements: il fit réparer tant bien que mal le fort en ruine par ses hommes et leur fit creuser des tranchées défensives. Marchand rencontra les chefs tribaux locaux pour conclure de futurs traités avec la France, les négociations étant facilitées par des cadeaux de tissus, de perles et de fusils obsolètes. En réalité, ce sont les Soudanais, et non les Britanniques, qui réagirent les premiers à la présence de Marchand. Deux bateaux à vapeur mahdistes remontèrent le fleuve jusqu’à Fachoda pour attaquer les Français. Ces bateaux, capturés au général Gordon après le [siège de Khartoum](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2915/siege-de-khartoum/), remorquaient plusieurs barques remplies à ras bord d’environ 1 500 guerriers mahdistes. Les Français disposaient de meilleurs fusils et étaient camouflés derrière des bancs de roseaux; ils purent ainsi repousser les bateaux à découvert. Cet épisode anéantit tout espoir que Marchand aurait pu encore nourrir de voir les mahdistes le soutenir contre les Britanniques.

### Rencontre entre Kitchener et Marchand

Kitchener quitta Khartoum le 9 septembre et remonta le Nil, arrivant à Fachoda quelques semaines plus tard. Il était accompagné de deux bataillons de soldats, d’unités d’artillerie et d’une flottille de cinq canonnières. Kitchener disposait d’environ 1 500 hommes, soit dix fois les effectifs sous le commandement de Marchand. Le général britannique, bien qu’ayant reçu l’ordre de ne pas recourir à la force directe, insista pour que les Français retirent leur drapeau et quittent le Soudan. Marchand ne se laissa pas intimider par l’importance de l’armée anglo-égyptienne et refusa de retirer le drapeau de son pays ou de quitter le fort tant qu’il n’aurait pas reçu l’ordre de le faire de Paris. S’ensuivit une attente interminable tandis que les diplomates en [Europe](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-15614/europe/) envoyaient une avalanche de communications à leurs gouvernements respectifs. Pendant ce temps, Kitchener hissa le drapeau égyptien au sommet d’un arbre près du fort et, autour d’un whisky et d’un soda, lui et Marchand échangèrent amicalement des anecdotes de guerre. L'euphorie des Français face à ce bon sens et à cette convivialité des moins surprenants fut vite de courte durée lorsque Kitchener leur remit les derniers journaux venus d'Europe, qui ne faisaient que relater les nouvelles inquiétantes concernant l'[affaire Dreyfus](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2011/affaire-dreyfus/) (voir ci-dessous) et la chute imminente du gouvernement français.

En Europe, les relations anglo-françaises étaient nettement plus tendues. Le gouvernement britannique, soulignant qu’une nouvelle administration dirigée par les Britanniques était désormais en place au Soudan, insista formellement pour que les Français quittent Fachoda sous peine de guerre. Pour être honnête, le ministère britannique des Affaires étrangères avait averti la France dès 1895 que toute présence militaire française dans cette région serait considérée comme "un acte hostile" (James, 96). Le gouvernement français manifesta ses intentions en mobilisant sa flotte navale à Toulon, sur la côte méditerranéenne. En réponse, les Britanniques renforcèrent leur flotte méditerranéenne. Alors que les politiciens tenaient des propos belliqueux et que la presse devenait de plus en plus chauvine, il semblait beaucoup plus probable que la crise débouche sur une guerre plutôt que sur une solution pacifique.

[ ![Fashoda Incident Cartoon](https://www.worldhistory.org/img/r/p/500x600/21757.png?v=1776868586-1776868754) Vignette sur la crise de Fachoda J.M. Staniforth (Public Domain) ](https://www.worldhistory.org/image/21757/fashoda-incident-cartoon/ "Fashoda Incident Cartoon")À noter que la Russie, alliée de la France en vertu d'un traité, informa le gouvernement français qu'elle ne lui apporterait pas de soutien militaire si la France et la Grande-Bretagne entraient en guerre à la suite d'un différend en Afrique (leur traité visait à assurer une protection mutuelle contre une agression allemande en Europe). Un autre facteur ayant contribué au changement de position de la France fut l’explosion de l’affaire Dreyfus. L’arrestation et la condamnation du capitaine Alfred Dreyfus pour espionnage firent la une de tous les journaux et provoquèrent des émeutes à Paris. Dreyfus avait été envoyé à la tristement célèbre prison de l’Île du Diable en Guyane française, mais il s’avéra qu’il avait été victime d’un coup monté et que l’armée avait dissimulé l’identité du véritable espion. Le fait que Dreyfus fût juif donna lieu à des accusations d’antisémitisme au plus haut niveau. On craignait qu’un coup d’État militaire ne se produise d’un jour à l’autre.

### Le retrait des Français

La réalité au Soudan était que Marchand était totalement isolé, et les Britanniques pouvaient facilement utiliser la Royal Navy, qui restait de loin la plus grande marine du monde, pour semer le chaos dans les ports coloniaux français d’autres régions d’Afrique, une campagne à laquelle la marine française, en piteux état, ne serait pas en mesure de répondre. L’opinion publique française semblait divisée à parts égales sur la question de rester ou de quitter Fachoda. Le gouvernement français se rendit compte que sa position était intenable, et Marchand reçut l'ordre de se retirer de Fachoda en novembre. Kitchener, faisant preuve d'un rare sens du tact, hissa non pas le drapeau britannique, mais le drapeau égyptien au-dessus de la forteresse de Fachoda. Marchand, après avoir sans doute haussé les épaules de manière typiquement française, reprit là où il s'était arrêté et mit le cap sur la côte est de l'Afrique, achevant ainsi sa traversée transcontinentale.

La Grande-Bretagne et la France s’accordèrent sur les frontières du Soudan du Sud dans un traité signé en [mars](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-10341/mars/) 1899. Ce traité reconnaissait également mutuellement les revendications de la France sur l’Afrique de l’Ouest et celles de la Grande-Bretagne sur l’Afrique de l’Est et le Haut-Nil. Comme le fit remarquer le président français Félix Faure: "Nous nous sommes comportés comme des fous en Afrique… égarés par des gens irresponsables appelés colons." (James, 98).

À Khartoum, un gouvernement administratif moderne fut mis en place, et le Soudan fut gouverné en tant que protectorat britannique *de facto*. Les relations anglo-françaises furent tendues pendant plusieurs années à la suite de l’incident de Fachoda. La presse française se délecta sans aucun doute des guerres anglo-boers, amplifiant les pertes britanniques et inondant les premières pages d’accusations sinistres d’atrocités et de "*barbarie anglaise"* généralisée, qui n’étaient ceci-dit pas toutes de pure fiction. Seule la menace commune d’une Allemagne impériale de plus en plus agressive conduisit la Grande-Bretagne et la France à régler leurs différends et à signer l’Entente cordiale en 1904.

#### Editorial Review

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## Bibliographie

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- [Curtin, P.D. *African History .* Longman, Inc,1995, 2005.](https://www.worldhistory.org/books/B004HOS26E/)
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- [Wilkinsin-Latham, Robert. *The Sudan Campaigns 1881-1898.* Osprey Publishing, 1989.](https://www.worldhistory.org/books/B01N1XCNCA/)

## Auteur

Mark est directeur de publication pour WHE et est titulaire d'une maîtrise en philosophie politique (Université de York). Il est chercheur, écrivain, historien et éditeur. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées communes à toutes les civilisations.

## Chronologie

- **Jul 1898 CE - Nov 1898 CE**: The [Fashoda Incident](https://www.worldhistory.org/Fashoda_Incident/) between [Britain](https://www.worldhistory.org/disambiguation/Britain/) and France in southern Sudan.

## Liens externes

- [[PDF] The Fashoda Incident](https://scalar.usc.edu/works/usm-open-source-history-text-the-world-at-war-world-history-1914-1945/media/25119114.pdf)
- [[PDF] Omdurman, Fashoda, and the French Connection](https://www.uky.edu/~msumm2/empire/1896Omdurman.pdf)
- [The Fashoda incident of 1898 : encounter on the Nile - Internet Archive](https://archive.org/details/fashodaincidento00bate)

## Citer cette ressource

### APA
Cartwright, M. (2026, April 29). Crise de Fachoda: Quand la Grande-Bretagne et la France ont frôlé la guerre en Afrique. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). *World History Encyclopedia*. <https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-26179/crise-de-fachoda/>
### Chicago
Cartwright, Mark. "Crise de Fachoda: Quand la Grande-Bretagne et la France ont frôlé la guerre en Afrique." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. *World History Encyclopedia*, April 29, 2026. <https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-26179/crise-de-fachoda/>.
### MLA
Cartwright, Mark. "Crise de Fachoda: Quand la Grande-Bretagne et la France ont frôlé la guerre en Afrique." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. *World History Encyclopedia*, 29 Apr 2026, <https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-26179/crise-de-fachoda/>.

## Licence & Copyright

Soumis par [Babeth Étiève-Cartwright](https://www.worldhistory.org/user/bab.cartwright/ "User Page: Babeth Étiève-Cartwright"), publié le 29 April 2026. Veuillez consulter la ou les sources originales pour obtenir des informations sur les droits d'auteur. A noter que les contenus liés à cette page peuvent avoir des des termes de licence différents.

