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title: Projet Manhattan: Comment la bombe atomique fut mise au point
author: Mark Cartwright
translator: Babeth Étiève-Cartwright
source: https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-24146/projet-manhattan/
format: machine-readable-alternate
license: Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike (https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/)
updated: 2026-10-06
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# Projet Manhattan: Comment la bombe atomique fut mise au point

_Rédigé par [Mark Cartwright](https://www.worldhistory.org/user/markzcartwright/)_
traduit par [Babeth Étiève-Cartwright](https://www.worldhistory.org/user/bab.cartwright)_

Le projet Manhattan était le nom de code du programme secret mené par les États-Unis pour mettre au point une bombe atomique pendant la Seconde [Guerre](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-154/guerre/) mondiale [](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1290/fantomes-nordiques-et-au-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-148/textes-des-pyramides-guide-de-lau-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-119/les-chaouabtis-la-main-doeuvre-de-lau-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1942/communautes-diasporiques-en-mediterranee-et-au-del/)(1939-1945). Extrêmement coûteux et réunissant les plus grands esprits scientifiques d'[Europe](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-35/europe/) et des États-Unis, ce projet fut couronné de succès. Après un seul essai, deux bombes furent larguées, l'une sur la ville japonaise d'Hiroshima et l'autre sur Nagasaki en août 1945. Ces bombes provoquèrent une dévastation instantanée et d'énormes pertes humaines, mais elles conduisirent à la capitulation du Japon. La bombe atomique avait permis de gagner la guerre, mais le monde fut transformé du jour au lendemain, et les générations suivantes se retrouvèrent confrontées au spectre persistant d'une humanité désormais capable de s'autodétruire.

### Maîtrise des matières radioactives

Le chemin menant à l'arme nucléaire fut long et sinueux, et compta sur les contributions de certains des plus grands esprits de la [science](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-351/science/) mondiale. C'est le scientifique français Henri Becquerel qui découvrit pour la première fois les matières radioactives en 1896. Le potentiel cinétique des atomes radioactifs fut ensuite mis en évidence par les scientifiques britanniques Ernest Rutherford et Frederick Soddy lors d'expériences menées en 1903. Il était évident que la radioactivité produisait une immense réserve d'énergie, énergie qui était libérée lorsque les noyaux d'atomes radioactifs lourds se scindaient (fission nucléaire). Si cette énergie pouvait être exploitée d'une manière ou d'une autre, alors une nouvelle arme dévastatrice pourrait être fabriquée. En effet, en 1904, Soddy contacta le Corps des ingénieurs royaux de l'armée britannique pour lui décrire ce potentiel.

En 1920, le scientifique britannique Arthur Eddington alla plus loin en découvrant que la fusion de certains noyaux légers pouvait également produire de l'énergie. S'appuyant sur les théories d'Albert Einstein et les recherches de Francis Aston concernant la relation entre la masse et l'énergie dans les noyaux d'hydrogène et d'hélium, Eddington avança que la fusion de noyaux d'hydrogène pour former des noyaux d'hélium libérerait d'énormes quantités d'énergie. En termes plus poétiques, on pourrait faire exploser une bombe exactement comme cela se passe pour les étoiles dans l'espace.

L'étape suivante eut lieu en 1923, lorsque le physicien britannique James Chadwick identifia le neutron et sa capacité à pénétrer le noyau d'un atome. De plus, certains noyaux devenaient radioactifs lorsqu'ils absorbaient un neutron, et ce faisant, ils pouvaient alors émettre des particules chargées ou des neutrons supplémentaires, qui, à leur tour, pouvaient entraîner la fission d'autres noyaux. Ainsi, une réaction en chaîne fut créée, une découverte faite par le physicien hongrois Leo Szilard en 1924.

[ ![Enrico Fermi](https://www.worldhistory.org/img/r/p/500x600/22136.png?v=1789996043-1789065959) Enrico Fermi Los Alamos National Laboratory (Public Domain) ](https://www.worldhistory.org/image/22136/enrico-fermi/ "Enrico Fermi")Enrico Fermi contribua à l'expérimentation nucléaire en découvrant que la radioactivité d'un métal augmentait considérablement lorsqu'il était frappé par des neutrons ralentis à l'aide d'eau ou de paraffine. Fermi, lauréat du prix Nobel, fuit l'[Italie](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-207/italie/) fasciste pour les États-Unis en 1938, s'embarquant directement depuis la cérémonie de remise des prix Nobel à Stockholm pour commencer une nouvelle vie à New York.

Alors que ces scientifiques internationaux s'affairaient à mener leurs expériences, leurs homologues de l'Allemagne nazie ne restaient pas inactifs. En effet, plusieurs éminents scientifiques alliés étaient convaincus que l'Allemagne construisait une bombe nucléaire. Einstein et Szilard écrivirent au président américain Franklin D. Roosevelt pour lui faire part de cette préoccupation en septembre 1939. Les scientifiques avaient tout à fait raison, puisque l'Allemagne développait bel et bien sa propre bombe nucléaire dans le cadre d'un projet appelé *l'Uranverein* (Société de l'uranium), dirigé par Werner Heisenberg.

En 1938, Otto Hahn et Fritz Strassmann, qui travaillaient à Berlin, découvrirent que le bombardement de noyaux d'uranium par des neutrons créait un nouvel élément: le baryum. Les scientifiques autrichiens Otto Frisch et Lise Meitner, qui travaillaient en Scandinavie, découvrirent que les noyaux d'uranium se scindaient généralement en deux, parfois en produisant quelques petites particules supplémentaires. La somme de ces fragments était inférieure à la masse du noyau d'origine. Par conséquent, il était désormais prouvé que la masse et l'énergie étaient directement liées au potentiel énergétique du processus de fission. Le défi suivant consistait à créer une réaction en chaîne contrôlée – un défi considéré comme d'une grande importance maintenant que la Seconde Guerre mondiale avait éclaté avec l'invasion de la Pologne par l'Allemagne en 1939.

[ ![Otto Han & Lise Meitner](https://www.worldhistory.org/img/r/p/750x750/22135.png?v=1789996048-1789065569) Otto Han et Lise Meitner Unknown Photographer (Public Domain) ](https://www.worldhistory.org/image/22135/otto-han--lise-meitner/ "Otto Han & Lise Meitner")En 1940, le Danois Niels Bohr (autre lauréat du prix Nobel et exilé de l'[Europe](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-15614/europe/) nazie) et l'Américain John Wheeler découvrirent que les noyaux les plus adaptés à une réaction de fission étaient ceux de l'isotope de l'uranium U235, car celui-ci était moins stable que l'uranium U238, plus courant. L'astuce consistait à ralentir la fission; sinon, toute bombe exploserait immédiatement au lieu d'exploser à proximité de la cible visée. Un autre problème concernait la quantité d'uranium nécessaire pour provoquer la fission souhaitée. Otto Frisch et Rudolph Peierls, deux physiciens juifs qui avaient fui le Troisième Reich d'[Adolf Hitler](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19717/adolf-hitler/), travaillaient ensemble à Birmingham, en Angleterre, et ils avancèrent l'idée radicale selon laquelle cinq kilogrammes d'uranium suffiraient à produire un effet explosif équivalent à quelques milliers de tonnes de dynamite. L'opinion couramment admise parmi les scientifiques, y compris en Allemagne (ce qui explique pourquoi l'idée avait été écartée dans ce pays), était qu'il faudrait des tonnes d'uranium. Il se trouve que Frisch et Peierls avaient tout à fait raison. L'idée était suffisamment séduisante pour que le gouvernement britannique mette en place un comité chargé d'étudier la faisabilité d'une bombe nucléaire et de financer la poursuite des recherches.

Un développement parallèle se produisait tant en Grande-Bretagne qu'aux États-Unis, où des scientifiques comme Hans von Halban et Lew Kowarski (d'autres réfugiés de l'Europe occupée par l'Allemagne) découvrirent les avantages du mélange des noyaux d'U235 et d'U238, un processus qui produisait un nouvel élément: le plutonium, qui pouvait être séparé beaucoup plus facilement que l'uranium. Il était également plus pratique de fabriquer une bombe de cette manière, car seule une très petite quantité d'U235, un élément rare, était nécessaire, le rapport entre l'U235 et l'U238 étant d'environ 1 pour 140. Il y avait toutefois un hic, car il restait essentiel que les quelques noyaux d'U235 soient fissionnés au cours de la réaction. Pour garantir que cela se produise, on utilisait un matériau "modérateur2 environnant afin de faire rebondir les neutrons jusqu'à ce qu'ils ne fissionnent un noyau d'U235. On constata que les meilleurs matériaux modérateurs étaient le graphite ou le deutérium (eau lourde). Les scientifiques américains, travaillant à un rythme plutôt tranquille et peu financés par le gouvernement puisque le pays n'était pas encore en guerre, se concentrèrent sur la constitution de stocks de plutonium (en réalité, des fractions de gramme).

### Début de l'implication de l'armée américaine

Le gouvernement américain lança ses premières recherches sur les bombes nucléaires à la suite de la recommandation collective formulée en décembre 1941 par des scientifiques basés aux États-Unis. Plusieurs de ces scientifiques avaient personnellement observé les travaux de leurs collègues britanniques et avaient compris que le projet de bombe était sur le point d'aboutir. C'est ainsi que débuta le projet Manhattan en août 1942.

[ ![Groves & Oppenheimer, 1942](https://www.worldhistory.org/img/r/p/500x600/22132.png?v=1789053265-1789053377) Groves et Oppenheimer, 1942 United States Department of Energy (Public Domain) ](https://www.worldhistory.org/image/22132/groves--oppenheimer-1942/ "Groves & Oppenheimer, 1942")Le nom de code "Projet Manhattan" provient de l'appellation plus longue "Manhattan Engineer District2, elle-même un nom de code désignant la zone de New York où des bâtiments avaient été réservés aux scientifiques chargés de mettre au point la bombe atomique. L'armée garda le projet strictement secret et, en septembre 1942, le colonel Leslie R. Groves (promu par la suite au grade de lieutenant-général), ingénieur militaire, fut nommé responsable général du projet. Groves s'était déjà fait un nom en tant que responsable du projet de construction du Pentagone, le quartier général des forces armées américaines à Washington. À l'exception des scientifiques les plus éminents, personne ne disposait d'une vue d'ensemble du projet, car, pour des raisons de sécurité, le travail était fortement compartimenté. De nombreux scientifiques ignoraient même qu'ils travaillaient sur une arme. Ce projet devait rester si secret que même le Congrès n'en fut pas informé et qu'aucune autorisation ne lui fut demandée.

Le physicien nucléaire américain Robert Oppenheimer (1904-1967) fut choisi pour diriger l'équipe internationale de scientifiques – composée principalement de scientifiques américains et britanniques, dont certains avaient été transférés depuis le projet de recherche britannique – chargée de mettre au point la bombe atomique. Oppenheimer, qui jouissait d'une solide réputation dans son domaine, tant pour ses travaux de recherche que pour son enseignement, était également un personnage quelque peu singulier, décrit par le biographe M. M. Boatner comme "frêle, intense et détaché du monde", avec des "manières froides et abrasives envers ceux qu'il ne respectait pas" (404). Il était par ailleurs jeune, du moins pour ce domaine, et sa nomination suscita l'opposition de plusieurs autres scientifiques de premier plan. De plus, le FBI disposait d'un dossier sur Oppenheimer concernant ses liens passés avec des organisations de gauche, ce qui témoigne des tendances quasi paranoïaques des agences gouvernementales américaines de l'époque face à l'espionnage mené par des agents de l'URSS. Groves maintint sa décision de nommer Oppenheimer à la tête de l'équipe du projet Manhattan.

Oppenheimer choisit un site pour le développement et les essais proprement dits: Los Alamos, au Nouveau-Mexique. Il existait deux autres sites de recherche: l'un à Oak Ridge, dans le Tennessee, et l'autre à Hanford, dans l'État de Washington. Finalement, des usines et des centres de recherche à travers tous les États-Unis allaient participer à la course au développement de ce qui portait le nom de code "bombe S-1". Le projet Manhattan allait mobiliser plus de 100 000 personnes et engager des coûts d'environ 2,5 milliards de dollars (Moskin, 281).

[ ![Little Boy Atomic Bomb](https://www.worldhistory.org/img/r/p/750x750/22134.png?v=1789996052-1789064783) Bombe atomique Imperial War Museums (CC BY-NC-SA) ](https://www.worldhistory.org/image/22134/little-boy-atomic-bomb/ "Little Boy Atomic Bomb")### Essais de la bombe

Il restait toutefois un problème: pour qu'une bombe soit utilisable, la réaction de fission devait être maîtrisée. Szilard, qui avait fui l'Allemagne nazie en 1933, réussit à déclencher la première réaction nucléaire en chaîne lors d'une expérience menée avec Fermi à Chicago en décembre 1942. La solution pour contrôler une explosion utilisant du plutonium s'avéra relativement simple. Il s'agissait d'utiliser des explosifs conventionnels de part et d'autre ou tout autour de la quantité de plutonium, ce qui permettrait de le comprimer, augmentant ainsi sa densité et le taux de fission. Ce type d'explosion fut testé, sous le nom de code "Trinity", dans un endroit isolé du désert près d'Alamogordo, au Nouveau-Mexique, le 16 juillet 1945.

Lors de l'essai Trinity, l'explosion, d'une puissance équivalente à 18 600 tonnes de TNT, détruisit toute forme de vie végétale et animale dans un rayon d'un mile. L'onde de choc fut si puissante qu'elle fit voler en éclats les vitres à 200 miles (322 km) de là. La déflagration s'avéra dix fois plus puissante que ce à quoi les scientifiques s'attendaient. Non seulement la guerre, mais le destin du monde entier venait de basculer en un instant. Oppenheimer se souvint alors d'une phrase tirée du texte sacré hindou, la Bhagavad-Gita : "Maintenant Je suis devenu la Mort, le destructeur des mondes" (Marston, 292).

Une bombe à l'uranium nécessitait une solution différente. La solution consistait à conserver la masse critique en deux parties distinctes jusqu'au moment voulu. Une moitié serait alors projetée contre l'autre pour provoquer l'explosion. C'est exactement le mécanisme utilisé par la bombe à l'uranium "Little Boy", larguée par le Boeing B-29 Superfortress *Enola Gay* sur la ville japonaise d'Hiroshima le 6 août 1945. Cette opération était, en réalité, un essai d'explosion. La variante à la bombe au plutonium, baptisée "Fat Man", fut larguée par le B-29 *Bockscar* sur Nagasaki trois jours plus tard, le 9 août 1945.

[ ![Enola Gay B-29 Superfortress](https://www.worldhistory.org/img/r/p/750x750/20100.png?v=1740563284-1740563371) B-29 Superfortress Enola Gay USAF - Imperial War Museums (CC BY-NC-SA) ](https://www.worldhistory.org/image/20100/enola-gay-b-29-superfortress/ "Enola Gay B-29 Superfortress")Les deux bombes avaient été larguées par parachute pour exploser à une hauteur d'environ 1 625 pieds (500 m) au-dessus du sol. "Little Boy", baptisée ainsi en l'honneur du défunt président Roosevelt, mesurait 9 pieds 9 pouces (3 mètres) de long, pesait près de 8 000 livres (3 600 kg) et avait une puissance explosive équivalente à 12,5 kilotonnes de TNT. Geoffrey Leonard Cheshire, un observateur officiel britannique à bord d'un autre avion volant aux côtés de *l'Enola Gay*, se souvenait de ses effets:

> L'éclair a illuminé le cockpit; dès que je l'ai vu, c'était comme une boule de feu, mais le feu s'est rapidement éteint pour laisser place à un nuage tourbillonnant, bouillonnant et pétillant, qui ne cessait de grossir et de monter en flèche; je dirais qu'en l'espace de 2 ou 3 minutes, il avait atteint 60 000 pieds.
> (Imperial War Museums)

"Fat Man", ainsi baptisée en l'honneur du corpulent Premier ministre britannique Winston Churchill, mesurait 11 pieds 4 pouces (3,5 mètres) de long, pesait plus de 9 000 livres (4 000 kg) et avait une puissance explosive équivalente à 22 kilotonnes de TNT.

La décision de larguer deux bombes atomiques sur le Japon fut prise par le nouveau président américain Harry Truman, avec l'accord total de Churchill. Il fut décidé de ne donner aucun avertissement afin d'accroître l'impact psychologique de l'attaque. Les cibles choisies devaient être relativement épargnées par la campagne de bombardements conventionnels des Alliés, pour la même raison. L'espoir était qu'une nouvelle arme aussi terrible forcerait le gouvernement militaire japonais à se rendre immédiatement.

Jusqu'alors, tout au long de la guerre du Pacifique, les forces américaines et alliées avaient subi de terribles pertes en s'emparant de divers archipels du Pacifique que les forces japonaises avaient occupés et défendus presque jusqu'au dernier homme. Lors de la [bataille d'Okinawa](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2984/bataille-dokinawa/), en avril, mai et juin 1945, environ 100 000 combattants japonais, jusqu'à 150 000 civils et environ 12 000 soldats américains avaient trouvé la mort. On espérait que les deux bombes larguées sur Hiroshima et Nagasaki entraîneraient une capitulation qui permettrait d'éviter une opération amphibie extrêmement dangereuse sur les îles principales du Japon, opération dont le succès n'était nullement garanti. Même en cas de succès, si le taux de pertes de 35 % enregistré à Okinawa venait à se reproduire, le Pentagone estimait qu'une telle opération ferait au moins un demi-million de morts ou de blessés parmi les Américains. Au final, l'objectif du largage des deux bombes fut atteint. L'empereur Hirohito déclara sa volonté de signer un acte de capitulation le 15 août. La bombe atomique avait gagné la guerre.

[ ![Hiroshima after the Atomic Bomb Attack](https://www.worldhistory.org/img/r/p/500x600/20092.png?v=1788010746-1740582734) Hiroshima après l'attaque atomique Imperial War Museums (CC BY-NC-SA) ](https://www.worldhistory.org/image/20092/hiroshima-after-the-atomic-bomb-attack/ "Hiroshima after the Atomic Bomb Attack")### Conséquences: un monde nouveau

Alors que les plus grands esprits de la physique s'efforçaient de résoudre le problème de la meilleure façon de créer une bombe atomique, rares étaient ceux qui avaient envisagé quelles pourraient être ses conséquences dans la réalité. Les conséquences immédiates de la bombe ont bien sûr été subies par les populations d'Hiroshima et de Nagasaki.

Les explosions provoquèrent un éclair, un grondement, puis vaporisèrent tout et tout le monde dans une gigantesque boule de feu atteignant 6 000 degrés Celsius. Plus loin de l'épicentre, l'effet des explosions brûla instantanément la peau des gens, et l'onde de choc, telle un [typhon](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-15630/typhon/) déchaîné ne durant qu'une seconde, arracha les vêtements et rasa les bâtiments. Des tramways furent projetés en l'air, des arbres furent instantanément carbonisés, et des incendies se propagèrent dans toute la ville tandis qu'un énorme nuage de poussière et de débris recouvrait tout et s'élevait à des kilomètres dans les airs.

Les estimations varient, mais jusqu'à 140 000 personnes auraient trouvé la mort lors de l'attaque contre Hiroshima, où plus de 5 miles carrés (13 kilomètres carrés) de la ville furent réduits en cendres. À Nagasaki, la bombe tua environ 74 000 personnes et en blessa 75 000 autres, tandis qu'environ 2,6 miles carrés (6,7 kilomètres carrés) de la ville furent également réduits en cendres. Lors de ces deux attaques atomiques, des dizaines de milliers de survivants souffrirent des effets néfastes de l'exposition aux radiations au cours des semaines, des mois et des années qui suivirent ; en effet, bien plus de personnes périrent de cette manière que lors de l'explosion initiale.

Oppenheimer reçut la Médaille présidentielle du mérite pour ses travaux sur la bombe, mais lui-même et de nombreux autres scientifiques éminents protestèrent contre l'utilisation de la fission nucléaire à des fins militaires et appelèrent à ce que le contrôle de ces armes soit placé sous l'égide d'un organisme international. Oppenheimer se vit retirer son habilitation de sécurité en raison de cette prise de position, une mesure qui de fait l'empêcha de travailler à la pointe de la recherche dans ce domaine. Szilard alla encore plus loin qu'Oppenheimer et réclama l'interdiction totale des armes nucléaires. Mais désormais, à l'instar du monstre difforme créé par Victor Frankenstein, la science n'était désormais plus entre les mains des scientifiques.

[ ![1946 Nuclear Test, Bikini Atoll](https://www.worldhistory.org/img/r/p/750x750/22043.jpg?v=1787039495-1787039561) Essai nucléaire de 1946, atoll de Bikini US Department of Defense (Public Domain) ](https://www.worldhistory.org/image/22043/1946-nuclear-test-bikini-atoll/ "1946 Nuclear Test, Bikini Atoll")Les deux bombes larguées démontrèrent à l'URSS que les États-Unis possédaient désormais l'arme la plus puissante de la planète. Ces deux [géants](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-22102/geants/) militaires se disputaient déjà le contrôle des territoires autrefois occupés par les puissances de l'Axe vaincues. En réalité, le largage des bombes et son impact sur les relations américano-soviétiques, présentes et futures, constituaient un objectif primordial de l'ensemble du projet, même si la justification officielle était de sauver la vie des militaires alliés. Comme le nota le général Groves, responsable du projet Manhattan :

> Dès les deux semaines qui ont suivi ma prise de fonction à la tête de ce projet, je n'ai jamais eu la moindre illusion : la Russie était notre ennemie et le projet a été mené sur cette base. 
> (Dear, 57)

L'URSS avait mis un certain temps à prendre conscience du potentiel des armes nucléaires et n'avait entamé de recherches sérieuses qu'en mai 1942. Le gouvernement soviétique, en tout état de cause, préférait investir dans l'espionnage pour tout simplement voler les idées en cours d'élaboration en Occident, et cette stratégie, grâce au travail d'espions comme Allan Nunn May et Klaus Fuchs à Los Alamos, porta ses fruits après la guerre, à mesure que leur programme nucléaire se développait davantage.

Pendant ce temps, les scientifiques américains continuaient à mener des expériences pour mettre au point une bombe encore plus puissante, la bombe à hydrogène, qui fut testée pour la première fois en 1952 dans les îles Marshall. Les armes nucléaires étaient appelées à perdurer et elles contribuèrent largement à la division durable entre l'Est et l'Ouest, connue sous le nom de "guerre froide". Aujourd'hui encore, la crainte persistante demeure que ces armes nucléaires dévastatrices puissent à nouveau être utilisées lors d'un futur conflit.

#### Editorial Review

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## Bibliographie

- [B-29: the aircraft that bombed Hiroshima](https://www.iwm.org.uk/history/second-world-war/war-against-japan/B-29-the-aircraft-that-bombed-hiroshima "B-29: the aircraft that bombed Hiroshima"), accessed 10 Sep 2026.
- [Boatner, Mark. *The Biographical Dictionary of World War II.* Presidio Press, 1996.](https://www.worldhistory.org/books/0891415483/)
- [Dear, I. C. B. & Foot, M. R. D. *The Oxford Companion to World War II.* Oxford University Press, 1995.](https://www.worldhistory.org/books/0198662254/)
- [Holmes, Richard. *The World at War.* Ebury Press, 2026.](https://www.worldhistory.org/books/0091917514/)
- [Liddell Hart, B. H. *History Of The Second World War.* Da Capo Press, 1999.](https://www.worldhistory.org/books/0306809125/)
- [Moskin, J. Robert. *Mr. Truman's War.* University Press of Kansas, 2002.](https://www.worldhistory.org/books/0700611843/)
- [Why did America drop atomic bombs on Japan?](https://www.iwm.org.uk/history/second-world-war/victory/why-did-america-drop-atomic-bombs-japan "Why did America drop atomic bombs on Japan?"), accessed 10 Sep 2026.

## Auteur

Mark est directeur de publication pour WHE et est titulaire d'une maîtrise en philosophie politique (Université de York). Il est chercheur, écrivain, historien et éditeur. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées communes à toutes les civilisations.

## Frise chronologique

- **Aug 1942 CE**: The secret US [Manhattan Project](https://www.worldhistory.org/Manhattan_Project/) to develop an atomic bomb begins.
- **16 Jul 1945 CE**: The [Trinity](https://www.worldhistory.org/Trinity/) nuclear test takes place in the Jornada del Muerto desert, New Mexico, USA when the device known as "the gadget" is detonated, heralding the Atomic Age.
- **6 Aug 1945 CE**: The ‘Enola Gay’, a [Boeing B-29 Superfortress](https://www.worldhistory.org/Boeing_B-29_Superfortress/) drops an atomic bomb on Hiroshima, [Japan](https://www.worldhistory.org/disambiguation/Japan/).
- **9 Aug 1945 CE**: The ‘Bockscar’, a [Boeing B-29 Superfortress](https://www.worldhistory.org/Boeing_B-29_Superfortress/) drops an atomic bomb on Nagasaki, [Japan](https://www.worldhistory.org/disambiguation/Japan/).

## Liens externes

- [Manhattan Project National Historical Park (U.S. National Park ...](https://www.nps.gov/mapr/learn/manhattan-project.htm)
- [The Manhattan Project: Making the Atomic Bomb](https://www.atomicarchive.com/history/manhattan-project/)
- [The atomic bombs that ended the Second World War](https://www.iwm.org.uk/history/second-world-war/victory/the-atomic-bombs-that-ended-the-second-world-war)

## Citer cette ressource

### APA
Cartwright, M. (2026, October 06). Projet Manhattan: Comment la bombe atomique fut mise au point. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). *World History Encyclopedia*. <https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-24146/projet-manhattan/>
### Chicago
Cartwright, Mark. "Projet Manhattan: Comment la bombe atomique fut mise au point." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. *World History Encyclopedia*, October 06, 2026. <https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-24146/projet-manhattan/>.
### MLA
Cartwright, Mark. "Projet Manhattan: Comment la bombe atomique fut mise au point." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. *World History Encyclopedia*, 06 Oct 2026, <https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-24146/projet-manhattan/>.

## Licence & Copyright

Soumis par [Babeth Étiève-Cartwright](https://www.worldhistory.org/user/bab.cartwright/ "User Page: Babeth Étiève-Cartwright"), publié le 06 October 2026. Veuillez consulter la ou les sources originales pour obtenir des informations sur les droits d'auteur. A noter que les contenus liés à cette page peuvent avoir des des termes de licence différents.

