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title: Kabbale
author: Benjamin Kerstein
translator: Jerome Couturier
source: https://www.worldhistory.org/trans/Fr/1-17391/kabbale/
format: machine-readable-alternate
license: Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike (https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/)
updated: 2022-04-28
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# Kabbale

_Rédigé par [Benjamin Kerstein](https://www.worldhistory.org/user/benjaminkerstein/)_
_Traduit par [Jerome Couturier](https://www.worldhistory.org/user/jeromecout2)_

Le terme Kabbale fait spécifiquement référence à une forme de mysticisme juif qui se répandit au Moyen Âge.[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1290/fantomes-nordiques-et-au-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-148/textes-des-pyramides-guide-de-lau-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-119/les-chaouabtis-la-main-doeuvre-de-lau-dela/)[](https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1942/communautes-diasporiques-en-mediterranee-et-au-del/) Cependant, dans les dernières décennies, il est devenu un terme générique désignant l'ensemble de la pensée mystique juive. Signifiant littéralement ‘ce qui est reçu’, la Kabbale comprend une série de traditions ésotériques remontant aux temps bibliques et encore très vivantes aujourd'hui. Elle traite de sujets tels que la création du monde, la nature de [Dieu](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-10299/dieu/), l'expérience mystique extatique, l'ère messianique à venir et la nature de l'au-delà. En fin de compte, la Kabbale représente la forme juive de ce que toutes les traditions mystiques recherchent, une connaissance directe et intime du divin au-delà de l'intellect.

Bien qu'il s'agisse essentiellement d'une tradition de connaissance ésotérique, la Kabbale fut populaire et largement pratiquée jusqu'à l'aube de l'ère moderne, avec des restrictions en rapport avec l'âge et la piété relative des initiés. Elle comprenait d'anciennes explorations talmudiques de sujets bibliques, des récits de descentes extatiques vers le trône de Dieu, de grands mythes de la création du monde, une intense ferveur messianique et des formes de rituels et de pratiques piétistes qui donnèrent naissance à des mouvements qui influencent encore le Judaïsme aujourd'hui.

À la suite de la *haskalah*, ou 'Lumières Juives', la Kabbale en vint à être considérée par de nombreux Juifs comme une relique embarrassante de temps plus crédules, et elle tomba dans un grand discrédit parmi les Juifs nouvellement séculiers d'[Europe](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-35/europe/). Récemment cependant, la Kabbale a connu un grand renouveau, avec un intérêt séculier et religieux largement répandu, et même dans certaines écoles s'adressant de manière sans précédent aux non-Juifs.

### Origines Bibliques

Aucune forme systématique de mysticisme n'est mentionnée dans la [Bible](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-191/bible/) hébraïque, bien que les formes de magie et de divination abondent. Par exemple, [Moïse](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-14009/moise/) accomplit des exploits magiques, comme changer un bâton en serpent, des personnages comme [Jacob](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-20063/jacob/) ont des visions du divin, et le [roi David](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16332/roi-david/) danse dans une transe extatique en entrant à [Jérusalem](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-194/jerusalem/). En fait, toute la tradition de la prophétie, qui consiste à canaliser la parole divine, pourrait être considérée comme un exercice mystique.

Le sujet mystique le plus important de la Bible est la vision d'Ezéchiel du [char](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-106/char/) du trône de Dieu. Son imagerie surréaliste, cryptique et, à certains égards, dangereusement anthropomorphique, donna lieu à une description et une exégèse passionnées qui donnèrent finalement naissance à l'un des deux principaux sujets de la première tradition mystique juive, le *ma’aseh merkabah*, ou ‘oeuvre du char’. L'autre sujet principal des premières spéculations mystiques est également contenu dans la Bible : la création du monde lui-même, dont les mystères furent appelés *ma’aseh bereshit* ou 'oeuvre du commencement'.

### Mysticisme Talmudique et Merkabah

La première forme de mysticisme juif systématique reconnaissable apparut probablement à l'époque du Second [Temple](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-196/temple/) et semble avoir pris sa forme complète à l'époque talmudique. Elle est basée sur la vision d'Ezéchiel, qui était déjà devenue le sujet d'une intense spéculation mystique. Le Talmud lui-même parle de certains rabbins qui exposent les 'secrets' du char de Dieu, bien que les secrets eux-mêmes ne soient pas révélés. Ces passages font également allusion à de fortes interdictions de révéler de tels secrets en public ou de les écrire. Il semble qu'ils ne pouvaient être transmis oralement qu'à un petit nombre d'étudiants déjà au fait de la loi et de la théologie juives.

[ ![The Vision of Ezekiel](https://www.worldhistory.org/img/r/p/500x600/9276.jpg?v=1713119523) La Vision d'Ézéchiel, par Raphaël (Pallazzo Pitti, Florence). Gerard Van der Leun (CC BY-NC-ND) ](https://www.worldhistory.org/image/9276/the-vision-of-ezekiel/ "The Vision of Ezekiel")Ces restrictions sont expliquées de manière indirecte dans la célèbre histoire des quatre qui entrèrent dans le jardin. C’est l’histoire de quatre rabbins qui furent témoins d’une vision divine : l'un mourut, un autre devint fou, un autre devint hérétique, et le dernier s’en sortit ‘en paix’. Cette histoire était interprétée comme une parabole sur les dangers des visions mystiques des anges et de la cour de Dieu.

Bien qu'il ne soit pas clair si ces contes se rapportent à une tradition mystique spécifique, il semble probable que ce soit le cas, car ce que les spécialistes modernes appelèrent le ‘mysticisme *merkabah*’ apparut à cette époque. Cette forme de mysticisme implique la descente, à travers une méditation extatique, dans les sept salles du palais divin, aboutissant à des visions de la cour de Dieu et de son trône-char. On a cité d'éminents rabbins pratiquant cette forme de mysticisme, et une [littérature](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-562/litterature/) prodigieuse concernant ces expériences a été rassemblée.

### Le Sefer Yetzirah

Le premier ouvrage de littérature que l'on peut qualifier de proto-kabbalistique au sens formel du terme est le *Sefer Yetzirah* ou ‘Livre de la Création’. L'époque de sa rédaction reste controversée, bien qu'elle soit probablement postérieure à la période talmudique et que le livre existât incontestablement vers le 10ème siècle. Différemment de ses prédécesseurs, le *Sefer Yetzirah* ne traite pas du char divin, mais plutôt de la création du monde. Ce texte extrêmement court et souvent très cryptique décrit la création comme ayant lieu par l'incantation de Dieu sur les lettres de l'[alphabet](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-73/alphabet/) hébreu avec la collaboration de dix *sefirot* (ou *sephiroth*), ‘nombres’, auxquels est donnée une forme vaguement anthropomorphique.

En tant que tel, le *Sefer Yetzirah* marque le début de la Kabbale telle qu'on la connaît aujourd'hui. Bien qu'il ait finalement été supplanté par des ouvrages médiévaux beaucoup plus longs et sophistiqués, le *Sefer Yetzirah* donna lieu à de nombreuses spéculations mystiques et philosophiques, et semble marquer la première forme répandue et généralement acceptée de mysticisme systématique dans le monde juif.

[ ![Ten Sefirot](https://www.worldhistory.org/img/r/p/500x600/9277.jpg?v=1695477069) Dix Sefirot Roy Lindman (CC BY-SA) ](https://www.worldhistory.org/image/9277/ten-sefirot/ "Ten Sefirot")Le *Sefer Yetzirah* a été suivi par le *Sefer HaBahir* ou ‘Livre de la Clarté’, moins connu mais néanmoins essentiel. Également court et encore plus cryptique que son prédécesseur, le *Bahir* élargit néanmoins le concept des *sefirot* en les concevant comme des vases d'énergie divine qui reflètent des aspects spécifiques de Dieu tels qu'ils se manifestent dans les mondes ‘inférieurs’. La combinaison des deux livres conduisit à la création du texte kabbalistique canonique *Sefer HaZohar*.

### Le Zohar

Le monumental *Sefer HaZohar* ou ‘Livre de la Splendeur’ est le texte majeur de la Kabbale. Les origines du *Zohar* n'étaient pas claires initialement et soulevèrent une controverse considérable à l'époque. Il apparut dans les années 1200 de notre ère et fut attribué au rabbin antique Siméon Bar Yochai, bien que les chercheurs modernes s'accordent à dire qu'il fut écrit principalement par Moshé de Leon, un mystique espagnol, et/ou un groupe de mystiques aux vues similaires dont les spéculations furent recueillies et publiées par de Léon.

Œuvre massive de plus de 1 000 pages dans les éditions imprimées, le *Zohar* est écrit dans un dialecte pseudo-araméen et propose une cosmologie épique de grande portée qui servit de référence au mysticisme juif des siècles suivants. Parmi ses concepts clés figure celui de l'Arbre de Vie: configuration de dix *sefirot*, conçues comme des sphères ou des entités composant les différents attributs de Dieu. Ces *sefirot* sont séparées de l'essence infinie et inconnaissable de Dieu, appelée l'*ain sof*, ‘sans limites’. Elles sont identifiées à des caractéristiques divines spécifiques telles que *bina* (‘sagesse’ ou ‘compréhension’), *hesed* (‘miséricorde’) et *gevurah* (‘force’). En même temps, elles représentent des parties du corps divin, comme les mains et les pieds.

[ ![Zohar](https://www.worldhistory.org/img/r/p/500x600/9280.png?v=1695477123) Zohar Matanya (Public Domain) ](https://www.worldhistory.org/image/9280/zohar/ "Zohar")Plus frappant, la cosmologie du *Zohar* contient un élément explicitement érotique, les *sefirot* de *yesod* (‘fondation’) et *malkout* (‘royauté’) représentant respectivement le pénis et le vagin, faisant de Dieu un être intersexué qui s'engage dans une forme d'auto-érotisme créatif, concept qui reste essentiel pour les formes ultérieures de la Kabbale. Tout aussi importante pour les formes ultérieures de mysticisme juif est l'idée que ce qui se passe dans le monde matériel influence directement le monde divin et vice versa : "L'impulsion d'en bas appelle celle d'en haut" (*Zohar* I, 164a). Ceci confère à l'humanité un rôle très actif dans l'œuvre du divin, influençant le monde des *sefirot* par l'étude, le rituel religieux, la prière et les pratiques mystiques.

Bien que cela ne soit pas aussi accentué que ce le sera dans la Kabbale plus tard, le *Zohar* contient également des éléments messianiques naissants, avec l'idée qu'il existe un défaut dans l'architecture divine en raison du péché humain et de l'exil en cours de la *shekhina* (présence divine) et du peuple d'[Israël](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-180/israel/), lesquels peuvent être réparé par le *tikkoun* (‘réparation’) messianique. Ce *tikkun* peut être aidé par l'accomplissement des commandements juifs, l'engagement dans de bonnes œuvres et l'étude de la [Torah](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-10696/torah/). Les successeurs de Léon s’emparèrent de ces concepts messianiques, au point qu'ils occupèrent une place centrale dans la mystique juive au cours des siècles suivants.

### Le Ari

Le *Zohar* se répandit rapidement dans le monde juif et révolutionna la pensée et la pratique de la Kabbale. Il y eut plusieurs tentatives pour former une tradition mystique cohérente et systématisée à partir de ses enseignements souvent obscurs, mais la plus réussie fut de loin celle du rabbin Isaac Louria, au 16ème siècle, également appelé le Ari (‘le lion’).

Louria, issu d'un mélange d'héritage ashkénaze et sépharade, réunissant ainsi les deux plus importantes écoles du Judaïsme et leurs traditions mystiques, fit sa marque dans un cercle de kabbalistes basé dans la ville de Safed, en [Galilée](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19494/galilee/) orientale. Il fonda son système mystique sur le *Zohar*, mais y inclut des enseignements originaux qu'il prétendait avoir reçus directement lors de discours spirituels avec les âmes de mystiques décédés depuis longtemps et enterrés dans la région. Il ne laissa pratiquement pas d'écrits personnels, mais ses enseignements furent consignés par plusieurs de ses élèves, notamment Haïm Vital, qui en publia la version la plus influente.

Très simplifiée, la Kabbale de Louria proposait qu'au moment de la création, le Dieu infini de l'*ain sof* se soit contracté afin de créer l'espace dans lequel le monde serait créé. Ce phénomène était appelé *tsimtsoum* (‘contraction’ ou ‘réduction’). Les vases des *sefirot* et un faisceau de lumière divine s'écoulaient dans cet espace. Incapables de contenir cette énergie divine, les vases se brisèrent, créant les *klippot* ou ‘éclats’ qui constituent notre monde matériel corrompu. Il restait cependant dans ce monde matériel des ‘étincelles’ de la lumière divine originelle. Cette vision sombre de la création du monde était alors liée au concept de *galut* ('exil'). Selon Louria, non seulement le peuple juif vivait en exil, mais aussi la présence de Dieu dans la *shekhina* et, dans une certaine mesure, Dieu lui-même et toute sa création.

C'est à ce moment que la Kabbale de Louria prit une qualité profondément messianique. En utilisant les concepts de *tikkoun* du *Zohar* et la levée des ‘étincelles’ divines à travers une tradition mystique, une étude religieuse et un rituel, Louria proposa l'émergence d'une ère messianique dans laquelle l'âme du messie atteindrait l'accomplissement de ses voyages à travers de nombreux cycles d'existence réincarnée, appelés le *guilgoul* (‘cycle’). Le messie incarné devait alors faire jaillir les dernières étincelles, achevant ainsi la réparation du monde matériel brisé, qui sera dissout dans le monde spirituel, réparant non seulement la création mais aussi Dieu lui-même. La Kabbale de Louria connut un succès encore plus grand que celle du *Zohar*, captant le profond désir de rédemption du monde juif. Cependant, son messianisme intense perturba profondément le Judaïsme traditionnel, qui avait longtemps cherché à atténuer plutôt qu'à encourager les émotions messianiques.

### Sabbatai Tsevi

La ferveur messianique soulevée par la popularité du *Zohar* et de la Kabbale lourianique finit par se concentrer sur la figure d'un mystique turc nommé Sabbatai Tsevi (Shabtai Tzvi). Terriblement charismatique et probablement malade mental, Tsevi devint le faux messie le plus réussi depuis les temps anciens. Né en 1626 à Izmir, Tsevi devint célèbre dans les cercles juifs locaux pour son charisme et ses connaissances kabbalistiques, mais aussi pour son comportement déséquilibré et parfois ouvertement offensant. Il semble que Tsevi ait été souvent saisi par des poussées d'émotion extatique, déclarant à certains moments être le messie. Après ces crises, il s'effondrait dans des humeurs sombres et renfermées dans lesquelles il regrettait profondément ses précédentes actions publiques. Il fut finalement exclu de la communauté juive locale pour son comportement.

[ ![Sabbatai Zevi](https://www.worldhistory.org/img/r/p/500x600/9279.jpg?v=1695477126) Sabbatai Tsevi Storkk (Public Domain) ](https://www.worldhistory.org/image/9279/sabbatai-zevi/ "Sabbatai Zevi")En 1663, Tsevi se rendit en terre d'Israël, où un jeune penseur doué nommé Nathan de Gaza le proclama comme le messie promis. Déjà préparée à une telle figure par le mysticisme lourianique, une grande partie du monde juif embrassa avec enthousiasme le nouvel objet de ses espoirs et promit sa fidélité au nouveau messie. Finalement, Tsevi fut arrêté et emprisonné par les autorités ottomanes, et le sultan turc lui posa un ultimatum: la mort ou la conversion à l'[Islam](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-731/islam/). Tsevi choisit cette dernière option, brisant la foi que ses disciples avaient en lui. Bien que l'essentiel du monde juif ait réagi par un choc et une terrible déception à l'apostasie du supposé messie, de petits groupes d'adhérents continuèrent cependant à le suivre.

Nathan de Gaza resta loyal et développa une théologie dans laquelle l'âme messianique - c'est-à-dire Sabbatai Tsevi - devait descendre au niveau le plus bas des *klippot* lourianiques afin de lever les dernières étincelles divines et de réaliser le *tikkoun*, expliquant ainsi l'apostasie de Tsevi. Cette doctrine fut appelée *ha'mitzvah sh'baah b'averah* (littéralement ‘le commandement qui vient dans sa transgression’), ou ce que l'éminent spécialiste de la Kabbale Gershom Scholem appela ‘la rédemption par le péché’. Certains Sabbatéens suivirent Tsevi en se convertissant à l'Islam tout en pratiquant ses doctrines en secret. L'une de ces sectes, les Dönmeh, existe encore aujourd'hui.

### Le Hassidisme

À la suite de l'apostasie de Sabbatai Tsevi, l'idée messianique fut à nouveau réprimée, bien que la Kabbale lourianique elle-même restât populaire. Sa dernière incarnation en tant que mouvement de masse, et qui s'avéra beaucoup plus réussie que ses prédécesseurs, le Hassidisme ou Judaïsme hassidique, fut ostensiblement fondé par un mystique et guérisseur itinérant du 18ème siècle que l'on appela le [Baal](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-652/baal/) Shem Tov (‘titulaire du bon nom’). Un peu à la manière d'un moine zen, il parcourait les grandes communautés juives d'[Europe](https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-15614/europe/) de l'Est, prêchant une doctrine piétiste et populiste qui mettait l'accent sur une expérience émotionnelle immédiate de Dieu, par opposition à ce qu'il considérait comme le légalisme sec de l'establishment traditionaliste. Il mettait l'accent sur la joie extatique de la célébration et l'idéal de la *devekut* (‘attachement’), c'est-à-dire la canalisation émotionnelle consciente de la prière et du rituel dans une connexion mystique directe avec Dieu. Plutôt que la solennité, le Hassidisme mettait l'accent sur la joie et l'émotion, ainsi que sur la capacité de chaque Juif à atteindre le plus haut niveau d'illumination spirituelle et d'extase, rejetant l'idée d'une élite rabbinique ou mystique.

Le Baal Shem Tov commença à gagner un grand nombre d'adeptes, qui s’organisèrent en écoles ou en tribunaux rabbiniques basés dans des communautés juives spécifiques. Les plus éminents d'entre eux furent désignés sous le nom de *tzaddikim* (‘Justes’). Si le rôle du *tzaddik* était similaire au rôle traditionnel du rabbin en ce sens qu'il était un enseignant et un leader de la communauté, il prenait aussi un nouvel aspect en tant que canal direct du divin vers ses adeptes. Bien qu'aucun des *tzaddikim* n'ait prétendu être un messie, les aspects messianiques du *Zohar* et de la Kabbale lourianique restaient forts. Le Hassidisme adopta notamment les idées des *klippot*, du *tikkoun* et des ‘étincelles’ divines comme éléments essentiels de sa théologie. Grâce à l'expérience extatique, à l'adhésion à la loi et à la *devekut* de la prière individuelle, les Hassidim croyaient que la réparation des vases brisés et la rédemption d'Israël et du monde pouvaient être accomplies.

Le Hassidisme s'avéra être un mouvement extrêmement populaire, bien qu'il ait suscité une profonde hostilité parmi les plus traditionnalistes, qui furent appelées *mitnagdim* (‘opposants’). Bien que ses effectifs aient été décimés par l'Holocauste, le Hassidisme a fait preuve d'un remarquable pouvoir de régénération, et ses centres aux États-Unis et en Israël ont connu une croissance énorme au cours des dernières décennies.

### La Kabbale Moderne

À l'époque moderne, la Kabbale traversa des cycles successifs de popularité et de rejet généralisé. Lorsque la *haskalah*, les Lumières Juives, apparut aux 18 et 19èmes siècles, la Kabbale fut qualifiée d'absurde et de légèrement embarrassante par les mouvements laïques et rationalistes émergents dans la communauté juive. Au 20ème siècle cependant, elle fut considérée comme un phénomène religieux, théologique et sociologique important dans l'histoire juive, et son étude académique se développa avec les travaux de Gershom Scholem, Moshe Idel, et beaucoup d'autres.

Sur le plan populaire, certains aspects de la Kabbale sont encore largement pratiqués aujourd'hui par des Juifs traditionnalistes. Cela implique parfois l'utilisation d'amulettes magiques et le chant de liturgies kabbalistiques, dont la plus célèbre est l'hymne mystique ‘Lekha Dodi’. De nombreux Juifs observent ces pratiques tout en restant largement ignorants des idées mystiques qui les sous-tendent. Si l'idée messianique reste vivante, elle est cependant beaucoup moins répandue actuellement dans la communauté juive.

Le plus remarquable est peut-être l'apparition d'un mouvement qui, pour la première fois, enseigne une forme de Kabbale aux non-juifs. Le Centre de la Kabbale (Los Angeles) est devenu célèbre grâce à des membres tels que Madonna. Il prêche une combinaison syncrétique de Kabbale traditionnelle et de pensée ‘New Age’ qui s'est avérée étonnamment populaire parmi ceux qui n'ont aucun autre lien avec le Judaïsme. Compte tenu de la fascination actuelle pour diverses formes de pensée mystique et de connaissances secrètes, et de la remarquable malléabilité historique de la Kabbale, il semble probable qu'elle continuera à jouer un rôle important, bien que parfois pris à la légère, dans la pensée, la pratique et la spiritualité juives dans les années à venir.

#### Editorial Review

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## Bibliographie

- [Biale, D. *Hasidism.* Princeton University Press, 2017.](https://www.worldhistory.org/books/0691175152/)
- [Idel, M. *Kabbalah.* Yale University Press, 1990.](https://www.worldhistory.org/books/0300046995/)
- [Scholem, G. G. *Sabbatai Zevi.* The Littman Library of Jewish Civilization in association with Liverpool University Press, 1973.](https://www.worldhistory.org/books/0197100120/)
- [Scholem, G. *Major Trends in Jewish Mysticism.* Schocken, 1995.](https://www.worldhistory.org/books/0805210423/)
- [Scholem, G. *The Messianic Idea in Judaism.* Schocken, 1995.](https://www.worldhistory.org/books/0805210431/)
- [Sefer HaBahir](https://www.sefaria.org/Sefer_HaBahir?lang=bi "Sefer HaBahir"), accessed 19 Mar 2020.
- [Sefer HaZohar](https://www.sefaria.org/Zohar.1.1a?lang=bi "Sefer HaZohar"), accessed 19 Mar 2020.
- [Sefer Yitzirah](https://www.sefaria.org/Sefer_Yetzirah.1?lang=bi "Sefer Yitzirah"), accessed 19 Mar 2020.

## Auteur

Benjamin Kerstein a étudié l'histoire juive ancienne, médiévale et moderne pendant dix ans. Il est titulaire de diplômes en histoire juive de l'Université Ben Gourion et de l'Université de Tel Aviv.

## Chronologie

- **c. 900 CE - c. 1000 CE**: A commentary is written on the proto-Kabbalistic the Sefer Yetzirah.
- **c. 1200 CE**: The Sefer HaZohar or "Book of Radiance" is written.
- **1534 CE - 1572 CE**: Life of rabbi Isaac Luria, also referred to as the Ari ("the lion").
- **1663 CE**: Sabbatai Zevi travels to [Israel](https://www.worldhistory.org/disambiguation/Israel/) where he is proclaimed the promised messiah.

## Citer cette ressource

### APA
Kerstein, B. (2022, April 28). Kabbale. (J. Couturier, Traducteur). *World History Encyclopedia*. <https://www.worldhistory.org/trans/Fr/1-17391/kabbale/>
### Chicago
Kerstein, Benjamin. "Kabbale." Traduit par Jerome Couturier. *World History Encyclopedia*, April 28, 2022. <https://www.worldhistory.org/trans/Fr/1-17391/kabbale/>.
### MLA
Kerstein, Benjamin. "Kabbale." Traduit par Jerome Couturier. *World History Encyclopedia*, 28 Apr 2022, <https://www.worldhistory.org/trans/Fr/1-17391/kabbale/>.

## Licence & Copyright

Soumis par [Jerome Couturier](https://www.worldhistory.org/user/jeromecout2/ "User Page: Jerome Couturier"), publié le 28 April 2022. Veuillez consulter la ou les sources originales pour obtenir des informations sur les droits d'auteur. A noter que les contenus liés à cette page peuvent avoir des des termes de licence différents.

