Les livres du Nouveau Testament ont été rédigés au Ier siècle de notre ère. À mesure que le christianisme se répandait au IIe siècle de notre ère, de nombreuses copies ont été réalisées, dont certaines par des non-professionnels. On considère que les manuscrits anciens sont plus proches de l'original que les manuscrits plus récents, car ils ont probablement subi moins de cycles de copie.

Les critiques textuels ont établi diverses règles pour sélectionner le meilleur texte. L'une de ces règles postule que la lecture la plus difficile est la meilleure. Les scribes pouvaient en effet être tentés de rendre les Écritures plus faciles à comprendre, du moins à leurs propres yeux. Un scribe pieux pouvait se montrer plus réticent à supprimer du texte qu'à en ajouter. Les chercheurs doivent réfléchir aux raisons qui ont pu pousser un scribe à modifier un texte et analyser laquelle est la plus plausible dans chaque cas. L'analyse de manuscrits de cette manière mobilise d'importantes ressources scientifiques, d'où la nécessité de recourir à des "types de texte". Cela permet aux critiques de concentrer leur attention sur un groupe de manuscrits parmi les plus anciens. Il existe trois types de texte principaux :

Les copies présentant des variations courantes sont appelées "texte occidental". Les chercheurs qualifient ce texte de "libre" ou "non contrôlé". Il est sujet à des paraphrases, des clarifications et d'autres ajouts, et il a pu être influencé par des copistes non professionnels. Au début du IIIe siècle de notre ère, Origène a tenté de résoudre ce problème en examinant de nombreux manuscrits et en sélectionnant ceux qu'il jugeait les meilleurs. D'après les citations qu'il donne, on constate que le texte qu'il a choisi correspond au texte alexandrin. Après la conversion de Constantin au christianisme au IVe siècle de notre ère, ce texte a été largement et soigneusement copié.

À la fin du IIIe siècle de notre ère, Lucien d'Antioche (vers 240-312 de notre ère) a adopté une approche différente face au problème des variantes textuelles. Il a créé une recension fondée sur divers manuscrits de type occidental. Lui et ses scribes tenaient à ne rien perdre de ce qui était considéré comme la parole de Dieu. Par rapport au texte alexandrin, le texte byzantin qu'il a produit comporte des phrases supplémentaires, voire des récits. De nombreux chrétiens préféraient ce texte, car il harmonisait les quatre évangiles en un récit plus cohérent et corrigeait les erreurs grammaticales. Il a été utilisé par les églises de l'Empire byzantin pendant un millénaire. Le plus ancien exemple conservé de texte byzantin se trouve dans les homélies de Jean Chrysostome (vers 349-407 de notre ère), un ecclésiastique originaire d'Antioche.

Alexandrin

Le nom "alexandrin" vient du Codex Alexandrinus, le premier manuscrit de type alexandrin à avoir attiré l'attention des chercheurs. Le Codex Alexandrinus fut offert par le patriarche Cyrille Loukaris au roi Charles Ier d'Angleterre (r. de 1625 à 1649) en 1621, et son nom provient d'une note figurant sur le manuscrit qui suggère qu'il fut autrefois conservé à Alexandrie.

Le texte alexandrin est plus court et moins soigné que ceux des autres formes. Sur les quelque 6 000 manuscrits qui nous sont parvenus, une trentaine environ sont de type alexandrin, qui se caractérise généralement par sa concision. Les plus anciens témoins qui nous sont parvenus sont le Papyrus 46 et le Papyrus 66, datant tous deux d'environ 200 après Jésus-Christ Les traductions modernes du Nouveau Testament, telles que l'English Standard Version, utilisent un texte grec basé sur des manuscrits de ce type.

Manuscrits notables de type alexandrin

Nom Désignation Date (siècle) Contenu Localisation
Papyrus 46 Chester Beatty II IIIe Épîtres pauliniennes Dublin et Université du Michigan
Papyrus 66 Bodmer II IIIe Évangile selon Jean Bibliothèque Bodmer, Genève
Papyrus 75 Bodmer XIV-XV IVe Jean et Luc Bibliothèque du Vatican
Sinaitique א (aleph) IVe Nouveau Testament Bibliothèque britannique
Alexandrinus A IVe NT Bibliothèque du Vatican
Vaticanus B Ve NT Bibliothèque nationale du Royaume-Uni
Rescriptus d'Éphraïm C Ve NT Bibliothèque nationale de France

Le texte alexandrin est cité par Clément à la fin du Ier siècle de notre ère, par Origène au début du IIIe siècle de notre ère, ainsi que par Didyme l'Aveugle et Cyrille au IVe siècle de notre ère. Le texte alexandrin a été reconstitué à partir d'un ensemble de manuscrits anciens appelés les "quatre grands onciaux", manuscrits écrits en majuscules. Les quatre onciaux sont:

Les scribes écrivaient en onciales du IIe au VIIIe siècle de notre ère, mais aux VIIe et VIIIe siècles, la qualité de l'écriture s'est dégradée et les manuscrits sont devenus difficiles à lire. Les lettres minuscules, plus petites et pouvant être écrites plus rapidement, ont été introduites au IXe siècle. Le IXe siècle a connu une intense activité de copie, les textes en onciales étant recopiés en minuscules; la transition fut si complète que la génération suivante n'apprit plus à lire l'écriture onciale. Le parchemin était prélevé sur d'anciens codex, lavé, puis réutilisé, comme cela fut le cas pour l'Ephraemi Rescriptus.

Occidental

Le texte occidental, ou texte D, paraphrase souvent le texte alexandrin et y ajoute des éléments. Le nom "occidental" vient de Johann Salomo Semler, un critique textuel du XVIIIe siècle, qui soutenait que ce texte provenait de la région de langue latine autour de la Méditerranée occidentale. On suggère que ses erreurs peuvent être imputées à des scribes qui ne maîtrisaient pas le grec, mais cette théorie reste à confirmer. Certaines modifications ont peut-être été motivées par le désir d'harmoniser les quatre Évangiles en un récit cohérent. Malgré son ancienneté, les critiques rejettent généralement ce type de texte, le jugeant trop libre.

Manuscrits notables du type de texte "occidental"

Nom Désignation Date Contenu Localisation
Papyrus 38 Papyrus du Michigan vers 220 Fragment des Actes Université du Michigan
Papyrus 48 IIIe siècle Fragment des Actes Bibliothèque Laurentine, Florence
Bezae D(ea) vers 400 Évangiles et Actes Cambridge
Claromontanus D(p) vers 550 Épîtres pauliniennes Bibliothèque nationale de France

Le texte occidental est cité par des auteurs du IIe siècle de notre ère: Marcion, Tatien, Irénée et Tertullien. Les papyrus 38 et 48 sont tous deux occidentaux et datent d'environ 300 de notre ère. Le texte a été reconstitué à partir du Codex Bezae, un manuscrit du Ve siècle contenant les Évangiles et les Actes, et du Codex Claromontanus, qui contient les épîtres pauliniennes et date d'environ 550.

Le Codex Bezae est le seul manuscrit ancien à contenir l'histoire de la femme prise en adultère (Jean 7, 53-8, 11). Ce passage n'apparaît pas dans les cinq principaux témoins de l'Évangile selon Jean, à savoir le Papyrus 66, le Papyrus 75, le Codex Vaticanus, le Codex Sinaiticus et le Codex Alexandrinus, et Jean-Chrysostome passe ce passage sous silence dans ses homélies. Cependant, les lettres de Didyme (vers 313-398 de notre ère) comportent une analyse de ce récit, ce qui nous permet de savoir qu'il circulait en Égypte au IVe siècle. Cela signifie que ce récit, dont Didyme indique que la source provient de "certains évangiles", est au moins aussi ancien que le Vaticanus ou le Sinaiticus, mais que le plus ancien exemplaire conservé du récit complet se trouve dans le Bezae, qui date du Ve siècle . On pense que l'Évangile selon Jean est le fruit d'une rédaction collective et qu'il a été composé par étapes, ce qui signifie que plusieurs textes peuvent être considérés comme originaux. Ce passage présente une particularité unique: il est "flottant" et apparaît à divers endroits dans différents manuscrits. Malgré ces incertitudes, il a été conservé dans les traductions modernes.

Byzantin

Après la persécution des chrétiens par l'empereur romain Dioclétien (r. de 284 à 305 de notre ère), il fallut remplacer les manuscrits qui avaient été détruits. Dans le cadre de ce projet, Lucien d'Antioche aurait créé une recension à partir de divers manuscrits de type occidental. Le premier témoin du type de texte byzantin est Jean Chrysostome, qui en a abondamment cité des passages dans ses homélies. Il s'agissait d'un texte standard qui allait être produit par des scribes formés dans les scriptoria pendant de nombreux siècles. Environ 95 % des manuscrits qui nous sont parvenus appartiennent au type de texte byzantin.

Le type de texte byzantin présente une grammaire plus soignée, ainsi que des ajouts visant à corriger des incohérences et à traiter de questions théologiques. Plusieurs passages du texte byzantin ont été copiés à partir d'un autre passage des Écritures. Par exemple, "Bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent" (Matthieu 5, 44, KJV) est adapté de Luc 6, 27-28.

Un verset dont les variantes sont utilisées pour classer les manuscrits est Marc 1, 2. Les manuscrits alexandrins indiquent "comme il est écrit chez le prophète Ésaïe", tandis que les manuscrits byzantins indiquent "chez les prophètes".

Dans Matthieu 2:18, le texte alexandrin dit "des pleurs et un grand deuil", tandis que le texte byzantin dit "des lamentations, des pleurs et un grand deuil". Les deux textes citent Jérémie 31:15, mais le texte alexandrin est traduit de l'hébreu, tandis que le texte byzantin utilise la Septante, une traduction grecque. La grammaire utilisée constitue le critère le plus fiable pour déterminer le type de texte, mais ce critère ne se transpose pas en français.

La version moderne du texte byzantin est le Textus Receptus, imprimé par Didier Érasme à Bâle en 1516. La Bible du roi Jacques, commandée par Jacques Ier d'Angleterre (r. de 1603 à 1625), ainsi que d'autres traductions de l'époque de la Réforme protestante, utilisaient ce texte. En 1720, Richard Bentley, bibliothécaire royal britannique, publia une brochure proposant de remplacer le Textus Receptus par un texte grec fondé sur le Codex Alexandrinus. Bentley utilisa des citations d'Origène pour démontrer que le Textus Receptus était une version altérée du texte antique.

Au début du XIXe siècle, le philologue allemand Karl Lachmann mit au point des méthodes permettant à un critique de déterminer quelles variantes manuscrites étaient les plus proches de l'original. Il classa les manuscrits en différents types de textes. En 1850, il publia un texte grec fondé sur le Codex Alexandrinus et sur des citations des Pères de l'Église. En 1881, B.F. Westcott et F.J.A. Hort publièrent un texte grec fondé sur des manuscrits de type alexandrin. Le Codex Vaticanus, un manuscrit conservé à la Bibliothèque du Vatican, fut utilisé chaque fois que cela était possible. Le Codex Sinaiticus, découvert au monastère Sainte-Catherine dans le Sinaï en 1844, a été utilisé aux endroits où le Codex Vaticanus était endommagé ou imprécis. Le livre biblique de l'Apocalypse étant absent des deux codex, il a été tiré du Codex Alexandrinus.

Le texte de l'UBS (United Bible Societies) utilisé par les traducteurs modernes est basé sur le Codex Vaticanus et le Codex Sinaiticus; ceux-ci sont antérieurs d'environ huit cents ans aux manuscrits utilisés par Érasme. Comparés aux onciaux, les manuscrits utilisés par Érasme pourraient être des copies de copies de copies.

Avec la publication des papyrus Chester Beatty entre 1933 et 1958 et des papyrus Bodmer en 1961, les critiques textuels se sont empressés de les inclure dans le texte critique et les traducteurs ont mis à jour la Revised Standard Version. En 1962, un papyrus dont le texte se rapprochait de celui du Codex Vaticanus a été daté, sur la base d'une analyse calligraphique, comme étant plus ancien de plus d'un siècle que le grand oncial. Il s'agissait du Papyrus 75, un codex en papyrus contenant les Évangiles de Luc et de Jean. Les chercheurs ont considéré cette datation comme la preuve que le Codex Vaticanus représentait un type de texte exceptionnellement ancien. Cependant, en 2016, Brent Nongbri a constaté que l'écriture était compatible avec une fourchette de dates plus large. Pour deux longs documents manuscrits, la concordance entre le Papyrus 75 et le Codex Vaticanus est extrêmement élevée. Cela suggère qu'ils datent de la même période et qu'ils ont peut-être même été copiés à partir du même modèle. Le Papyrus 75 a été découvert au sein d'un ensemble de papyrus des IVe et Ve siècles.

Bien que la redatation du P75 ait anéanti l'espoir de créer un texte faisant autorité basé sur un papyrus du IIIe siècle, l'idée selon laquelle le texte alexandrin était en circulation bien avant le Codex Vaticanus est étayée par les citations d'Origène datant du IIIe siècle mentionnées par Bentley.

Parmi les traductions modernes, la Nouvelle Version du roi Jacques utilise le texte byzantin et ajoute des notes de bas de page pour expliquer les différences avec le texte alexandrin. Presque toutes les autres traductions modernes utilisent soit la version Nestle-Aland, soit la version UBS du texte alexandrin.

L'idéal des formes de texte est contredit par l'individualité des manuscrits réels. Le Codex Alexandrinus lui-même est classé comme byzantin pour les évangiles et comme alexandrin uniquement en ce qui concerne les épîtres. La terminologie relative aux types de texte encourage une vision évolutionniste selon laquelle, par exemple, les textes proto-alexandrins mènent aux textes alexandrins, ou les textes occidentaux mènent aux textes byzantins.

Comme alternative aux types de texte, les chercheurs Kurt et Barbara Aland ont créé un système de catégories. Lors de la révision d'un passage, le comité des Sociétés bibliques unies consulte un ensemble de cinq ou six des manuscrits les plus anciens et les plus fiables. La lecture du Vaticanus est suivie tant qu'il existe ne serait-ce qu'un seul autre manuscrit qui la confirme. Dans le cas contraire, le comité suivra la lecture du Sinaiticus ou, à défaut, celle de l'Alexandrinus. Malgré toutes les découvertes de papyrus du siècle dernier et les discours sur l'"éclectisme raisonné", le processus reste dominé par le même ensemble de manuscrits que celui utilisé par Westcott et Hort.

Ces dernières années, les spécialistes ont commencé à utiliser le terme "texte B" à la place d'"alexandrin", où "B" est un symbole désignant le Vaticanus. Kurt et Barbara Aland, des théologiens et biblistes allemands de renommée mondiale, appellent ce texte le "texte Bא ", pour désigner le texte du Vaticanus/Sinaiticus. Dans cette terminologie, le texte occidental est le "texte D", "D" étant un symbole désignant le Bezae/Claromontanus.