La bataille de Guadalcanal (également appelée "campagne de Guadalcanal"), qui se déroula dans les îles Salomon, fut une série d'affrontements terrestres, aériens et navals entre les forces américaines et japonaises pendant la guerre du Pacifique, dans le cadre de la Seconde Guerre mondiale. S'étendant d'août 1942 à février 1943, cette campagne donna lieu à une lutte titanesque pour le contrôle de l'île de Guadalcanal et de sa piste d'atterrissage stratégique. Le débarquement de dizaines de milliers de Marines américains visait à mettre un terme à la poursuite de l’expansion japonaise dans le Pacifique Sud et à donner suite à la victoire américaine lors de la bataille de Midway, mais un important débarquement amphibie des forces japonaises et des affrontements navals réciproques firent que la victoire finale des États-Unis se solda par plus de 6 000 victimes américaines et la perte de 24 navires, dont le porte-avions Hornet.

Avant même le début de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), le gouvernement militaire japonais n’avait cessé d’étendre l’Empire japonais en Asie de l’Est et dans la région du Pacifique. En 1941, le Japon contrôlait des territoires qui s’étendaient du nord de la Chine à la Thaïlande. En décembre 1941, des porte-avions japonais envoyèrent des avions attaquer Pearl Harbor, à Hawaï, siège de la flotte américaine du Pacifique. Ce plan était l’idée de l’amiral Isoroku Yamamoto (1884-1943), commandant en chef de la Flotte combinée. Yamamoto avait compris que les États-Unis constituaient la plus grande menace pour les ambitions du Japon dans le Pacifique et il souhaitait mener une frappe préventive d’une telle ampleur qu’elle donnerait au Japon le temps de consolider ses défenses et peut-être même de pousser les États-Unis à conclure un accord de paix.

Ayant pris tout le monde par surprise, l’attaque de Pearl Harbor fit plus de 3 500 victimes et détruisit ou endommagea gravement 18 navires, dont huit cuirassés. Fait déterminant, aucun porte-avions américain ne se trouvait dans le port ce jour-là. Le président américain Franklin D. Roosevelt (1882-1945) réagit en déclarant la guerre au Japon. En décembre de la même année, le Japon lança des attaques contre les Philippines, alors sous contrôle américain, ainsi que contre la Malaisie, la Birmanie (Myanmar) et Hong Kong, alors sous contrôle britannique. Singapour fut prise en février, et les Indes orientales néerlandaises furent attaquées en mars et avril 1942.

Les marines américaine et japonaise s’affrontèrent lors de la bataille de la mer de Corail en mai 1942. La marine japonaise tentait alors d’occuper les îles Salomon et la partie orientale de la Papouasie, mais la marine américaine était déterminée à empêcher toute nouvelle expansion japonaise dans la région et à défendre ses voies d’approvisionnement depuis l’Australie. Au cours de cette bataille, les Japonais perdirent le porte-avions léger Shōhō, tandis que les États-Unis perdirent le porte-avions Lexington.

La confrontation suivante eut lieu lors de la bataille de Midway en juin, un engagement bien plus décisif. Alors que le Japon tentait d’envahir l’atoll de Midway, qui abritait à l’époque une base militaire américaine, la flotte américaine du Pacifique riposta et coula quatre porte-avions japonais, ne perdant qu’un seul porte-avions américain, le Yorktown. La Marine impériale japonaise venait de subir sa première défaite majeure depuis le XVIe siècle et se trouvait désormais contrainte de se mettre sur la défensive dans la guerre du Pacifique. Cela ne signifiait pas pour autant que les forces terrestres japonaises suivaient le même chemin. En effet, une mission de reconnaissance américaine menée le 4 juillet révéla que les Japonais avaient entrepris la construction d'une piste d’atterrissage sur Guadalcanal, dans les îles Salomon.

Le 7 août 1942, les forces américaines lancèrent une attaque contre les îles Salomon, dont sept étaient alors occupées par les forces japonaises. Le commandant en chef était le vice-amiral Robert L. Ghormley (1883-1958), commandant en chef de la zone du Pacifique Sud. Le commandant tactique était le vice-amiral Frank Jack Fletcher (1885-1973), vétéran des batailles de la mer de Corail et de Midway. Le plan consistait à effectuer un débarquement amphibie sur Guadalcanal, l’île principale de l’archipel des Salomon, en y déployant 19 000 marines américains sous le commandement du général de division Alexander Vandergrift (1887-1973). La flotte amphibie, qui avançait lentement, était protégée par trois porte-avions (l’Enterprise, le Saratoga et le Wasp) et une escorte de navires de guerre. Au total, 82 navires participèrent à l’opération qui réussit à prendre l’ennemi par surprise.

La première vague de marines débarqua sans rencontrer de résistance notable, sauf sur les îlots de Gavutu-Tananbogo. Comme prévu, l’attaque avait été lancée avant que les forces japonaises, composées d’environ 2 200 hommes, n’aient pu fortifier correctement les îles et avant qu’elles n’aient achevé la construction d’une piste d’atterrissage. Les forces américaines contrôlaient désormais cette piste d’atterrissage stratégique, et les ingénieurs s’empressèrent de la rendre opérationnelle. La Marine impériale japonaise riposta à l’attaque en envoyant une force de frappe depuis sa base de Rabaul, située sur la Papouasie voisine. Cette force navale était commandée par le vice-amiral Mikawa Gunichi (1888-1981), qui bénéficiait d’un soutien supplémentaire provenant de la base aérienne de Rabaul. Les bombardiers japonais envoyés vers les îles Salomon furent repérés par un observateur côtier australien, ce qui limita l’efficacité de cette première attaque.

La force opérationnelle navale de Gunichi connut davantage de succès au large de l’île de Savo et vainquit une force de protection américaine le 9 août. Les Japonais utilisèrent des torpilles pour couler trois croiseurs américains et le croiseur australien Canberra, et endommager deux destroyers et un autre croiseur, ne perdant eux-mêmes qu’un seul destroyer. Cette nouvelle menace, ainsi que le fait que ses navires manquaient de carburant, obligea Fletcher à retirer ses porte-avions de la zone, ce qui força à son tour les porte-avions amphibies à se retirer également. En conséquence, tous les hommes et tous les ravitaillements dont le débarquement était prévu ne purent être débarqués, laissant la force d’invasion des Marines sans réserves d’hommes ni de ravitaillement, dépourvue de la majeure partie de son matériel lourd et de ses munitions, et sans soutien aérien suffisant.

En l'absence de toute résistance en mer, les Japonais purent débarquer sans difficulté leurs troupes sur Guadalcanal. Cette armée, la 17e Armée, était commandée par le lieutenant-général Harukichi Hyakutake (1888-1947) et avait pour mission de chasser les Marines de l’île. Le 18 août, le général japonais tenta de prendre le contrôle de la piste d’atterrissage (aujourd’hui appelée Henderson Field) mais, sous-estimant l’importance des forces ennemies, il n’engagea pas l’intégralité de sa propre armée. Ce fut une constante de la campagne. L'ensemble de la force d'attaque, composée de 900 soldats japonais, fut anéantie lors de la bataille de la rivière Tenaru. L'aérodrome devint opérationnel à partir du 20 août, ce qui permit aux États-Unis de renforcer leur présence aérienne sur l'île.

En mer, quelques jours plus tard, le 24 août, des avions américains coulèrent le porte-avions japonais Ryūjō, retardant ainsi un débarquement japonais dans les Îles Salomon orientales. Les 30 et 31 août, le porte-avions américain Saratoga fut gravement endommagé lors d’une contre-attaque japonaise à la torpille. Le vice-amiral Fletcher fut lui-même blessé au cours de ce qui fut connu sous le nom de bataille des Salomon orientales.

Plusieurs autres combats terrestres s’ensuivirent, les deux camps se disputant le contrôle de Henderson Field. Comme le note le général de division Collins, le terrain était aussi difficile que la ténacité de l’ennemi:

C’étaient des combats dans la jungle, mais pas uniquement, car Guadalcanal est une île volcanique assez accidentée et les crêtes étaient normalement recouvertes de hautes herbes… Ces herbes avaient été brûlées, de sorte que les crêtes étaient dégagées et que la jungle se trouvait dans les vallées… Les combats étaient très difficiles car ces crêtes n’étaient pas très larges et, de surcroît, les Japonais étaient des combattants acharnés qui n’abandonnaient jamais. Nous avions isolé un régiment japonais qui tenait un point d’appui, et ils se sont battus jusqu’à ce que nous soyons contraints de les anéantir. Après les avoir encerclés, nous avons utilisé des haut-parleurs pour tenter de les persuader de se rendre, mais ils ont refusé.

(Holmes, 249-250)

Les Marines reçurent progressivement des renforts et purent étendre leur zone de contrôle au cours des mois suivants. Les Japonais parvinrent également à envoyer des renforts et des ravitaillements par largage aérien et par voie maritime, en retirant des troupes d’autres théâtres de la guerre du Pacifique et en les acheminant vers Guadalcanal avec une telle régularité que les soldats américains surnommèrent ces opérations le "Tokyo Express". Les deux camps renforcèrent donc considérablement leurs effectifs dans les îles Salomon, si bien qu’à l’approche de la fin de la campagne, le Japon comptait 25 000 hommes sur le terrain et les États-Unis 50 000.

Le 12 septembre, une nouvelle offensive japonaise de grande envergure visant à s’emparer de l’aérodrome, mobilisant cette fois 6 000 soldats, échoua. Attaquant sur trois fronts, les Japonais ne parvinrent à s’approcher au plus près de la piste d’atterrissage que lors de la bataille de Bloody Ridge (également appelée Edson’s Ridge). Là, le manque de ressources des défenseurs se fit cruellement sentir. À peine 800 marines américains parvinrent à défendre Lunga Ridge, et leur commandant, le lieutenant-colonel Merritt Edson, reçut la Médaille d’honneur pour son leadership. À un moment donné, Edson avait rallié certains de ses soldats en retraite en déclarant: "La seule différence entre vous et un bon marine, c’est que vous allez dans la mauvaise direction" (Holmes, 248). Les assaillants japonais, qui à un moment donné s’étaient approchés à moins de 3 000 pieds (900 m) de la piste d’atterrissage, avaient été repoussés. Même vaincus, les soldats japonais pouvaient encore faire des victimes, car il était courant que des blessés se fassent passer pour morts, attendent que les soldats américains ne s’approchent pour les inspecter de près, puis les fassent tous exploser à l’aide d’une grenade.

Sans se laisser décourager par la résistance des forces américaines, les Japonais lancèrent une nouvelle offensive le 23 octobre. Cette attaque comprenait un bombardement naval mené depuis des cuirassés au large et le débarquement d’une autre division de l’armée sur Guadalcanal, mais elle fut mal coordonnée et finit par échouer. Les Marines, quant à eux, avaient reçu le renfort de 3 000 hommes de la division Americal.

Le ravitaillement constant en hommes et en matériel par voie maritime avait donné lieu à plusieurs autres engagements navals majeurs, pour la plupart nocturnes. Le 15 septembre, le porte-avions américain Wasp fut coulé et le cuirassé North Carolina gravement endommagé. Lors de la bataille du cap Espérance, les 11 et 12 octobre, les navires américains coulèrent un croiseur lourd japonais en endommagèrent un autre, et firent couler un destroyer. Des bombardiers américains coulèrent ensuite deux autres destroyers ennemis. Au cours de cette bataille, les forces américaines perdirent un destroyer. Après la bataille, un nouveau commandant en chef du Pacifique Sud fut désigné: le vice-amiral Halsey (1882-1959), qui se montra beaucoup plus agressif que son prédécesseur, Ghormley.

Les Japonais se montrèrent tenaces dans leur bombardement de Henderson Field. En une seule nuit, celle du 13 octobre, deux cuirassés, le Haruna et le Kongo, bombardèrent la piste d’atterrissage de 900 obus. Les Marines américains tinrent bon, mais la Marine américaine devait veiller à ce qu’un tel bombardement ne se reproduise plus.

La bataille de Santa Cruz opposa, du 24 au 26 octobre, les avions des porte-avions des deux camps. Les Japonais parvinrent à couler le porte-avions Hornet et à endommager l’Enterprise, bien qu’ils aient perdu davantage d’avions au cours de la bataille (100 contre 74 pour les États-Unis). Plus important encore, des bombes tombées sur les ponts des porte-avions japonais Shokaku et Zuiho mirent temporairement ces deux navires hors d’état de lancer des avions.

Aucun des deux camps n'avait l'intention de baisser les bras. Au cours de la première semaine de novembre, les forces américaines de Guadalcanal furent renforcées par une division supplémentaire de l’Americal (6 000 hommes) et deux régiments supplémentaires de Marines. À la mi-novembre, les forces terrestres japonaises furent renforcées davantage encore par l’envoi d’une division d’infanterie supplémentaire de 2 000 hommes à bord de onze navires de transport. Bien que ce débarquement amphibie ait bénéficié d’une importante escorte navale, les navires américains l’attaquèrent le 12 novembre. Cet engagement nocturne est parfois appelé la bataille de Guadalcanal. Au cours d’un affrontement intense de 30 minutes, les Japonais perdirent trois navires et les Américains six. Les croiseurs japonais se mirent alors à bombarder la piste d’atterrissage depuis la mer. À l’aube, les bombardiers américains coulèrent un croiseur japonais, en endommagèrent gravement trois autres, puis coulèrent sept des navires de transport de troupes. L’avantage dont disposaient les Américains grâce à la possession de la piste d’atterrissage fut déterminant pour l’issue de la campagne.

Le 13 novembre eut lieu une autre bataille navale au cours de laquelle les Japonais perdirent un cuirassé et un destroyer, tandis que les Américains perdirent deux croiseurs et quatre destroyers; un cuirassé fut par ailleurs gravement endommagé. Deux amiraux américains trouvèrent la mort au cours de cette bataille. La revanche fut prise le lendemain lorsque le cuirassé japonais Hiei fut coulé. À la tombée de la nuit, le 14 novembre, le cuirassé Kirishima fut coulé par des tirs précis guidés par radar provenant du cuirassé américain Washington. Au cours de cette même bataille, trois destroyers américains et un destroyer japonais furent coulés.

Pendant le reste du mois de novembre, les forces japonaises présentes sur l’île ne purent finalement être ravitaillées en toute sécurité que par sous-marin. Une dernière tentative d’utiliser des navires de surface, le 30 novembre, révéla les dangers de cette stratégie. Une force de la marine américaine composée de cinq croiseurs et de six destroyers attaqua les navires japonais, mais s’en sortit en réalité moins bien en raison de l’habileté de l’ennemi dans l’utilisation des torpilles. Un croiseur lourd américain, le Northampton, fut coulé et trois autres endommagés, tandis que les Japonais perdirent un destroyer lors d’un engagement qui resta dans l’histoire sous le nom de bataille de Tasafaronga. Surtout, les Japonais ne parvinrent pas à ravitailler correctement leurs troupes sur l’île. En décembre, les troupes terrestres américaines, contrairement aux Japonais en difficulté, furent relevées par une autre division d’infanterie au complet.

Le commandement des forces terrestres américaines fut alors confié au général de division Alexander Patch (1889-1945), qui lança une offensive contre un ennemi affaibli en janvier 1943. Outre le manque de ravitaillement, de nombreux Japonais souffraient de maladies diverses. Finalement, grâce à un impressionnant exploit logistique, les forces japonaises, qui comptaient environ 10 650 hommes, furent évacuées à bord de 58 destroyers dans les nuits des 1er, 4 et 7 février. La bataille était terminée. Les États-Unis déploraient 6 111 pertes (dont 1 752 morts), mais ils avaient finalement pris le contrôle de Guadalcanal. Les Japonais comptaient environ 24 000 morts.

La victoire américaine à Guadalcanal, ainsi que le succès de l’opération conjointe américano-australienne en Papouasie, "avaient écarté la menace qui pesait sur l’Australie et ses lignes de communication, et avaient arraché l’initiative stratégique aux Japonais" (Smurthwaite, 91). Le prix à payer avait été élevé. Au cours de six mois de combats, les États-Unis avaient perdu deux porte-avions, huit croiseurs lourds et 14 destroyers. Les Japonais avaient perdu un porte-avions, deux cuirassés, quatre croiseurs, onze destroyers et six sous-marins. Ils avaient également perdu la crème de leurs pilotes de chasse et de bombardiers expérimentés.

La campagne de Guadalcanal, qui avait donné lieu à une cinquantaine d’affrontements terrestres et maritimes, avait été une guerre d’usure, un type de conflit que le Japon ne pouvait pas gagner face aux États-Unis. La puissance économique, industrielle et militaire des États-Unis s’était manifestée de la manière la plus éclatante avec la construction de 14 porte-avions de classe Essex en 1943. Tout au long de cette année-là et en 1944, les forces japonaises, bien que se battant avec ténacité, furent progressivement repoussées jusqu’à ne plus contrôler que leurs îles d'origine. Le Japon capitula finalement après les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki en août 1945.