Thaddeus Stevens (1792-1868) était un homme politique américain et un abolitionniste qui s'illustra dans les années 1860, pendant la guerre de Sécession et la période de la Reconstruction. Figure de proue de l'aile abolitionniste du Parti républicain – connue sous le nom de "républicains radicaux" –, Stevens milita avec vigueur pour mettre fin à l'esclavage, mettant à profit sa forte personnalité et son éloquence cinglante pour faire avancer son programme égalitaire.

Après l'adoption du treizième amendement qui mit fin à l'esclavage, il œuvra tout aussi inlassablement pour garantir les droits et libertés des affranchis, tout en insistant sur des conditions strictes à respecter par les anciens États confédérés pour réintégrer l'Union. Il resta actif sur la scène politique jusqu'à la fin de sa vie, contribuant à mener la campagne en faveur de la destitution d'Andrew Johnson quelques mois seulement avant sa mort, en août 1868.

Thaddeus Stevens vit le jour le 4 avril 1792 à Danville, dans le Vermont. Il était le deuxième des quatre fils de Joshua Stevens, agriculteur et cordonnier qui "était connu dans la région pour être un lutteur, et pour pas grand-chose d'autre, si ce n'est un talent naturel pour rester pauvre", et de son épouse Sarah Morrill Stevens (Brodie, 23). Deux ans plus tôt, le frère aîné de Thaddeus était né avec deux pieds bots — les voisins, tous de fervents baptistes, y voyaient une punition divine pour un péché secret commis par les parents. Lorsque Thaddeus naquit lui aussi avec un pied bot, cela dut sembler aux voisins superstitieux de la Nouvelle-Angleterre que la famille Stevens était bel et bien maudite.

À peu près à la même époque, la ferme de Joshua Stevens commença à péricliter. Incapable d'assumer son propre échec, il s'enfuit, revenant de temps à autre pour engendrer deux autres fils avec Sarah avant d'abandonner définitivement la famille. Thaddeus Stevens ne revit jamais son père, bien qu'il eût entendu plus tard des rumeurs selon lesquelles Joshua avait été tué pendant la guerre de 1812. "Toute sa vie", écrit la biographe Fawn McKay Brodie, "Thaddeus Stevens se montra agressif et implacable dans sa haine. On peut facilement supposer qu'il avait tout d'abord haï son père, et que toutes ses aversions ultérieures découlaient de l'hostilité rongeante de son enfance." (24).

Si Thaddeus haïssait effectivement son père, il n'éprouvait certainement pas les mêmes sentiments envers sa mère. Baptiste fervente, Sarah Stevens adorait son fils et lui inculqua un sens calviniste du travail acharné et du devoir, en lui apprenant à lire la Bible. Femme dotée d'une "grande énergie, d'une forte volonté et d'une profonde piété", elle était déterminée à faire étudier ses fils à tout prix; en 1807, elle déménagea avec sa famille à Peacham, dans le Vermont, et inscrivit ses garçons à la Caledonia Grammar School, dont elle finançait les frais en exerçant divers emplois d'aide-soignante et de domestique (ibid.).

Ses sacrifices portèrent leurs fruits, car le jeune Thaddeus se révéla être un élève assidu qui dévorait les livres "avec avidité". Après le collège, il fréquenta brièvement l'université du Vermont – qu'il quitta lorsque le gouvernement fédéral réquisitionna les bâtiments du campus pour les utiliser pendant la guerre de 1812 – et obtint son diplôme à l'université de Dartmouth en 1814, où il prononça le discours de remise des diplômes.

L'année suivante, Stevens se rendit à York, en Pennsylvanie, où il travailla comme instituteur tout en étudiant le droit pendant son temps libre. En août 1816, il réussit l'examen du barreau, s'attirant les faveurs du jury en leur offrant quatre bouteilles de vin de Madère. Le mois suivant, il ouvrit son propre cabinet d'avocat à Gettysburg, en Pennsylvanie. Au départ, Stevens n'avait aucun réseau à Gettysburg et eut du mal à attirer des clients.

Cependant, il connut son premier succès retentissant durant l'été 1817, lorsqu'il défendit un homme du nom de James Hunter lors de son procès. Hunter était un agriculteur qui, après avoir été emprisonné pour dettes, avait agressé et tué l'agent de police qui l'avait arrêté. Stevens défendit Hunter avec éloquence en invoquant la démence, ce qui était inhabituel à l'époque. Bien qu'il ait perdu le procès et que Hunter ait été pendu, la prestation de Stevens fit forte impression, et il n'eut plus jamais de mal à attirer des clients.

En 1822, bien qu'il n'ait exerçé le droit que depuis six ans, Stevens était déjà devenu l'un des avocats les plus en vue de Pennsylvanie et avait même plaidé devant la Cour suprême de l'État. Il était assez aisé financièrement: il possédait sa propre maison à Gettysburg ainsi que plusieurs autres propriétés, avait investi massivement dans l'usine sidérurgique située juste à la sortie de la ville et avait même économisé suffisamment pour acheter à sa mère un joli lopin de terre dans le Vermont.

Il était donc logique que la prochaine étape de la carrière de Stevens soit son entrée en politique. Il effectua six mandats d'un an au conseil municipal de Gettysburg entre 1822 et 1831, et en fut même président. Bien que son étoile fût incontestablement en pleine ascension, Stevens n'était pas à l'abri des scandales. À partir du milieu des années 1820, des lettres anonymes commencèrent à circuler, l'impliquant dans le meurtre d'une servante noire. Stevens, bien sûr, nia ces accusations et poursuivit avec succès l'imprimeur de l'une de ces lettres pour diffamation criminelle.

En septembre 1833, Stevens fut élu à la Chambre des représentants de Pennsylvanie. Il s'était présenté comme candidat du Parti anti-maçonnique. À l'époque, la franc-maçonnerie faisait l'objet de soupçons aux États-Unis, car elle était considérée comme une société élitiste et secrète; elle était également associée au président de l'époque, Andrew Jackson, et à son Parti démocrate, ce qui conduisit de nombreux opposants à Jackson à faire cause commune avec ceux qui s'opposaient aux francs-maçons.

Stevens embrassa avec ferveur la cause anti-maçonnique, déterminé à chasser les francs-maçons de Pennsylvanie. En effet, sur les 116 loges maçonniques qui existaient dans l'État lorsqu'il prit ses fonctions, il n'en restait plus que 46 en 1838. Le dévouement de Stevens à cette cause lui valut l'admiration de John Quincy Adams, qui le qualifia de "grand chef de file anti-maçonnique de Pennsylvanie" (cité dans Brodie, 57). Cela lui valut également l'affection et le soutien des mennonites, des moraves et des presbytériens écossais-irlandais des zones rurales de Pennsylvanie, qui déploraient tous le caractère élitiste des francs-maçons.

L'autre cause à laquelle Stevens se consacra durant cette période fut celle de l'enseignement public gratuit. Dans les années 1830, il n'existait aucune école gratuite aux États-Unis, sauf en Nouvelle-Angleterre et dans certaines grandes villes; partout ailleurs, les parents qui n'avaient pas les moyens de payer les frais de scolarité gardaient tout simplement leurs enfants à la maison. Stevens soutint avec force la mise en place d'un système d'enseignement public gratuit en Pennsylvanie, même si cela impliquait une augmentation des impôts. "Que le voile soit levé sur les yeux de la Pennsylvanie, disait-il, et qu'elle apprenne à redouter l'ignorance plus que l'impôt" (cité dans Brodie, 59).

En avril 1834, il collabora avec le gouverneur démocrate de Pennsylvanie pour faire adopter par l'assemblée législative de l'État un projet de loi sur la gratuité de l'enseignement, qui permettrait à chaque district de choisir s'il souhaitait que les écoles publiques soient financées par les contribuables.

Cela provoqua un tollé parmi les contribuables, dont certains signèrent une pétition exigeant l'abrogation du projet de loi. Stevens défendit le nouveau système éducatif dans un brillant discours prononcé le 11 avril 1835, dans lequel il démontra que celui-ci permettrait en réalité de réaliser des économies, et accusa les nantis de tenter d'élargir le fossé entre riches et pauvres en s'accaparant tous les privilèges éducatifs. "Ne construisez pas vos monuments de bronze ou de marbre", implora-t-il, "mais faites-les d'un esprit éternel" (cité dans Brodie, 61). Grâce à son discours, le projet de loi sur l'éducation ne fut pas abrogé.

En défendant les causes de l'antimaçonnerie et de l'enseignement public gratuit, Stevens s'était erigé en défenseur des défavorisés et des marginalisés. En 1837, il s'était également rallié à la clause antiesclavagiste. Cette année-là, Stevens siégeait en tant que délégué à une convention chargée de rédiger une nouvelle constitution d'État pour la Pennsylvanie. Il refusa toutefois de signer la constitution finale, car celle-ci n'accordait le droit de vote qu'aux "hommes libres blancs" et en privait les Afro-Américains libres.

Dès lors, Stevens allait devenir un farouche opposant à l'esclavage jusqu'à la fin de sa vie. Les chercheurs et les historiens débattent depuis longtemps des raisons exactes qui poussèrent Stevens à s'engager si fermement dans la cause antiesclavagiste: certains l'accusent cyniquement d'avoir embrassé cette cause pour servir ses propres ambitions politiques, tandis que d'autres (comme Brodie) estiment que son pied bot le rendait plus enclin à sympathiser avec les opprimés.

Quoi qu'il en soit, Stevens quitta la scène politique de l'État en 1838, lorsque les démocrates prirent le contrôle de l'assemblée législative de l'État à l'issue d'une campagne politique déloyale connue sous le nom de "Buckshot War". Criblé de dettes – Stevens avait perdu plus de 200 000 dollars dans ses investissements dans la sidérurgie –, il s'installa à Lancaster, en Pennsylvanie, en 1842, où il ouvrit un nouveau cabinet d'avocat et travailla sans relâche pour récupérer ses pertes financières.

À cette époque, il embaucha une gouvernante, Lydia Hamilton Smith, une veuve afro-américaine. Smith allait travailler pour Stevens jusqu'à la fin de sa vie. Les deux devinrent très proches, et Stevens aida même à élever les deux fils de Smith. On ignore si leur relation comportait une dimension romantique ou sexuelle – il convient de noter ici que Stevens ne s'est jamais marié – et des rumeurs d'une liaison entre eux circulaient certainement à l'époque.

Pendant son séjour à Lancaster, Stevens renforça ses convictions antiesclavagistes. En effet, sa maison devint une étape du "chemin de fer clandestin", où il offrait refuge et aide aux esclaves fugitifs qui tentaient de s'échapper vers le nord pour retrouver la liberté.

En 1848, Stevens fut élu à la Chambre des représentants des États-Unis en tant que membre du Parti whig. Au moment où il fit son entrée dans la politique nationale, les États-Unis étaient divisés selon des clivages régionaux sur la question de l'esclavage: les États esclavagistes du Sud souhaitaient voir leur "institution particulière" s'étendre vers l'Ouest, tandis que les États du Nord, partisans du "Free soil" (sol libre), voulaient mettre un terme à la propagation de l'esclavage.

Bien que Stevens ne fût pas encore favorable à une émancipation totale, il souhaitait confiner l'esclavage aux régions où il existait déjà, dans l'espoir que, ce faisant, cette institution se fane et disparaisse d'elle-même. Il s'opposa au Compromis de 1850, qui autorisait la Californie à entrer dans l'Union en tant qu'"État libre" en échange de lois plus strictes sur l'esclavage, telles que la loi sur les esclaves fugitifs de 1850.

S'exprimant contre cette législation, Stevens prononça cette phrase restée célèbre: "Je déteste ce mot de "compromis" lorsqu'il s'applique aux droits de l'homme et aux droits constitutionnels" (cité dans Trefousse, 87). En raison de ses principes inébranlables, Stevens se heurta souvent à la direction du Parti whig, ce qui lui fit perdre sa candidature à la réélection en 1852.

À la fin de son mandat, en 1853, Stevens quitta le Congrès et retourna à Lancaster pour reprendre son cabinet d'avocat. Il refusa toutefois de renoncer à ses convictions antiesclavagistes et, en 1855, il rejoignit le nouveau Parti républicain, fondé sur des principes antiesclavagistes. En 1858, le Parti démocrate étant impopulaire dans le Nord à la suite de l'arrêt Dred Scott, Stevens y vit une occasion de revenir sur la scène politique nationale et fut élu à la Chambre des représentants des États-Unis sous la bannière républicaine.

À ce stade, la crise régionale n'avait fait que s'aggraver, et la nation était au bord de la guerre civile. En effet, à peine deux ans après l'élection de Stevens, la crise qui planait depuis plus d'une décennie éclata enfin: la victoire du candidat républicain Abraham Lincoln à l'élection présidentielle américaine de 1860 poussa onze États esclavagistes du Sud à faire sécession de l'Union et à former les États confédérés d'Amérique. En avril 1861, les hostilités s'ouvrirent lors de la bataille de Fort Sumter; la guerre de Sécession avait commencé.

À cette époque, Stevens avait près de 70 ans et était constamment malade. Peu de gens auraient pu prédire qu'au cours des années suivantes, il deviendrait l'un des hommes politiques les plus éminents et les plus énergiques du Congrès. Il ne tarda pas à faire connaître ses opinions: peu après la chute de Fort Sumter, Stevens annonça que les Confédérés rebelles s'étaient placés hors de la protection des États-Unis et méritaient d'être écrasés sans pitié.

Il fut parmi les premiers à comprendre que les États-Unis ne pourraient pas gagner la guerre s'ils n'étaient pas prêts à abolir complètement l'esclavage, et il œuvra sans relâche pour y parvenir. En juillet 1861, il présenta un projet de loi visant à confisquer les biens des sympathisants confédérés, y compris les esclaves. Une fois celui-ci adopté, il franchit une nouvelle étape audacieuse en proposant une loi visant à affranchir tous les esclaves. À ce stade précoce de la guerre, cependant, cette mesure allait encore trop loin, et le projet de loi fut rejeté.

Stevens refusa de baisser les bras. Au cours des premières années de la guerre, l'objectif principal des républicains modérés était simplement de préserver l'Union; bien que de nombreux républicains aient eu des opinions antiesclavagistes, rares étaient ceux qui étaient prêts à abolir complètement cette institution, estimant qu'il faudrait faire des compromis. Stevens – qui avait déjà proclamé son refus de tout compromis en matière de droits de l'homme – s'imposa rapidement comme l'un des chefs de file des républicains radicaux, l'aile d'extrême gauche du Parti républicain qui cherchait à orienter le programme du parti vers l'abolition.

Il fit constamment pression sur le président Lincoln, arguant que la machine de guerre confédérée ne pourrait jamais être mise en échec tant que l'esclavage resterait intact. Lincoln finit par l'écouter et promulgua la Proclamation d'émancipation le 1er janvier 1863, qui libéra tous les esclaves de la Confédération. Pour Stevens, cela n'allait pas assez loin, et il passa les mois suivants à militer en faveur du treizième amendement, qui mettrait fin à l'esclavage dans tout le pays. Avec le soutien de Lincoln – dont les opinions antiesclavagistes s'étaient radicalisées au fur et à mesure que la guerre avançait –, l'amendement fut adopté par le Congrès le 31 janvier 1865.

Bien que Stevens se soit principalement attaché à faire avancer la cause antiesclavagiste, il joua également un rôle indispensable dans l'obtention des fonds nécessaires à l'effort de guerre de l'Union. En tant que président de la commission des voies et moyens de la Chambre des représentants, il obtint des emprunts de guerre et fit adopter des lois visant à rémunérer les soldats fédéraux. Il joua un rôle déterminant dans l'adoption de la loi sur la monnaie ayant cours légal de 1862, qui autorisait l'émission de 150 000 000 $ de billets de banque américains – communément appelés "greenbacks" (dos verts) –, une monnaie adossée au crédit des États-Unis plutôt qu'à l'or ou à l'argent.

Stevens poursuivait ses objectifs avec vigueur, mettant à profit toute la force de sa personnalité dynamique; ses discours enflammés, célèbres pour leur esprit acéré et leur sarcasme venimeux, étaient utilisés comme une arme contre ses adversaires. En raison de son style de direction autoritaire, Stevens fut surnommé le "dictateur de la Chambre"; sa rhétorique incendiaire et son radicalisme inlassable lui valurent d'être comparé aux chefs jacobins de la Révolution française, et il fut d'ailleurs un jour qualifié de "Robespierre, Danton et Marat de l'Amérique, tous réunis en une seule personne" (cité dans Foner, 331).

Ce que Lincoln et d'autres républicains considéraient au départ comme une guerre civile visant à sauver l'Union, Stevens y voyait une lutte révolutionnaire — sa vision contribua sans aucun doute à faire basculer les esprits et les cœurs des unionistes en faveur de l'émancipation totale.

Le 9 avril 1865, la reddition de Robert E. Lee à Appomattox mit effectivement un terme à la guerre de Sécession. Pourtant, pour Stevens et les autres républicains radicaux, la tâche était loin d'être achevée: maintenant que la guerre était gagnée, il fallait aider les anciens esclaves dans leur transition vers la liberté, et punir les anciens États confédérés.

Au début, les choses semblaient évoluer dans la bonne direction. Le Bureau des affranchis (Freedmen's Bureau) fut créé pour aider les anciens esclaves à accéder à la nourriture et à l'éducation, et des plans étaient mis en œuvre pour attribuer à chaque affranchi 40 acres de terres confisquées aux anciens confédérés. Mais cette vision de la Reconstruction fut compliquée par l'arrivée au pouvoir d'Andrew Johnson, qui devint brusquement président après l'assassinat d'Abraham Lincoln le 15 avril 1865.

Démocrate sudiste originaire du Tennessee, Johnson ne partageait pas la vision des républicains radicaux d'une Amérique reconstruite dans l'équité. En effet, il estimait que pour panser ses blessures, la nation devait mener à bien le processus de Reconstruction aussi rapidement que possible. Au cours de l'été 1865, alors que le Congrès, contrôlé par les républicains, était en vacances parlementaires, Johnson s'opposa aux politiques de réforme agraire du Bureau des affranchis et accorda l'amnistie à de nombreux anciens confédérés.

Stevens et d'autres républicains radicaux furent scandalisés, estimant que Johnson trahissait l'esprit de la Reconstruction et leur faisait perdre les acquis qu'ils venaient de remporter de haute lutte pendant la guerre. Lorsque le Congrès se réunit à nouveau en décembre 1865, ils ripostèrent. Stevens fut nommé coprésident de la commission mixte sur la Reconstruction et joua un rôle déterminant dans l'adoption du quatorzième amendement et de la loi sur les droits civiques de 1866. Johnson opposa son veto à ces deux mesures, mais le Congrès passa outre.

En janvier 1867, Stevens présenta un projet de loi visant à instaurer la loi martiale dans le Sud: les anciens États confédérés seraient divisés en cinq districts militaires, chacun placé sous l'autorité d'un général, jusqu'à ce que les conditions de réintégration dans l'Union soient remplies. Bien que cette mesure fût jugée excessive par de nombreux modérés et démocrates, le Congrès adopta ce texte, qui fut connu sous le nom de "lois de reconstruction".

En février 1868, le conflit entre le président et le Congrès atteignit son paroxysme, lorsque Johnson fut mis en accusation pour avoir commis des "crimes graves et délits". Stevens contribua à mener la charge contre le président, rédigeant onze chefs d'accusation. Officiellement, Johnson était accusé d'avoir enfreint la loi sur la permanence des fonctions (Tenure Office Act), qui l'empêchait de révoquer des membres de son cabinet sans l'accord du Congrès. Pourtant, tout le monde savait que cette procédure de destitution visait en réalité les actions de Johnson pendant la Reconstruction. La Chambre des représentants vota la destitution par 126 voix contre 47, et l'affaire fut préparée pour être portée devant le Sénat en vue d'un procès.

Bien que Stevens eût été choisi comme l'un des procureurs, sa santé se détériora rapidement et il dut être transporté jusqu'à la salle du Sénat dans un fauteuil. Le New York Herald nota son apparence maladive, décrivant son "visage aux teintes cadavériques… une apparition étrange et surnaturelle – une protestation solitaire venue d'outre-tombe" (cité dans Trefousse, 228). En raison de son état, Stevens fut incapable de prendre une part active au procès. Lorsque Johnson fut acquitté, le vieux radical s'en voulut et estima que cet épisode avait marqué une fin décevante à sa carrière. "Je n'ai pas d'histoire", se lamenta-t-il. "Le regret de toute ma vie est d'avoir vécu si longtemps et de manière si inutile" (cité dans Brodie, 22).

Stevens mourut quelques mois plus tard, le 11 août 1868, à l'âge de 76 ans, avec sa gouvernante Lydia Hamilton Smith à son chevet. Ses funérailles, qui se déroulèrent au Capitole à Washington, D.C., rassemblèrent des milliers de personnes venues lui rendre hommage, et sa garde d'honneur était composée de soldats noirs. Sur son lit de mort, Stevens avait refusé d'être enterré dans un cimetière réservé aux Blancs; il fut donc inhumé dans l'un des rares cimetières interraciaux de Lancaster.