Abraham Lincoln (1809-1865) était un avocat et homme politique américain qui fut le seizième président des États-Unis. Il dirigea le pays pendant la période tumultueuse de la guerre de Sécession (1861-1865) et se battit pour mettre fin à l'esclavage, en promulguant la Proclamation d'émancipation et en soutenant le treizième amendement. Son assassinat, le 14 avril 1865, n'a fait que renforcer son statut de martyr de la liberté et, aujourd'hui, on le considère souvent comme l'un des plus grands présidents américains.

Lincoln vit le jour le 12 février 1809 dans une cabane en rondins d'une seule pièce, située à 3 miles (5 km) au sud de Hodgenville, dans le Kentucky. Son père, Thomas, était un fermier sans instruction qui, comme Abraham le rappellerait plus tard, ne savait "rien faire d'autre en matière d'écriture que de signer son propre nom de manière maladroite" (Goodwin, 47). Thomas Lincoln était arrivé dans la région frontalière du Kentucky alors qu'il n'était encore qu'un jeune garçon; c'est là, à l'âge de huit ans, qu'il avait vu son propre père se faire tuer par un groupe de Shawnees en expédition de pillage. Abraham évoquerait plus tard ce traumatisme de la petite enfance comme la raison pour laquelle son père avait grandi en tant que "jeune garçon errant qui devait travailler… littéralement sans instruction" (Meacham, 8). En 1806, Thomas épousa Nancy Hanks, et le couple eut trois enfants: Susan, Abraham et Thomas Jr., qui mourut en bas âge.

Lincoln lui-même considérait son enfance comme banale. "C'est une grande folie que de tenter de tirer quoi que ce soit de… ma jeunesse", dirait-il plus tard à son biographe de campagne. "Tout cela peut se résumer en une seule phrase, et vous trouverez cette phrase dans l'Élégie de Gray: Les annales courtes et simples des pauvres" (Meacham, 9). En effet, les premières années de Lincoln furent marquées par des déménagements constants. En décembre 1816, confronté à un procès concernant la ferme du Kentucky, son père fit ses valises avec toute la famille et déménagea dans l'Indiana, où il dut travailler comme agriculteur, charpentier et ébéniste pour joindre les deux bouts. Lincoln se souviendrait du malheur de ces années, qualifiant la vie à la frontière de l'Indiana de "parfois assez difficile" (Britannica). Le 6 octobre 1818, Nancy Hanks Lincoln mourut de la maladie du lait; âgé de seulement neuf ans, Lincoln assista en larmes à l'enterrement de sa mère bien-aimée dans la forêt. Son père attendit un an avant de se remarier avec Sarah Bush Johnson, une veuve qui avait elle-même trois enfants.

Lincoln se lia d'une grande amitié avec sa belle-mère, qu'il qualifiait de "mère angélique". De son côté, Sarah reconnut rapidement l'intelligence et l'ambition exceptionnelles d'Abraham, le qualifiant de "garçon doté de talents naturels hors du commun" (Goodwin, 49). Sous son encouragement, il se mit à lire avec voracité dès qu'il en avait l'occasion et avait pour habitude d'emporter un livre partout où il allait. Il lisait et relisait des exemplaires usés de la Bible, des Fables d'Ésope et des pièces de William Shakespeare; sa belle-mère se souvenait que, lorsqu'il tombait sur un passage qui le marquait, il "l'écrivait sur des planches s'il n'avait pas de papier" et "quand la planche devenait trop noire, il la raclait avec un couteau à dessiner et recommençait2 (Goodwin, 52). Son père, en revanche, désapprouvait le goût du jeune Abe pour la lecture; Thomas brûlait parfois les livres de son fils et l'aurait même battu.

Lincoln aidait son père aux travaux de la ferme, et ses services étaient parfois loués aux voisins. Il grandit donc en accomplissant des tâches physiquement exigeantes telles que labourer, abattre des arbres, déterrer des souches et fendre des piquets. En janvier 1828, une tragédie frappa la famille lorsque Susan, la sœur aînée de Lincoln, mourut en couches. Deux ans plus tard, alors qu'une nouvelle épidémie de "maladie du lait" menaçait l'Indiana, la famille fit à nouveau ses valises et déménagea dans l'Illinois. Âgé alors de 21 ans, Lincoln était devenu un homme grand et dégingandé qui "parlait avec l'accent des régions reculées et marchait à grandes enjambées, les pieds à plat, avec la démarche prudente d'un laboureur" (Britannica). C'est à cette époque que Lincoln commença à affirmer son indépendance et à prendre ses distances avec son père – il refuserait d'ailleurs d'assister aux funérailles de Thomas en 1851. Un homme aux ambitions aussi grandes que celles de Lincoln ne pouvait rester trop longtemps confiné. Il était sur le point de voler de ses propres ailes.

Après s'être installé dans l'Illinois, Lincoln s'essaya à plusieurs métiers différents. Il travailla d'abord comme fendeur de rails, avant de trouver un emploi de batelier sur des péniches transportant des marchandises sur le Mississippi jusqu'à La Nouvelle-Orléans. En 1831, il s'installa dans la petite ville de New Salem où il enchaîna les emplois de commerçant, de maître de poste et d'arpenteur. En 1832, il s'engagea comme volontaire dans la milice de l'État de l'Illinois pendant la guerre de Black Hawk, bien qu'il n'ait jamais pris part à aucun combat; en effet, Lincoln dirait plus tard en plaisantant que, bien qu'il n'ait jamais combattu d'Indiens, il avait livré "bon nombre de combats sanglants contre les moustiques" (Britannica).

Bien qu'il ait eu du mal à trouver une carrière stable, Lincoln s'intégra facilement à la communauté de New Salem, son charme rustique et son talent de conteur hors pair lui valant de nombreux amis. Il participait souvent à des combats de lutte, se faisant connaître pour sa force. Grâce à sa popularité, il fut élu à l'Assemblée législative de l'État en 1834 et y effectua quatre mandats. À peu près à la même époque, Lincoln se lia d'amitié avec une jeune femme nommée Ann Rutledge, qui fut peut-être son premier amour. Lorsqu'elle mourut de la fièvre typhoïde en août 1835, Lincoln sombra dans le découragement et se mit à errer seul dans les bois, un fusil à la main. Il parvint à sortir de sa dépression pendant des périodes suffisamment longues pour faire des études de droit, et fut admis au barreau en septembre 1836.

L'année suivante, il s'installa à Springfield, la capitale de l'État, pour ouvrir un cabinet d'avocat. À son arrivée, il fut hébergé chez le commerçant Joshua Speed. Les deux hommes entretenaient une amitié étroite et intime et partagèrent même le même lit pendant quatre ans — bien que cela n'ait pas fait sourciller à l'époque (en effet, les amitiés intimes entre hommes étaient assez courantes), certains chercheurs ont cité cette amitié comme preuve d'une éventuelle bisexualité de Lincoln. En 1840, Lincoln se fiança à Mary Todd, fille d'un riche avocat du Kentucky. Ils s'étaient rencontrés lors d'une soirée, où Lincoln l'avait abordée avec nervosité et lui avait avoué: "J'ai une envie folle de danser avec toi" (Goodwin, 7). Cependant, craignant que le mariage ne fasse obstacle à sa carrière d'avocat naissante, Lincoln se déroba et rompit les fiançailles au début de l'année 1841; néanmoins, Mary et lui se réconcilièrent rapidement et se marièrent le 4 novembre 1842.

En 1844, Lincoln ouvrit un cabinet d'avocat en s'associant avec William Herndon, plus expérimenté que lui. Même si leur cabinet connaissait un grand succès, Lincoln se rendit compte que ses ambitions ne pouvaient se limiter aux frontières de Springfield, et il se tourna vers la politique nationale. En 1846, il fut élu à la Chambre des représentants des États-Unis sous la bannière du Parti whig. Son programme, disait-il aux électeurs, ressemblait à la danse d'une vieille femme: "court et agréable" (Goodwin, 90). Il s'articulait autour des trois principes fondamentaux que sont les banques nationales, les droits de douane protecteurs et les travaux d'infrastructure, tous des piliers du Parti whig.

Une fois au Congrès, cependant, Lincoln s'engagea pour une cause plus noble et s'opposa ouvertement à la guerre américano-mexicaine (1846-1848) alors en cours. Il accusa le président James K. Polk d'avoir délibérément induit le peuple américain en erreur afin de déclencher une guerre de conquête injuste. Polk avait insisté sur le fait que le Mexique avait déclenché la guerre en envahissant le territoire américain et en faisant couler le sang de soldats américains; en réponse, Lincoln mit l'administration Polk au défi de désigner l'endroit exact où cela s'était produit. Ces "spot résolutions" (résolutions sur le lieu), présentées à un moment où l'enthousiasme pour la guerre était encore vif, valurent à Lincoln d'être accusé d'être antipatriotique, ses détracteurs le surnommant avec dérision "Spotty Lincoln".

S'étant engagé à n'effectuer qu'un seul mandat de deux ans, Lincoln quitta le Congrès en 1849 et reprit son activité d'avocat à Springfield. Au cours des années suivantes, il connut le succès en tant qu'avocat des prairies et passa une grande partie de son temps à parcourir les circuits judiciaires de l'Illinois, exerçant le droit dans de petites villes à travers tout l'État. À mesure que sa carrière prenait de l'ampleur, sa petite famille s'agrandissait elle aussi. Mary Todd lui donna au final quatre fils: Robert Todd (né en 1843), Edward Baker (né en 1846), William, ou "Willie" (né en 1850) et Thomas, ou "Tad" (né en 1853). Parmi ces garçons, deux allaient malheureusement mourir avant lui, et un seul – Robert – allait atteindre l'âge adulte. Lincoln était un mari et un père aimant et indulgent, qui détestait être séparé de sa famille.

Alors que Lincoln menait une existence relativement prospère dans l'Illinois, la nation se désagrégeait. L'esclavage divisait depuis longtemps les États selon des clivages régionaux, mais l'acquisition récente de 525 000 miles carrés de nouveaux territoires au Mexique n'avait fait qu'exacerber le problème. Les "esclavagistes" du Sud exigeaient que leur "institution particulière" puisse s'étendre à ces terres de l'Ouest; la création de nouveaux "États esclavagistes", estimaient-ils, était le seul moyen de préserver l'esclavage et de protéger leur propre pouvoir. La plupart des États du Nord, partisans du "Free soil" (sol libre), étaient en revanche déterminés à empêcher l'expansion de l'esclavage. Chaque camp considérant l'autre comme une menace existentielle pour son mode de vie, le débat devint de plus en plus virulent et hostile au fur et à mesure que les années 1850 avançaient.

Lincoln, qui avait toujours soif de reconnaissance publique, aspirait à revenir en politique et fit de la question de l'esclavage son cheval de bataille pour y faire son retour. En octobre 1854, il prononça son discours de Peoria, dans lequel il condamna publiquement pour la première fois l'institution de l'esclavage; ce fut le premier des 175 discours antiesclavagistes qu'il prononcerait au cours des six années suivantes. Bien que Lincoln ne fût pas encore favorable à l'émancipation totale – à l'instar de nombreux hommes politiques antiesclavagistes, il souhaitait simplement confiner l'esclavage aux régions où il existait déjà –, il semblait véritablement le considérer comme un mal moral, incompatible avec les valeurs défendues dans la Déclaration d'indépendance. L'autonomie gouvernementale, affirmait-il, était impossible tant que certains hommes restaient en servitude.

En 1856, Lincoln joua un rôle déterminant dans l'organisation du nouveau Parti républicain anti-esclavagiste dans l'Illinois et fut rapidement reconnu comme l'un des leaders du parti dans cet État. Deux ans plus tard, il fut désigné par le parti pour se présenter contre le sénateur démocrate Stephen A. Douglas, l'architecte du très impopulaire Kansas-Nebraska Act. Lincoln accepta cette nomination et prononça son célèbre discours intitulé "Une maison divisée":

Une maison divisée contre elle-même ne peut subsister. Je crois que ce gouvernement ne peut perdurer s'il est à la fois esclavagiste et à demi libre. Je ne m'attends pas à ce que l'Union soit dissoute — je ne m'attends pas à ce que la maison s'écroule — mais je m'attends à ce qu'elle cesse d'être divisée. Elle deviendra entièrement l'une ou entièrement l'autre.

(nps.gov)

Au cours de la campagne, Lincoln défia Douglas lors de sept débats organisés à travers l'Illinois. À une époque où les discours et les débats suscitaient autant d'enthousiasme que les événements sportifs aujourd'hui, les débats Lincoln-Douglas firent l'objet d'une vaste couverture médiatique dans tout le pays; bien qu'il ait fini par perdre l'élection, cette campagne propulsa néanmoins Lincoln sous les feux de la rampe nationale. Sa notoriété s'accrut encore en février 1860, lorsqu'il prononça son discours à la Cooper Union, à Manhattan, pour défendre le Parti républicain contre les accusations de "fanatisme" en affirmant que les Pères fondateurs avaient toujours eu l'intention d'éradiquer l'esclavage à terme. Grâce à ces discours, Lincoln obtint la reconnaissance publique à laquelle il avait toujours aspiré. Mais il n'était toujours pas satisfait: lorsqu'on lui demanda s'il ambitionnait des fonctions plus élevées, Lincoln répondit: "J'y ai pris un peu goût" (Meacham, 184).

En mai 1860, la Convention nationale républicaine se tint à Chicago, dans l'Illinois. Bien que Lincoln fût une étoile montante, il était encore moins connu que d'autres dirigeants républicains tels que William H. Seward et Salmon P. Chase, qui étaient considérés comme les favoris. Pourtant, le manque d'expérience relatif de Lincoln signifiait également qu'il trainait moins de casseroles politiques, ce qui le rendait plus acceptable aux yeux des modérés. Les amis de Lincoln menèrent une campagne acharnée en sa faveur lors de la convention, le présentant comme le "candidat des chemins de fer". Leurs efforts furent récompensés, puisque Lincoln remporta l'investiture dès le troisième tour de scrutin. Lors de l'élection présidentielle très disputée qui suivit, opposant quatre candidats, il s'imposa, bien qu'il n'ait obtenu aucune voix dans dix États du Sud.

La victoire de Lincoln à l'élection présidentielle américaine de 1860 alarma les "esclavagistes" du Sud, qui craignaient que Lincoln et les "républicains noirs" n'utilisent le pouvoir du gouvernement fédéral pour mettre fin à l'esclavage une fois pour toutes. Pour parer à cela, la Caroline du Sud vota la sécession de l'Union le 20 décembre 1860; six autres États du Sud profond suivirent son exemple, rompant leurs liens avec l'Union lors de la fatidique crise de sécession de 1860-1861. Bien que Lincoln ait dénoncé la sécession comme illégale, il ne pouvait rien faire avant d'avoir prêté serment en tant que président. En effet, au moment de son investiture, le 4 mars 1861, il dut se faufiler à Washington en raison du nombre considérable de menaces pesant sur sa vie.

Lincoln savait qu'il avait besoin d'un cabinet solide pour l'épauler dans la lutte à venir, et il choisit ses anciens rivaux à la candidature présidentielle: Seward fut nommé secrétaire d'État, Chase secrétaire au Trésor. Il allait certainement avoir besoin de toute l'aide possible; en avril 1861, les sécessionnistes de Caroline du Sud ouvrirent le feu sur la garnison fédérale de Fort Sumter. Lincoln réagit en appelant 75 000 volontaires pour écraser la rébellion, ce qui provoqua à son tour la sécession de quatre autres États du Haut-Sud, qui rejoignirent les États confédérés. Lincoln ordonna immédiatement un blocus des ports confédérés et envoya une armée en Virginie, qui fut mise en déroute lors de la première bataille de Bull Run (21 juillet). La guerre de Sécession avait commencé et s'intensifiait désormais rapidement.

Lincoln était déterminé à préserver l'Union à tout prix. Comme il l'affirmerait plus tard dans son discours de Gettysburg, il croyait que les États-Unis avaient été "conçus dans la liberté et consacrés au principe que tous les hommes sont créés égaux". À ce titre, ce n'était pas seulement le destin d'une nation qui était en jeu, mais l'avenir de l'humanité. L'enjeu étant si crucial, Lincoln jugea nécessaire d'exercer ses pouvoirs exécutifs dans toute leur étendue. Il suspendit l'habeas corpus, faisant arrêter des milliers de personnes soupçonnées de sympathiser avec les Confédérés. Il axa sa politique étrangère sur la guerre, mettant tout en œuvre pour que les puissances européennes restent neutres. Il s'appuya également sur son rôle de commandant en chef, travaillant avec son cabinet et ses généraux pour élaborer un plan de guerre axé sur la défense de la capitale, Washington, tout en menant une politique offensive ailleurs.

Fin 1861, Lincoln nomma George B. McClellan général en chef des armées de l'Union. McClellan était un jeune général fringant, très apprécié au sein de l'armée, mais il se montrait également trop prudent et se heurtait constamment à Lincoln sur les questions de stratégie. En 1862, McClellan transforma une victoire certaine en défaite lors des batailles des Sept Jours, tandis qu'une autre armée de l'Union subissait une défaite décisive lors de la seconde bataille de Bull Run. Ces défaites ouvrirent la voie à une invasion du Nord par les Sudistes; bien que l'invasion confédérée du Maryland ait été repoussée lors de la bataille d'Antietam, le résultat fut de justesse, et Lincoln licencia McClellan. Malgré ces revers, la victoire d'Antietam donna à Lincoln l'occasion de promulguer la Proclamation d'émancipation, qui affranchit tous les esclaves des États rebelles — bien que cela n'ait en rien contribué à libérer les esclaves des États frontaliers fidèles, cette mesure réussit à placer la question de l'esclavage au premier plan du conflit, le redéfinissant comme un conflit moral.

En 1863, le cours de la guerre bascula plus nettement en faveur du Nord. La prise de Vicksburg, dans le Mississippi, coupa de fait la Confédération en deux, tandis que la victoire de l'Union lors de la bataille de Gettysburg anéantit tout espoir d'une invasion confédérée réussie du Nord. Lincoln – qui était encore sous le choc de la mort de son fils Willie survenue l'année précédente – continua à consacrer toute son énergie à la victoire, et nomma Ulysses S. Grant au poste de général en chef à la fin de l'année 1863. Grant, qui partageait la conviction de Lincoln selon laquelle la guerre ne pouvait être remportée que par l'offensive, lança au printemps suivant une avancée sanglante vers Richmond, la capitale confédérée. Connue sous le nom de "campagne terrestre", celle-ci réussit à clouer au sol l'armée confédérée de Virginie du Nord près de Petersburg, tandis qu'une autre armée de l'Union, sous les ordres du général William Tecumseh Sherman, s'emparait d'Atlanta, en Géorgie. La guerre touchait à sa fin – mais peut-être pas assez vite.

À l'approche de l'élection présidentielle américaine de 1864, Lincoln devait s'inquiéter de la lassitude croissante face à la guerre dans le Nord. Malgré les succès militaires de Grant et de Sherman, le nombre croissant de victimes choquait de nombreux Nordistes, qui commençaient à réclamer à grands cris une paix négociée; cela déstabilisait Lincoln, qui n'était pas disposé à se contenter de moins qu'une victoire totale. Dans l'espoir de faire preuve d'unité, Lincoln et ses alliés adoptèrent temporairement un nouveau nom, le Parti de l'Union nationale, et choisirent le démocrate sudiste Andrew Johnson comme candidat à la vice-présidence. En novembre, Lincoln battit haut la main McClellan, son adversaire démocrate, lors de l'élection générale. Le second mandat de Lincoln constituait essentiellement un mandat des électeurs pour poursuivre la guerre, et il scella le sort de la Confédération.

Au cours des derniers mois de la guerre, Lincoln commença à mettre en œuvre davantage de mesures antiesclavagistes. Encouragé par l'aile abolitionniste de son parti – connue sous le nom de "républicains radicaux" –, Lincoln autorisa l'intégration de soldats noirs dans l'armée fédérale et signa le Freedmen's Bureau Bill, qui créait une agence fédérale temporaire destinée à aider les anciens esclaves à faire la transition vers la liberté. Après sa réélection, il intensifia la pression sur le Congrès pour que l'esclavage soit aboli à l'échelle nationale; le 31 janvier 1865, la Chambre des représentants adopta le projet de ce qui allait devenir le treizième amendement. Dans son deuxième discours d'investiture, le 4 mars 1865, il laissa entendre que la guerre avait été un châtiment divin infligé à l'institution de l'esclavage.

Le 9 avril 1865, le général Robert E. Lee se rendit à Grant à Appomattox, mettant ainsi fin à la guerre de Sécession. Alors que Washington se réjouissait et faisait la fête, Lincoln savait qu'il restait encore du travail à accomplir: le 11 avril, il prononça son dernier discours, dans lequel il évoqua les difficultés qui ne manqueraient pas de surgir alors que la nation entrait dans le processus de reconstruction. Trois jours plus tard, le 14 avril, Lincoln assistait à une pièce au théâtre Ford à Washington, D.C. C'est là qu'il fut abattu d'une balle dans la nuque par John Wilkes Booth, un comédien et sympathisant confédéré qui cherchait à venger le Sud vaincu. Alors que Booth prenait la fuite, Lincoln, inconscient, fut transporté dans une pension de famille située de l'autre côté de la rue, où il mourut à 7 h 22 le lendemain matin, le 15 avril, à l'âge de 56 ans. L'assassinat d'Abraham Lincoln mit fin prématurément à la vie de celui que l'on qualifie souvent de "Grand Émancipateur", qui œuvra pour mettre fin à l'esclavage tout en préservant l'unité de l'Union.